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La civilisation moderne à l’épreuve (suite et fin)

La vague spirituelle mondiale: requiem pour la laïcité consumériste occidentale?

Afin de bien comprendre les tenants et les aboutissants de la réalité mondiale d’aujourd’hui,  le profane intelligent ne peut guère faire l’économie d’une approche transversale et interdisciplinaire basée sur les dernières tendances dans le domaine des sciences sociales, des neurosciences sociales en particulier qui postulent que les humains sont fondamentalement une espèce sociale, plutôt que des individualistes.[19]

À cet égard, Malek Bennabi[20] peut être considéré comme un pionnier, très en avance sur ses pairs occidentaux. L’essence de ses idées les plus originales est exprimée dans son livre sur la question des idées dans le monde musulman.[21] Cogitant sur l’univers et la place que l’homme y occupe, Bennabi a fourni une analyse exhaustive selon une perspective historique, théologique, philosophique et sociologique à couper le souffle. I

l a fait l’observation fondamentale selon laquelle «lorsqu’il est abandonné à sa solitude, l’homme se sent assailli d’un sentiment de vide cosmique. C’est sa manière de remplir ce vide qui déterminera le type de sa culture et de sa civilisation, c’est-à-dire tous les caractères internes et externes de sa vocation historique. Le penseur algérien estime qu’il y a essentiellement deux manières de le faire: soit regarder à ses pieds, vers la terre, soit lever les yeux vers le ciel. L’un peuplera sa solitude de choses matérielles, avec un regard dominateur voulant posséder. L’autre peuplera sa solitude d’idées, avec un regard interrogateur en quête de la vérité. C’est comme cela que naissent, dit Bennabi, deux types de culture: une culture d’empire aux racines techniques, et une culture de civilisation aux racines éthiques et métaphysiques.

Bennabi explique ensuite que pour chacun de ces deux types de civilisation, le point de défaillance s’explique par l’excès de son noyau, c’est-à-dire: l’excès de matérialisme pour le premier et l’excès de mysticisme pour le second. Il en a été ainsi, par exemple, pour les civilisations islamique et occidentale au cours de leurs trajectoires historiques respectives. La civilisation islamique s’est vue éloignée de son équilibre initial pour être inexorablement jetée entre les mains des théologiens et des mystiques. De même, l’adoption par la civilisation occidentale d’un matérialisme immodéré, tant capitaliste que communiste, a conduit à une destruction systématique du tissu moral de ses sociétés, entraînant progressivement le monde que cette civilisation a fini par dominer totalement dans une situation où l’humanité est de plus en plus submergée par les objets.

Semblant partager cette profonde réflexion de Bennabi, l’auteur indien J.C. Kapur[22] soutient que le consumérisme est en train de vider l’âme de ses adeptes. Cela a pour effet de rendre possibles toutes sortes de transgressions à l’aide d’instruments de basse culture et de  renforcer ainsi l’unicentralisme en confinant les humains dans un statut de consommateurs d’objets matériels. Il est d’avis que dans la recherche de nouvelles directions «notre salut résidera dans la reconnaissance du fait que les images du matérialisme qui sont projetées conduisent à un vide moral, éthique et spirituel faisant obstacle à tous les processus de développement humain et d’évolution.

Plus inquiétant pour Kapur est le fait qu’avec l’implosion de l’Union Soviétique en 1991 et la marchandisation de l’économie de l’Etat successeur, la Russie, les économies de marché mondiales sont parvenues maintenant au stade d’un «consumérisme protégé par l’armement», lequel conduit à un paradigme intenable socialement, émotionnellement et psychiquement. Ainsi, toute tentative de structuration d’une nouvelle «civilisation impériale» sur les paramètres d’une société mondiale de l’information ne peut être que de courte durée. Immanquablement, il pose alors la question essentielle de savoir quel point focal assigner à l’activité humaine: sera-t-il axé autour du gain matériel, ou de la quête éternelle de la véritable nature de l’homme, en pleine harmonie avec les lois cosmiques?

En effet, pendant plus de deux siècles, une tradition de pensée tenace, des premiers «positivistes» comme Auguste Comte et Friedrich Nietzsche, aux «athéistes» contemporains comme Richard Dawkins, Christopher Hitchens, Daniel Bennett et Sam Harris, a postulé que la modernisation rendrait toutes les religions obsolètes et fantasmé sur un monde libre, démocratique, laïc et matériellement supérieur où la raison et la science guideraient l’humanité vers un avenir radieux et heureux. L’exemple le plus parlant à cet égard est ce que le politicien français Jean Jaurès a déclaré dans un discours en 1903: «Si l’idée même de Dieu prenait une forme palpable, si Dieu lui-même se dressait visible sur les multitudes, le premier devoir de l’homme serait de refuser l’obéissance et de le traiter comme l’égal avec qui l’on discute, mais non comme le maître que l’on subit».

Partant, les adeptes de cette «nouvelle religion» ont régulièrement décrété la mort de la foi. Certains parmi eux sont allés jusqu’à prononcer la «mort de Dieu», tandis que d’autres n’ont pas hésité à discourir sur rien moins que «les funérailles de Dieu»![23]

Jusqu’aux années soixante du XXe siècle, la tendance vers la sécularisation totale dans le monde «occidental» semblait irréversible. Il en fut sans doute de même dans l’écrasante majorité des pays nouvellement décolonisés du tiers monde. Les classes dirigeantes «occidentalisées» de ces derniers ont tout fait pour persuader leurs concitoyens que la supériorité des pays «avancés» repose sur les idées et les institutions occidentales et espéraient accéder à la modernité en adoptant purement et simplement les deux; l’exemple le plus extrême à ce propos étant celui de la République de Turquie d’Atatürk (le père des Turcs).

Aujourd’hui, il est devenu évident que la croyance en la fin de la religion et en ce sentiment d’attente merveilleuse liée aux vertus supposément intrinsèques du progrès technologique a presque totalement disparu. Et il n’est plus possible, comme l’a souligné Pankaj Mishra, de nier ou d’occulter la réalité du gouffre séparant «une élite qui accapare les fruits les plus recherchés de la modernité tout en dédaignant les vérités plus anciennes, et les masses déracinées qui, découvrant qu’elles ont été dupées au sujet de ces mêmes fruits, se réfugient dans le suprémacisme culturel, le populisme et la rancune violente».[24]

A présent que les contradictions et les coûts élevés de la vision du progrès de cette minorité sont devenus visibles à l’échelle du globe, il devient urgent d’adopter une pensée transformatrice et véritablement salvatrice, dans le sillage des idées développées par J.C. Kapur ou encore certaines parmi celles discutées par Deepak Chopra et Leonard Mlodinow dans leur livre.[25]

Il est utile de rappeler à cet égard que dans une interview accordée au magazine Le Point en décembre 1975, le célèbre romancier et ministre français André Malraux avait nié avoir jamais dit que «le 21ème siècle sera religieux (spirituel) ou ne sera pas», une citation qui lui est trop souvent attribuée, à ce jour. Il a certainement dit, par contre, que «je n’exclus pas la possibilité d’un événement spirituel à l’échelle planétaire».

Sur ce point, il était véritablement prophétique, puisque quatre ans à peine après cet entretien, survint la révolution islamique iranienne, engendrant un renouveau exceptionnel de la ferveur religieuse, en particulier dans le monde musulman, même si la religion n’y a jamais cessé de jouer un rôle prépondérant. Cette révolution a sans doute représenté la manifestation «locale» la plus frappante et la plus violente du rejet du «vide spirituel global» qui caractérisait jusqu’alors le monde «postmoderne». Vigoureusement promu par le mouvement des Lumières, ce type de monde fut tout aussi violemment fustigé lors de la vague de changements sociaux et politiques tectoniques de Mai 1968 qui a traversé le continent européen de part en part, à commencer précisément par la France d’André Malraux.

Désormais, il est loisible pour tout le monde de constater que le caractère «sacré» de l’État profondément sécularisé, né des entrailles du traité de Westphalie de 1648, est en train de s’effondrer. Et comme toutes les autres formes d’organisation politique, l’État-nation a connu une période d’ascension et un point culminant, et il est actuellement en déclin. Par conséquent, pour beaucoup de gens dans le monde, les religions, loin de perdre de leur vigueur comme prévu ou espéré, constituent le point de repère et de ralliement le plus solide pour aider à combler le vide ambiant et à faire face au désordre et à l’incertitude du monde d’aujourd’hui.[26]

A en croire l’auteur à succès et érudit influent de la religion Rodney Stark, le monde est plus religieux que jamais. Stark est parvenu à cette conclusion après avoir sondé plus d’un million de personnes dans 163 pays et a pu ainsi brosser le tableau complet que les spécialistes du courant dominant et les commentateurs populaires se sont montrés incapables de restituer fidèlement.[27] Assurément, «Dieu est de retour»[28] –si tant est qu’Il ait jamais quitté la scène du monde– et toute personne qui veut comprendre correctement la politique du 21ème siècle ne peut pas se permettre de L’ignorer, qu’elle croie en Lui ou non.

Tant et si bien qu’un nombre croissant de sociologues ont jugé nécessaire de tenter d’essayer de comprendre le comportement religieux plutôt que de le discréditer en le qualifiant d’irrationnel, d’anachronique ou d’obstacle au progrès. C’est précisément ce que Rodney Stark et Roger Finke ont entrepris de réaliser dans leur livre[29], qu’ils ont conclu en affirmant que «le moment est sans doute venu de transporter la dépouille mortelle de la doctrine de la sécularisation au cimetière des théories ratées et d’y murmurer requiescat in pace» (repose en paix !).

Naissance, déclin et renaissanc : plaidoyer en faveur d’une « civilisation universelle »

Bien avant que ces deux académiciens californiens ne prononcent leur requiem, l’historien britannique Arnold Toynbee avait écrit une étude[30] dans laquelle il soulignait le fait historique important que les civilisations meurent par suicide et non par meurtre. Il a expliqué que les civilisations commencent à se désintégrer quand elles perdent leur fibre morale et que leur élite culturelle devient parasitaire, exploitant les masses et créant un prolétariat interne et externe. Toynbee soutient que, devenue réactionnaire, cette « minorité créative » finit par devenir une «élite dominante minoritaire» incapable de répondre de manière créative aux défis existentiels.

Dans le cas de la civilisation occidentale, Toynbee a considéré que la religion en était le talon d’Achille et a averti que son échafaudage reposait sur la technologie, alors que «l’homme ne peut pas vivre uniquement de la technologie». Il a également fait observer que la civilisation occidentale s’est propagée comme un feu de forêt dans le monde, mais elle n’a pas réussi pour autant à l’unifier. Elle n’aura été finalement qu’un feu de paille, une machine sophistiquée dont la pièce essentielle, celle de la religion, a été arrachée. Et, faisant preuve d’une étonnante perspicacité exprimée dans une belle prose, il a fait la prédiction que «le moment venu, lorsque la maison œcuménique aura été construite sur des bases solides et que l’échafaudage technologique temporaire de l’Occident se sera effondré –ce dont je n’ai aucun doute– je pense qu’il deviendra alors manifeste que les fondations sont enfin fermes, parce qu’elles auront reposé sur le socle de la religion… car, en définitive, la religion est l’affaire sérieuse de la race humaine».

Dans les paragraphes qui suivent, nous tenterons d’expliquer pourquoi et comment la domination mondiale de la «civilisation occidentale», longue de 500 ans, tire à sa fin ; un destin illustré d’abord et significativement par l’auto-immolation de l’Occident au cours du bain de sang des deux guerres mondiales qu’il a déclenchées en l’espace de trente ans seulement. Nous le ferons en examinant les écrits de sept auteurs qui ont exercé une profonde influence sur la pensée de l’homme occidental, et sept autres auteurs qui ont prédit et mis en garde contre un crépuscule imminent de cette prédominance occidentale. En effet, ce que nous considérons comme le socle éthique, social, économique et idéologique de la pensée occidentale a été, de loin, forgé essentiellement à partir des idées contenues dans sept ouvrages de référence écrits depuis le début de la Renaissance européenne et l’Âge des Lumières.

Ainsi, dans son livre de 1513 Le Prince, l’Italien Nicolo Machiavelli décrit les méthodes –y compris au moyen de la tromperie délibérée, de l’hypocrisie et du parjure– qu’un prince aspirant peut utiliser pour accéder au trône, ou pour un prince existant à l’effet de préserver son règne. Le pasteur anglais Thomas Robert Malthus a prétendu, dans son livre de 1798 intitulé Essai sur le principe de population que la population a tendance à croître plus vite que l’approvisionnement alimentaire. Il a également postulé que la planète serait incapable de supporter plus d’un milliard d’habitants, et a donc plaidé pour une limitation du nombre de personnes pauvres en tant que meilleur dispositif de contrôle.

Le livre de 1859 de l’Anglais Charles Darwin L’origine des espèces a développé une théorie de l’évolution par la sélection naturelle à travers la notion de «survie du plus apte», ce qui a eu pour effet la remise en question des idées de l’ère victorienne sur le rôle de l’homme dans l’univers. Quant à son disciple, le philosophe et sociologue anglais Herbert Spencer, il publia en 1864 son  Principles of Biology  où il a transféré la théorie de Darwin du domaine de la nature à celui de la société. Il y défendait l’idée selon laquelle le plus fort ou le plus apte pouvait et devrait dominer les pauvres et les faibles qui, eux, devraient disparaître au bout du compte. Cela signifiait que certaines races (en particulier les protestants européens), individus et nations avaient le droit de dominer les autres en raison de leur «supériorité» dans l’ordre naturel.

Le Capital écrit en 1867 par l’Allemand Karl Marx est le texte théorique fondamental de la philosophie, de l’économie et de la politique matérialistes. La croyance en certains de ses enseignements a conduit au communisme et a causé des millions de morts dans l’espoir (ou l’utopie) de créer une société égalitaire. Dans son livre le plus célèbre Ainsi parlait Zarathoustra (écrit entre 1883 et 1885) le philosophe allemand Friedrich Nietzsche développe des idées comme l’éternel retour, la «mort de Dieu», et la notion de “Übermensch” (surhomme), c’est-à-dire  l’homme supérieur idéal du futur qui pourrait s’élever au-dessus de la morale chrétienne conventionnelle pour créer et imposer ses propres valeurs.

Enfin, les théories de l’Autrichien Sigmund Freud, bien que sujettes à de nombreuses critiques, ont eu une énorme influence. Son livre le plus connu Malaise dans la civilisation (1930), analyse ce qu’il considère comme les tensions fondamentales entre la civilisation et l’individu. La friction principale, affirme-t-il, provient du fait que la quête immuable de liberté instinctive de l’individu (notamment le désir sexuel) est en contradiction avec ce qui est le mieux pour la société (civilisation) dans son ensemble. C’est pourquoi sont édictées les lois qui prohibent et punissent le meurtre, le viol et l’adultère. Le résultat en est un sentiment permanent de mécontentement parmi les citoyens de cette civilisation.

Sans l’ombre d’un doute, la mentalité, la vision du monde et le comportement de l’homme occidental ont été considérablement influencés par les présupposés des «sept péchés capitaux» incarnés dans cette littérature. Cela conduisit à des calamités pour le monde telles que le matérialisme, l’individualisme, le scientisme, la recherche effrénée du profit, le nationalisme, la suprématie raciale, la volonté excessive de pouvoir, les guerres, la colonisation, l’impérialisme et finalement la décadence et le déclin civilisationnels.

Comme suite à ce processus irréversible, et plus particulièrement du fait de l’effondrement moral et des coûts humains et matériels colossaux de la Grande Guerre, des penseurs et des philosophes éminents commencèrent à exprimer leur inquiétude face au déclin à venir de l’Occident. Parmi ceux-ci, l’on singularisera sept auteurs dont les livres soutiennent que s’il est vrai que l’Occident est en déclin, il est encore temps pour lui de l’atténuer ou même de l’inverser et de le préserver pour la postérité.[31] Ces livres sont: Le déclin de l’Occident d’Oswald Spengler (1926); Civilization on Trial d’Arnold Toynbee (1958); L’Ordre et l’Histoire d’ Eric Voegelin (1956-1987); La fin de l’histoire et le dernier homme de Francis Fukuyama (1992); Le choc des civilisations de Samuel Huntington (1998); La civilisation: l’Occident et le reste de Niall Ferguson (2012); et Décadence :Vie et mort du judéo-christianisme de Michel Onfray (2017).[32]

Un autre trait commun, déclaré ou implicite, de ces livres est la croyance que la «civilisation chrétienne occidentale» doit être défendue à la fois contre la décadence interne et les menaces extérieures, principalement l’Islam ou, pire encore, une alliance entre les civilisations islamique et chinoise. Cette peur de l’Islam n’est nullement nouvelle; elle est profondément enracinée dans la psyché occidentale. Aujourd’hui, cependant, elle est exacerbée à un degré tel –et parfois de manière absurde[33]– que le débat sur la résurgence de l’Islam est devenu, le plus souvent, inextricablement lié à celui sur le déclin de la civilisation occidentale.

En 1948, l’historien anglais Arnold Toynbee a observé[34] que la civilisation occidentale a produit un plénum économique et politique et, dans le même souffle, un vide social et spirituel. Il a également déclaré que dans l’avenir proche, l’Islam pourrait exercer une influence précieuse sur le «prolétariat cosmopolite de la société occidentale qui a jeté son filet autour du monde et embrassé l’humanité tout entière». S’agissant de l’avenir plus lointain, il a spéculé sur «la contribution possible de l’Islam à une nouvelle manifestation de la religion», a averti que «si la situation actuelle de l’humanité devait précipiter une ‘guerre raciale’, l’Islam pourrait être amené à jouer à nouveau son rôle historique. Absit omen», et a conseillé que les Occidentaux «qui sont encore mentalement endormis, doivent maintenant se rendre compte que le passé de nos voisins va devenir une partie vitale de notre avenir occidental».

Soixante-dix ans plus tard, dans son livre controversé précité, le philosophe athée français Michel Onfray fait écho aux prédictions de Toynbee. Il souligne que l’histoire témoigne qu’il n’y eut pas de civilisation construite sur l’athéisme et le matérialisme, l’un et l’autre étant «des signes, voire des symptômes de la décomposition d’une civilisation». Je le sais, dit-il, « puisque je suis athée et matérialiste…on ne lie pas les hommes sans le secours du sacré». Dans ce livre, Onfray a prononcé la mort de la tradition judéo-chrétienne, «qui sera bientôt renversée par l’Islam», une religion forte « d’une armée planétaire faite d’innombrables croyants prêts à mourir pour leur religion, pour Dieu et son Prophète ».

Pour notre part, nous nous abstiendrons délibérément de nous engager dans toute rhétorique de haine et de malentendu mutuel que sous-tendent des slogans aussi controversés, chargés idéologiquement et dangereux tels que ceux de «choc des civilisations» ou de «guerre de religions» par exemple. Une voie alternative bien meilleure consisterait à rechercher des dénominateurs communs entre tous les peuples et toutes les cultures convergeant vers l’objectif de construction d’une paix et d’une sécurité durables ainsi que d’une prospérité partagée dans le monde globalisé et désorienté d’aujourd’hui.

Dans une prochaine analyse, nous tenterons d’expliquer les raisons et les seules conditions et circonstances dans lesquelles l’Islam sera effectivement en mesure de répondre à l’appel qui lui est lancé de jouer à nouveau son «rôle historique». Il ne peut le faire que comme une force motrice au sein d’une «alliance mondiale des bonnes volontés» aspirant à bâtir une véritable «civilisation universelle». Bonum omen.

 

 

[19] Lire l’analyse de J.T. Cacioppo et J. Decety, Social Neuroscience: Challenges and Opportunities in the Study of Complex Behavior, dans Annals of the New York Academy of Sciences, Vol. 1224, 2011.

[20] Malek Bennabi (1905-1973) est connu notamment pour avoir inventé les concepts de “colonisabilité” et de “mondialisme”.

[21] Malek Bennabi, Le problème des idées dans le Monde musulman, 1970.

[22] J.C. Kapur, Our Future: Consumerism or Humanism, Kapur Surya Foundation, New Delhi, 2005.

[23] Andrew Norman Wilson, God’s Funeral: The Decline of Faith in Western Civilization, W.W. Norton, 1999.

[24] Pankaj Mishra, Age of Anger, op. cit.

[25] Deepak Chopra et Leonard Mlodinow, War of the Worldviews: Science vs. Spirituality, 2011.

[26] Manlio Graziano, Holy Wars and Holy Alliance: The Return of Religion to the Global Political Stage, Columbia University Press, 2017.

[27] Rodney Stark, The Triumph of Faith: Why the World is More Religious than Ever, ISI Books, 2015.

[28] Pour plus d’informations à ce sujet, lire en particulier: D. Hamer, The God Gene: How Faith is Hardwired into Our Genes, 2004; J. Micklethwait et A. Wooldridge, God is Back: How the Global Rise of Faith is Changing the World, 2009; M. Duffy Toft, D. Philpott et T. Samuel Shah, God’s Century: Resurgent Religion and Global Politics, 2011.

[29] Rodney Stark and Roger Finke, Acts of Faith: Explaining the Human Side of Religion, 2000.

[30] Arnold Toynbee, Civilization on Trial, Oxford University Press, New York, 1948.

[31] Emanuel L. Paparella Is Western Civilization Doomed? A review Essay, Modern Diplomacy, Oct. 20, 2015.

[32] Publié chez Flammarion en 2017.

[33] Lire l’article darwinien de Mike Adam The Coming Collapse of Western Civilization: The Shocking Reason Why Liberal Americans Are Weak, But Islamic Soldiers Are Strong, 30 septembre 2016.

[34] Arnold Toynbee, Civilization on Trial, (traduit en français sous le titre La civilisation à l’épreuve), op. cit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8 commentaires

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  1. Cette étude a le mérite d’aborder un thème traité par les centres influents (centres d’études stratégiques, forums économiques, think-tanks…) élaborant la politique économique mondiale et qui a trait aux nouvelles formes et enjeux de l’économie mondiale et de l’aggravation des effets pervers de l’évolution du capitalisme mondial (thème récurrent depuis Marx). Amir Nour s’appuie sur des références indiscutables comme Stiglitz (prix Nobel d’économie) ou encore Thomas Piketty (auteur d’un best-seller en 2013) qui soutient « que le taux de rendement du capital dans les pays développés est constamment supérieur au taux de croissance économique, ce qui entraînera une augmentation de l’inégalité de la richesse à l’avenir ». L’auteur évoque également dans la première partie (la civilisation moderne à l’épreuve) les dangers de la manipulation de l’opinion publique mondiale par les mastodontes de la communication dopés par les avancées spectaculaires de la technologie et de l’intelligence artificielle et mentionne les risques majeurs posés à la liberté individuelle et les nouvelle formes d’asservissement collectif, ce qui rejoint la préoccupation d’autres penseurs qui après avoir analysé les dérives du siècle dernier, dénoncent le « consumérisme sans finalité humaine », la « consommation ostentatoire » et la « superfluité » de l’homme moderne et sont, comme Edgar Morin, à la recherche « d’une troisième voie » pour l’humanité.
    Cependant l’approche de Nour confinée à une dimension théorique abstraite ne nous montre pas l’enchevêtrement complexe des différents intérêts et la stratégie des multiples acteurs influents sur la scène internationale et surtout la position « affligeante » de dépendance des Etats musulmans (malgré leur ressources économiques et civilisationnelles) dans ce nouvel ordre international et l’incapacité des élites (souvent neutralisées) à proposer des analyses et solutions ; pire encore, les politiques économiques vont à l’encontre d’une démarche basée sur un modèle de développement autocentré tel que proposé par certains économistes indépendants et le penseur visionnaire Malek Bennabi.
    L’auteur, dans la seconde partie de son analyse (tout aussi bien documentée) portant sur les différentes approches de la civilisation, nous présente sa vision et nous offre des perspectives sur lesquelles on peut disserter. Mais alors que nous nous attendions à une analyse approfondie sur les contours d’une civilisation mondiale à visage humain, l’auteur s’est contenté d’une esquisse évoquant le rôle de l’Islam comme force motrice au « sein d’une alliance mondiale des bonnes volontés » aspirant à bâtir une véritable “civilisation universelle”. Nous attendons donc sa prochaine contribution, tout en étant dubitatifs dans ce monde cynique quant à une « alliance des bonnes volontés » si elle ne s’appuie pas sur une vision consensuelle éthique portant sur l’homme, le respect de la diversité raciale, culturelle et religieuse, une conjonction librement consentie d’intérêts politiques et une croissance économique à finalité humaine respectueuse de la nature et bénéfique pour tous.

  2. La religion est une drogue qui aide à vivre quand on ne veut pas réfléchir.
    Rien ne prouve qu’une drogue soit LE bon médicament.
    D’autant plus qu’il y a plein de gens dont le pouvoir se joue derrière la religion.

  3. Le capitalisme et plus encore son avatar le néo-libéralisme est un matérialisme qui a surfé allègrement sur la bienveillance des religions.

    Les hommes ont besoin de spiritualité assurément.

    Mais pour les athées et les agnostiques les religions encore aujourd’hui (notamment à travers leur expression fondamentaliste) sont perçues comme aliénantes et encombrées de rites désuets et de théologies arbitraires et confuses. Ils n’ont pas complètement tort.
    L’auteur de l’article (intéressant) termine en parlant d’une «alliance mondiale des bonnes volontés» aspirant à bâtir une véritable «civilisation universelle».
    Le temps presse.

    • Les religions sont aliénantes quand elles sont kidnappées par les puissants, elles peuvent être libératrices quand elles sont utilisées par les opprimés. Le vrai combat, le vrai djihad, ne se déroule pas entre les religions et les idéologies mais à l’intérieur de chacune d’entre elles. “Un se divise en deux”, et l’ange peut devenir le diable …Comme il se déroule en chacun d’entre nous.

  4. @ baraa
    J’ai eprouve beaucoup de plaisir a lire cet excellent article. Je n’y ai trouve nulle critique (ni encore moins une presentation caricaturale) du systeme socialiste sovietique ou russe. Les rarissimes references connexes dans l’article concernent le communisme et le materialisme marxiste. L’histoire a malheureusement enregistre de trop nombreux exemples negatifs de la perversion qui a ete faite de cette ideologie. Une realite historique que vous reconnaissez vous-meme dans votre commentaire, bien plus que l’auteur dans son article…

    • Certes, mais je pense que les musulmans font l’erreur de suivre les jugements dominants en Occident faits dans l’intérêts des dominants et dénonçant dans ce but le socialisme tel qu’il a été et tel qu’il est aujourd’hui, ce qui les empêche d’avoir un jugement équilibré sur la première tentative de rompre avec l’ordre impérialiste qui a rencontré, pour ceux qui l’ont expérimenté ce qui est mon cas, beaucoup de zones de lumières à côté de zones d’ombre. Et c’est le seul point faible de cet article. Car si les musulmans ne réexaminent pas cette partie de l’histoire mondiale qui a permis à certains pays de décoller alors que, globalement, les pays musulmans ont stagné, ils ne pourront pas se reprendre en main et se mobiliser de façon créative. Le nasserisme, le baathisme, le FLN algérien, le Sud-Yemen, la révolution iranienne, la révolution palestinienne, etc. ne sont pas allés trop loin, ils ne sont pas allés assez loin, socialement, idéologiquement. Il n’y a qu’à comparer des voisins, l’Afghanistan ou le Pakistan, avec l’Ouzbekistan, pour voir qui a progressé malgré tout et qui a stagné jusque dans les années 1970 puis tenter de progresser et finalement régressé à partir de l’intervention US-Saoud. L’islam, au lieu d’apporter un plus au processus de décolonisation économique et national, s’est laissé bloquer par des pêcheurs en eau trouble. Entre la stagnation de l’Indonésie, du Bangladesh et le dynamisme du Vietnam ou de la Chine, la comparaison est aussi claire, Malheureusement. Un musulman devrait pouvoir imaginer ajouter un plus au socialisme qui ouvre des perspectives de progrès plutôt que de se complaire à vouloir moraliser un capitalisme qui est par nature prédateur et usurier.

      • @ Baraa : “Un musulman devrait pouvoir imaginer ajouter un plus au socialisme qui ouvre des perspectives de progrès plutôt que de se complaire à vouloir moraliser un capitalisme qui est par nature prédateur et usurier.”

        Exact.
        Les musulmans et aussi les chrétiens.
        Pour les athées c’est déjà fait, ceux qui se réclament de l’Humanisme.
        Le capitalisme c’est le chacun pour soi et le “ruissellement” pour tous. Le socialisme c’est avant tout vouloir faire passer l’intérêt de tous avant l’intérêt individuel, et le partage équitable des ressources (celles qui restent) de la planète.

  5. En Russie, la découverte de ce qu’est le capitalisme réel a provoqué une forte nostalgie envers ce qu’a été le socialisme réel et des relations humaines bien plus conviviales, système que la propagande occidentale avait présenté sous une forme caricaturale …qu’on retrouve aussi dans cet article. Les Russes et les autres ex-Soviétiques font aujourd’hui un bilan critique de la période passée, mais en distinguant le positif du négatif et avec des yeux ouverts aussi sur la religion, orthodoxe comme musulmane. La religion avait été négligée et réprimée à l’époque soviétique à cause des déformations et des perversions qu’elle avait subie avant la révolution. Une religion du poids du passé est en train de se développer à côté de l’héritage du progressisme laïc :

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