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Jésus et l’islam: le fils de Marie

Une relecture du Coran révèle l'importance de Jésus et Marie, et leur place dans le monothéisme islamique.POURQUOI LIRE :
  • Comprendre la vision coranique de Jésus et Marie.
  • Explorer les critiques coraniques de la Trinité.
  • Découvrir les récits de la nativité dans le Coran et leur intertextualité.

Alors que le dialogue islamo-chrétien bute souvent sur la nature du Christ, une relecture attentive du texte coranique révèle une mise en valeur exceptionnelle de la figure de Jésus (Issa) et, plus encore, de sa mère Marie (Maryam). Loin d’être une simple reprise des textes bibliques, le Coran propose une christologie originale, ancrée dans le contexte de l’Arabie du VIIe siècle, qui vise à restaurer le monothéisme pur tout en défendant l’honneur de la Sainte Vierge. Plongée au cœur des textes.

Si l’on s’en tient à une arithmétique simple, le constat est frappant : alors que le nom du Prophète de l’islam, Mahomet (saws), n’est cité que quatre fois dans le Coran, celui de Jésus y est mentionné trois fois plus, et davantage encore la Vierge Marie. Cette insistance n’est pas anodine. Elle témoigne de la volonté divine de placer Marie comme une figure « hors du commun », le Coran admettant sans ambiguïté qu’elle est « l’élue parmi toutes les femmes humaines ».

Mais au-delà de l’hommage, quelle est la portée théologique de ces récits ?

1. La controverse de la Trinité et la secte des Collyridiens

Une des critiques coraniques les plus mal comprises par les chrétiens concerne la Trinité. Le Coran reproche en effet aux chrétiens d’avoir adopté trois figures divines : Dieu, Jésus et Marie. Or, le dogme chrétien orthodoxe (catholique, orthodoxe ou protestant) définit la Trinité comme le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Pourquoi le Coran semble-t-il inclure Marie dans cette trinité ?

L’explication est historique. À l’époque de la Révélation en Arabie, il existait un culte marial très fort, parfois déviant. Le texte source mentionne une secte (probablement les Collyridiens, mal transcrits en “Oedemen” dans la source) qui vénérait Marie presque comme une déesse, au point d’en faire le quatrième élément de la divinité. Le Coran s’adresse donc à une réalité concrète de son époque : il rejette l’idée que Marie puisse être une divinité aux côtés d’Allah, une dérive présente chez certains groupes orientaux. C’est une réponse directe aux excès du titre Theotokos (“Mère de Dieu”) qui pouvait laisser croire, dans une culture orale, que Dieu avait pris compagne.

2. “Fils de Marie” : Une rupture culturelle et théologique

L’appellation coranique systématique de Jésus comme « Fils de Marie » (Ibn Maryam) est une véritable révolution rhétorique. Dans la culture arabe patriarcale, on est toujours le fils de son père. Appeler un homme « fils de sa mère » pouvait même être perçu comme une insulte.

Pourtant, le Coran martèle ce titre. Pourquoi ?

  • Affirmer l’humanité : Si Jésus est fils de Marie, il ne peut pas être littéralement “Fils de Dieu”, car cela élèverait Marie au rang d’épouse divine. C’est une manière d’insister sur sa nature créaturelle.

  • Souligner le miracle : Ce titre rappelle constamment la conception virginale. Jésus n’a pas de père humain ; il est le fruit d’un miracle divin unique.

  • Subvertir l’ordre établi : En utilisant cette désignation, le Coran « donne une gifle » aux conventions pour imposer sa propre vérité : Jésus est un prophète, Verbe de Dieu, mais il reste un homme.

C’est là le paradoxe coranique : ce titre, qui pourrait sembler limitatif, est en réalité, en Islam, « le plus bel hommage » rendu à Jésus, confirmant sa naissance miraculeuse sans l’associer à la divinité.

3. Laver l’honneur de Marie : La réponse à la calomnie (Buhtan)

Le Coran ne se contente pas de raconter ; il défend. La Sourate 4 (An-Nisa) évoque une « immense calomnie » (Buhtan) proférée par les mécréants à l’encontre de Marie.

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De quoi s’agit-il ? Les auditeurs du VIIe siècle comprenaient l’allusion : il s’agit des accusations portées par certains milieux rabbiniques (présentes notamment dans le Talmud ou les pamphlets comme les Toledot Yeshu) accusant Marie d’adultère ou de prostitution avec un soldat romain.

Face à ces récits infamants qui faisaient de Jésus un enfant illégitime, le Coran « lave » l’honneur de Marie. Dans la Sourate 19, c’est Jésus lui-même, parlant au berceau (un miracle absent des évangiles canoniques), qui innocente sa mère en proclamant : « Je suis le serviteur de Dieu ». Le Coran réfute catégoriquement l’absence de père comme étant une faute, pour en faire le signe de la toute-puissance divine.

4. L’intertextualité : Quand le Coran éclaire les Évangiles apocryphes

Les récits de la nativité dans le Coran (Sourate Maryam) diffèrent de ceux de Luc ou Matthieu. Jésus ne naît pas dans une étable, mais sous un palmier, près d’une source. Marie, seule et en proie aux douleurs de l’enfantement, souhaite même mourir de honte et de souffrance.

Les historiens notent ici une formidable « intertextualité ». Ces détails se retrouvent dans les Évangiles apocryphes (textes non reconnus par l’Église officielle mais très populaires en Orient), tels que le Protévangile de Jacques ou l’Évangile du Pseudo-Matthieu.

  • L’épisode du palmier qui donne ses fruits à Marie rappelle le miracle lors de la fuite en Égypte dans les apocryphes.

  • Le Coran semble valider et sanctifier ces récits de la piété populaire chrétienne orientale, leur donnant une valeur de vérité révélée pour soutenir le message prophétique.

5. Le mystère de la “Sœur d’Aaron”

Enfin, l’expression « Sœur d’Aaron » (Ukht Haroun) adressée à Marie dans la Sourate 19 a fait couler beaucoup d’encre. Comment Marie peut-elle être la sœur d’Aaron, le frère de Moïse, alors que 1500 ans les séparent ?

Loin d’être une confusion historique de la part du Prophète (saws), comme l’ont prétendu certains orientalistes, il s’agit d’un procédé littéraire et spirituel sophistiqué. En arabe, le mot « sœur » (Ukht) désigne souvent une descendance ou une appartenance tribale. Mais plus profondément, le Coran établit une typologie : il lie la Marie du Nouveau Testament à la Myriam de l’Ancien Testament (sœur de Moïse).

C’est une « filiation spirituelle ». En appelant Marie « Sœur d’Aaron », le Coran la réinsère dans la lignée prophétique d’Israël, lui conférant le prestige de la famille d’Imran (Amram biblique). C’est une manière de dire que l’histoire sainte est une continuité ininterrompue.

Conclusion : Jésus, le nouvel Adam

Au final, la christologie coranique se résume par une analogie puissante : « Pour Allah, Jésus est comme Adam ». Tous deux sont venus au monde sans processus biologique standard, par l’impératif divin « Sois » (Kun).

En rejetant la divinité du Christ tout en exaltant sa naissance miraculeuse et la pureté de sa mère, le Coran propose une « voie moyenne » : il nettoie la figure de Jésus des excès dogmatiques (la divinisation) et des calomnies historiques (l’illégitimité), pour le rendre à sa vérité originelle de Messie et Serviteur de Dieu.

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