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Le hijab, accessoire de mode, fait débat parmi les femmes musulmanes

Censé échapper au diktat du paraître dans des sociétés occidentales plus ou moins tolérantes, voire répressives envers celles qui l’arborent, le voile, ce signe religieux de piété drapé dans une pudeur toute musulmane, a fait récemment une entrée très remarquée dans l’univers superficiel de la mode et plus élitiste de la haute couture, au grand dam de ses farouches détracteurs qui sont légion au pays des Lumières.

Si, en France, il est empoigné en repoussoir de la République, il n’en va pas de même sur les podiums des « Fashion Weeks » à Paris, Londres, New York ou Singapour, ou encore dans certaines campagnes publicitaires, où il est passé du statut de couvre-chef honni à celui d’accessoire tendance, rehaussant des collections de vêtements dites « modestes » et non moins raffinées, qui portent la griffe de grandes marques telles que Chanel, Dior, Dolce et Gabbana, H&M, Uniqlo, sans oublier Nike.

Détenteur de la palme des polémiques passionnelles, particulièrement dans un Hexagone qui résonne de l’indignation très sélective d’une certaine intelligentsia et de féministes, pleines de condescendance, qui dénient aux femmes musulmanes la liberté fondamentale de se vêtir selon leurs goûts, le hijab modernisé, relooké et adapté à la pratique sportive fait fureur parmi une nouvelle génération de jeunes femmes vivant en Occident, mais s’avère être aussi une pomme de discorde au sein de la gent féminine musulmane.

A l’instar de la journaliste Tasbeeh Harwees, très critique envers le dernier clip viral de Pepsi, qui a par ailleurs suscité une vive controverse pour avoir pris le combat antiraciste un peu trop à la légère, elles sont nombreuses à ne pas avoir apprécié l’image « progressiste » de la femme musulmane qui a été projetée à l’écran. « Une multinationale qui pèse plusieurs milliards de dollars nous impose un modèle de femme musulmane via la publicité qui ne correspond pas forcément à la réalité », a-t-elle reproché sur les ondes de la BBC.

« En exploitant l’image des femmes musulmanes, en ces temps troublés, les entreprises ont trouvé là un moyen de communiquer sur les valeurs de tolérance et d’inclusion. C’est devenu socialement important de s’aligner sur les minorités dans le climat politique actuel, et les femmes musulmanes sont érigées en égéries malgré elles ».

La popularité croissante des blogueuses hijabis, accros à la mode, dont les tutoriels de maquillage battent des records d’audience et de « like », fait également débat. Certaines femmes, jeunes et moins jeunes, devenues littéralement obsédées par leur apparence, ont ressenti une telle aliénation en visionnant ces vidéos qu’elles ont fini par laisser leur voile dans l’armoire.

Khadija Ahmed, l’éditrice d’un magazine en ligne, fait partie de ces fashion victimes musulmanes très amères qui, sous la pression, forte et sournoise, exercée par la prolifération de ces tutoriels prescripteurs de tendances, a fini par se dévoiler pour être à la mode à tout prix. A ses yeux, le caractère sacré du voile est sacrifié sur l’autel du mercantilisme.

« Je ne pense pas que les marques nous font une faveur, bien au contraire. Nous n’avons pas besoin de leur approbation pour affirmer notre identité et se sentir bien dans nos têtes. Au final, ce phénomène produit un effet très pervers : le renoncement à porter le voile », déplore-t-elle grandement.

Le voile, objet d’interprétations diverses et parfois irréconciliables, est perçu différemment par la journaliste et activiste iranienne Masih Alinejad, instigatrice de la campagne lancée sur Facebook « Ma liberté furtive ». « Je pense que les entreprises occidentales veulent normaliser la question du hijab. Si vous voulez parler du hijab et le présenter comme un signe du féminisme musulman ou de résistance, il faut penser à ces filles et ces femmes qui sont obligées de le porter dans les pays musulmans », a-t-elle déclaré.

Pour l’hyperconnectée Hend Amry, consacrée « reine du Twitter musulman » par ses nombreuses fans à qui elle offre un espace d’expression pour se livrer à cœur ouvert, le port du hijab, loin d’être en voie d’extinction, connaît un véritable regain en Occident, grâce au renouveau qui le revisite et gomme tous les stéréotypes.

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