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Guerre d’Algérie : Macron reconnaît la responsabilité de la France dans la mort en détention de Maurice Audin

Il ne faut pas y voir une forme de « repentance », mais plutôt une volonté politique de « réconcilier la vérité historique avec la vérité officielle ».
La décision du président Macron de reconnaître l’implication de la France dans la disparition tragique de Maurice Audin, un jeune mathématicien communiste arrêté le 11 juin 1957, à l’âge de 25 ans, alors que la bataille d’Alger faisait rage, et torturé à mort pour son militantisme en faveur de l’indépendance algérienne, est de nature « mémorielle », insiste-t-on dans les antichambres du pouvoir.
Une fin funeste sur laquelle a longtemps plané l’ombre des paras et du général Aussaresses, le tortionnaire de l’Algérie française, jusqu’à ce que ce dernier, au soir de son existence et à l’heure d’écrire ses mémoires tachées de sang, en 2002, se glorifie d’avoir donné l’ordre de le tuer.
En juin 2014, le président Hollande avait, pour la première fois, brisé l’omerta ambiante en révélant une vérité dérangeante : la mort dans les geôles françaises du supplicié Maurice Audin, sans toutefois divulguer les documents attestant ses dires.
Ce jeudi 14 septembre, à midi, le chef de l’Etat se rendra au domicile de la veuve du mathématicien pour lui remettre en mains propre une déclaration écrite, dans laquelle il est gravé dans le marbre que son mari a été « torturé à mort ou torturé puis exécuté » (le doute subsistant encore parmi les historiens sur le déroulement exact des faits).

Le président de la République a également annoncé avoir consenti à ouvrir les archives nationales sur les disparus de la Guerre d’Algérie. La lumière sera faite, enfin peut-on l’espérer, sur un sombre passé que l’Etat français et son armée ont longtemps enfoui afin de mieux l’enterrer, comme ce fut le cas pendant 60 ans, en battant en brèche la thèse de la mort en détention de Maurice Audin et en affirmant à ses proches incrédules qu’il « s’était évadé ».
Le texte de l’Élysée, qui sera rendu public après la rencontre avec Josette Audin, ne fera l’objet d’aucune déclaration. Composé de quatre pages, il s’articule autour de trois grands axes. En premier lieu, il s’attache à dénoncer le « système légalement institué » de l’« arrestation-détention », qui a été « mis en place à la faveur des pouvoirs spéciaux qui avaient été confiés par voie légale aux forces armées à cette période ».
Puis, il s’appuie sur le « symbole » désormais incarné par Maurice Audin pour «aller plus loin »: l’ouverture des archives nationales sur les disparus de la Guerre d’Algérie, lesquelles concernent à la fois les civils et les militaires, Français et Algériens. « Cette étape est un préalable dans nos discussions avec les autorités algériennes pour qu’elles ouvrent ensuite les leurs », précise un proche du chef de l’État, qui évoque un « travail commun » avec l’Algérie.
Selon un conseiller, le président va enfin lancer un appel aux témoignages, qui s’adressera notamment à ceux qui ne se sont jamais exprimés de peur d’être poursuivis (le général Aussaresses a par exemple été condamné pour «apologie de crimes de guerre» en 2002, huit mois après avoir publié un ouvrage justifiant ses crimes et les tortures durant le conflit). Le chef de l’État va également inviter les militaires qui auraient emporté des archives avec eux à les remettre aux mains des archives nationales.
L’entourage d’Emmanuel Macron souligne, pour sa part, que ce « texte rend aussi honneur à l’écrasante majorité des militaires français qui n’ont ni souscrit ni pratiqué la torture», et contribue à les sortir du piège d’un « amalgame ignoble ».

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