in ,

Contextualiser « Le Phénomène Coranique » (1/2)

Introduction

Bien que plus d’un demi-siècle se soit déjà écoulé depuis que son édition française originale a été publiée en 1947, la valeur du Phénomène coranique a considérablement augmenté, tant du point de vue de sa thèse principale que de son approche méthodologique. Il n’est point besoin de souligner son actualité et sa pertinence par rapport aux préoccupations principales de la pensée islamique contemporaine en particulier, et à la pensée religieuse et philosophique en général.

Se voulant juste une tentative de prouver la source surnaturelle et divine du Coran, l’œuvre de Malek Bennabi est en fait un plaidoyer contre le réductionnisme de toutes sortes et prétentions. A un moment où la sagesse et les autorités jadis révérées d’une modernité mondialisée de manière impérialiste sombrent sous les attaques post-modernes, l’humanité est témoin d’une forte renaissance du sophisme et d’une montée sans cesse continue de scepticisme et de nihilisme.

La modernité et ses conséquences

Un trait majeur des forces ayant déclenché le phénomène de la modernité était leur hostilité à l’égard de la tradition sous toutes ses formes. La tradition était en général identifiée à la religion. Cela voulait dire qu’une croisade totalement intransigeante devait être menée contre la religion et l’Église – l’institution officielle qui l’incarne – pour la mise en œuvre du programme de la modernité afin de dé-traditionnaliser la société et la culture.

Abstraction faite des multiples facteurs ayant contribué finalement à déterminer le destin historique et le caractère culturel de l’Europe du dix-septième au vingtième siècle, la raison et la science ont émergé telles des jumelles couronnées auxquelles l’ultime autorité devait appartenir.

Publicité

La raison qui réclamait maintenant l’universalité pour ses principes et ordres était celle dont les adversaires constituant sa bête noire – tradition, autorité, émotion, exemple, etc. – devaient être affrontés et farouchement combattus.[i] Quant à la science, son modèle devait être trouvé dans la physique, tel que philosophiquement conceptualisé par Descartes et mathématiquement formulé par Newton en fonction de son univers autosuffisant, d’une régularité d’horloge.

En conséquence, les croyances et valeurs ne pouvaient être sanctionnées que si elles avaient passé avec succès le test de la raison et de la science. N’est réalité et vérité que ce qui peut être justifié par les critères de la raison et mesuré par le point de référence de la science. Beau qu’il soit, mais là n’est pas le véritable problème.

En effet, l’humanité a de tout temps, de par son expérience, eu recours à la raison et à la science pour justifier ses croyances et valeurs, pour comprendre sa situation dans le monde, pour comprendre la réalité et la vérité et faire face à la nature et aux différents domaines de l’existence, peu importe comment la raison et la science ont pu être conçues chez les différentes civilisations et les différents peuples.

Ce qui caractérise réellement la raison et la science dans le contexte de la modernité occidentale et constitue en même temps leur problème, c’est leur orientation séculière et réductionniste. Mû par un désir de libérer les valeurs de tout esprit religieux qui était supposé les orienter au Moyen Âge, le processus de rationalisation a eu pour résultat la déconsécration des valeurs et la désacralisation de la vie humaine.

Publicité

Animé par un puissant désir de démystifier et de contrôler la nature, d’atteindre la certitude de la connaître, la science a fini par limiter la nature au phénomène physique et à assimiler ce dernier au quantifiable qui peut et doit en fin de compte être subsumé sous des équations mathématiques précises.

Ainsi, la raison, avec ses critères et ses principes ontologiques tels que recommandés par les théoriciens de la modernité comme Descartes, s’estompait graduellement au profit d’une conception de la rationalité humaine où elle était étroitement identifiée à la science dite exacte. La limitation de la rationalité humaine et de la raison était basée sur « l’idée métaphysique selon laquelle la réalité à laquelle la science a accès est toute la réalité ».[ii]

Cela veut dire que les humains « n’ont aucune autre source de connaissance ni autres moyens de raisonnement ». Une doctrine ou idéologie du scientisme a ainsi émergé dont la première victime était la raison universelle même. De même, la rationalité humaine devait être « subordonnée à la science contemporaine quoi qu’elle puisse dire ». Il s’en est ensuivi que la philosophie et la rationalité sont devenues « les servantes de la science plutôt que son fondement rationnel ».[iii]

C’était, en effet, un développement majeur de la modernité vers le réductionnisme en connaissance humaine et vision du monde, un réductionnisme qui cherchait à « réduire toute chose au niveau de l’explication physique ».[iv] Ce physicalisme était philosophiquement formulé dans la soi-disant vision scientifique du monde, qu’elle soit positiviste ou autre.

Publicité

En réduisant la rationalité d’une conception holistique à la conception physicaliste du monde et de la réalité, et en faisant de la raison un simple instrument de science modelée sur la physique, la modernité a laissé la porte grande ouverte au relativisme dans les différents aspects de la pensée et de la vie.

Peut-être que l’un des résultats les plus dévastateurs de ces développements est remarqué dans la perte de sens qui a imprégné presque tous les aspects de la vie humaine. Même les objets physiques, qui au début, avaient constitué le sujet d’étude pour les sciences naturelles, ont été détruits et ne constituent plus une réalité objective.

Cela a été par la suite consolidé et appuyé de bases philosophiques par les développements révolutionnaires dans les sciences physiques et naturelles. La mécanique quantique, en particulier, « a privé la matière de la solidité qu’on la croyait posséder »[v] et a affecté de façon destructive « le programme de la philosophie moderne ».[vi]

L’objet de la connaissance scientifique même était maintenant en jeu. En effet, « la notion même d’une nature objective du monde indépendante de notre connaissance de ce monde était attaquée ».[vii] Ainsi, « la connaissance scientifique n’est plus la connaissance des choses telles qu’elles sont ‘là dehors’ dans un monde objectif mais seulement par rapport à un observateur. Dans un sens, nous voyons ce que nous nous attendons à voir selon nos propres modèles mentaux ».[viii]

La Post-modernité et le centre perdu

Dans de pareilles circonstances, il est tout à fait naturel de parler de l’éclipse et de la fin de la raison, de lui faire les adieux, ou d’annoncer la fin de la science, et bien sûr, d’annoncer la fin de toute chose y compris la modernité même.[ix]

Cette situation, conséquence logique des propres prémisses de la modernité, a été sérieusement aggravée par les tendances post-modernes. D’habitude, on a accordé le statut d’autorité à la raison et celle-ci était donc considérée comme une référence à la pensée et la vie humaines ; la science nous a enseigné qu’il y avait une certaine rationalité et donc une certaine structure dans le monde. Au contraire, la post-modernité s’est presque débarrassée de tout cela.

Lorsqu’elle a arraché l’homme de ses traditionnelles visions du monde, la modernité lui a promis d’autres possibilités basées sur la raison et éclairées par la science. Elle ne l’a pas totalement privé d’un cadre de référence et de certaines vérités absolues sur lesquels il va se fonder ainsi que son expérience. Par contre, le post-modernisme est en train de réaliser un bouleversement réel de la condition et de l’expérience humaines. Ce bouleversement est en rapport avec un nombre d’idées sur la réalité qui en fait va « bien au-delà d’un simple relativisme ».[x]

Un trait principal de la pensée post-moderniste avec ses nouvelles idées, est que « les choses et les événements n’ont pas de signification intrinsèque » et qu’il y a « seulement une interprétation continue du monde ».[xi] En conséquence, la réalité, qu’elle soit sociale ou naturelle,[xii] doit toujours être inventée ou maintes fois reconstruite. Rien ne détient la vérité, ou le sens en lui-même. Toute chose est en perpétuel changement. La seule vérité absolue est la totale ‘fluidité’ et le changement continu.

Selon les penseurs post-modernistes comme Jean François Lyotard, la marque épistémologique de la « post-modernité est la perte de structures conceptuelles autoritaires à même de servir de ‘fondement’ à la connaissance rationnelle ».[xiii] Indépendamment des différents types de modernisme que les écrivains ont essayé de mettre au point, l’un d’eux semble avoir une grande influence sur les autres.

C’est un post-modernisme caractérisé par un relativisme absolu selon lequel « la vérité objective est intolérable et non existante ». Dans ce type de post-modernisme « non seulement tout centre de réalité transcendante est renié, mais le changement perpétuel qui le remplace n’a aucun centre.[xiv] Comme nous le disent bon nombre de philosophes post-modernistes, l’humanité connaît à présent l’effondrement total de tous les grands récits (c’est-à-dire, la religion, les systèmes philosophiques, les idéologies, etc.), qui dans le passé servaient de support à l’expérience et à la conscience humaines.

Cela peut être vrai et s’appliquer à l’expérience historique et à la conscience de l’homme occidental (euro-américain). Mais généraliser cela à tous les peuples et cultures du monde ne reflète pas nécessairement la vérité, malgré les tentatives incessantes des pouvoirs occidentaux à universaliser cette expérience et à imposer cette conscience par tous les moyens possibles.

Car nous savons fort bien qu’une très grande partie de l’humanité à travers tout le globe continue toujours à protéger ses visions du monde et son système de valeurs et fait de son mieux pour vivre selon leurs exigences.[xv]

En fait, même en Occident, beaucoup de philosophes, penseurs et même hommes de science, ont exprimé leur mécontentement vis-à-vis du programme de la modernité et ont émis de vives critiques à propos de ses tendances réductionnistes, aliénantes et déshumanisantes bien avant que les prophètes autoproclamés du post-modernisme n’aient fait leurs prophéties.

Ainsi, si la modernité a recommandé une vision du monde réductionniste, matérialiste et séculière, la post-modernité recommande un monde complètement fragmenté où il n’y a aucun point d’ancrage pour la conscience et l’expérience humaines. Non seulement l’objet s’est désintégré, mais le sujet lui-même a également disparu. Au lieu du sujet de la modernité qui, bien entendu, implique l’existence de l’objet, l’invention se fait « d’un individu flottant sans points de repères ou paramètres distincts ».[xvi]

Dans le sillage de la lutte de la modernité contre la tradition et la religion, l’homme a été abandonné sans cœur et sans âme, mais au moins, disait-on, la raison et son alliée, la science, prendraient soin de lui. À présent la post-modernité est en train de lui couper la tête et de le dépouiller de son esprit. Ce qui reste alors n’est qu’un corps sans âme et sans esprit entraîné dans une culture de société de consommation et de nihilisme.

C’est, à mon avis, dans ce contexte que les vives critiques de Bennabi contre le rationalisme cartésien et son rejet catégorique du scientisme, peuvent être mieux appréciés. En critiquant la doctrine rationaliste cartésienne, Bennabi ne fait pas de la croyance ou non croyance de Descartes son problème, comme l’objection du Professeur Draz le laisse entendre dans sa lettre-préface au présent livre,[xvii] omettant ainsi un aspect important de l’argument de Bennabi.

Pas plus qu’il ne fait de la raison et de la science en tant que telles son problème. Ce qui préoccupe le plus Bennabi c’est la conception de la raison et de la science en tant que complètement antithétiques à la religion et à la révélation. Son argument dans Le Phénomène Coranique ainsi que dans d’autres ouvrages est sans aucun doute guidé par une forte conscience de ce qui peut être appelé la négation de soi de la modernité, qui englobait presque tous ses principaux ‘ismes’ comme le rationalisme, l’humanisme et le scientisme.[xviii]

Cette négation de soi ne peut être perçue que comme une conséquence logique de la tendance principale de la modernité à l’exaltation. En d’autres termes, l’exaltation, par exemple, de la raison et de la science a conduit à une absolutisation de la vision scientifique du monde et à une croyance à la capacité et au pouvoir absolus de la raison humaine à contrôler la nature et l’histoire et à répondre aux questions fondamentales et finales qui n’ont jamais cessé de hanter l’esprit humain.

Naturellement, cette exaltation et cette absolutisation ne pouvaient avoir lieu qu’au prix du rejet de tout pouvoir surnaturel et la négation de toute réalité transcendante. En rejetant l’autorité divine et en niant la réalité métaphysique, la modernité, selon les termes de Bennabi, devait tomber dans un processus de déification d’autres entités, et par là même l’absolutisation d’autres autorités.

Mais une fois qu’il est réalisé que ces autorités absolutisées et ces entités déifiées ne peuvent pas fournir la panacée promise, la seule alternative est de perdre la foi en eux et d’ouvrir la voie à l’ère post-moderne dont j’ai essayé de décrire certains traits principaux plus haut.

 


[i] Ernest Gellner : Reason and Culture (Oxford, Royaume Uni & Cambridge, USA : Blackwell, 1992), pp. 55-110.

[ii] Roger Trigg : Rationaity and Science : Can Science Explain Everything ? (Oxford, Royaume Uni & Cambridge, USA : Blackwell, 1993), p. 60. 

[iii]Trigg : Rationality and Science, p. 81.

[iv] Ibid.

[v] Charles Le Gai Eaton : Remembering God : Reflections on Islam (Chicago : ABC International Group, 2000), p. 30.

[vi] Stephen Toulmin : Cosmopolis : the Hidden Agenda of Modernity (Chicago : The University of Chicago Press, 1990), p. 147.

[vii] Lawrence Sklar : Philosophy of Physics (Oxford : Oxford University Press, 1995 [1992]), p. 7.

[viii] Eaton : Remembering God, p. 30.

[ix] Voir par exemple Max Horkheimer : Eclipse of Reason (New York : Continuum, 1992 [1947]) ; Paul Feyerabend : Farewell to Reason (London : Verso, 1987) ; Gianni Vattimo : The End of Modernity, traduit de l’italien par Jon R. Snyder (Cambridge [Royaume Uni] : Polity Press, 1988) ; John Horgan : The End of Science (London : Abacus [A Division of Little Brown and Company], 1998).

[x] David S. Dockery : « The Challenge of Post-modernism » in David S. Dockery (editor) : The Challenge of Post-modernism : an Evangelical Engagement (Grand Rapids, Michigan : Baker Books, 1995), p. 14.

[xi] Ibid.

[xii] Nous avons intentionnellement omis de parler ici de la réalité métaphysique ou transcendantale car elle ne fait pas partie des questions de la post-modernité.

[xiii] Toulmin : Cosmopolis, p. 172.

[xiv] Carl F.H. Henry : « Post-modernism : the New Spectre ? », in David S. Dockery : op. cit. p. 38.

[xv] Ce n’est pas pour nier le fait que différentes cultures et visions du monde ont été affectées et, pour ainsi dire contaminées par les épidémies du modernisme et post-modernisme occidental à des degrés variés.

[xvi] Pauline Marie Rosenau : Post-modernism and the Social Sciences (Princeton, NJ : Princeton University Press, 1992), p. 54.

[xvii] Voir appendix 1.

[xviii] Lawrence E. Cahoone : The Dilemna of Modernity (New York : The State University of New York Press, 1988), p. 17.

Publicité

2 commentaires

Laissez un commentaire
  1. Très beau texte!
    Cela fait plaisir de lire un article qui va de l’avant aussi précis, concis et clair. Oui, je suis entièrement d’accord avec l’auteur. C’est un constat que personne ne peut nier pour peu qu’on vive la réalité de notre monde en pleine conscience du coeur et de la raison. La bonne vision spirituelle islamique est bien celle-ci de nos jours.

    Il est intéressant de s’apercevoir qu’on arrive au même constat. Pour ma part, je ne parle pas de contextualiser le phénomène coranique mais de contextualiser notre monde dans le Noble Coran. C’est là que tout s’éclaircit. Je parle d’un contexte substanciel scientifico-coranique permettant de détenir la substance spirituelle première et de base : la contextualisation du Noble Coran. Mais également d’un certain “littéralisme scientifique” essentiel afin d’en faire ressortir la lettre divine. Et ensuite comprendre le cheminement de notre monde dans le contexte coranique. C’est une triple dimension dont la profondeur de lecture est immense : le passé c’est l’histoire, les sciences à la lumière du Noble Coran, le présent c’est la lettre qui éveille notre esprit, notre coeur, notre raison par notamment la récitation et l’étude de la lettre divine, et le futur qui nous pousse à voir l’horizon de notre cheminement dans le sentier d’Allah swt. Tout ceci ne peut être réalisé que collégialement à l’appui de toutes les sciences qu’Allah swt à fait Miséricorde à l’humanité. L’islam est une science complexe avec son propre langage, ses propres codes et sa propre rigueur.

    Le constat parmi les véritables penseurs musulmans croyants est généralisé et UN. En effet, il semble que nous ayons tous compris que la zone civilisatonnelle “occidentale”, du moins la part qui est porteuse de la grande tromperie + affiliés, traverse une période qui en plus de lui être spécifique (malgré sa tentative de généraliser sa problématique trompeuse au monde) n’est pas sans rappeler la disparition de zones civilisationnelles antérieures par une profonde mutation. En même temps, elle a réalisé ce que les plus anciennes zones civilisationnelles ont déjà réalisé : la critique ultime sans état d’âme, le regard sur elle-même avec raison. C’est ce qui lui ouvre une chance historique de renouer avec Notre Créateur.

    Le post-modernisme n’est pas à l’avantage de l'”occident”. Ses penseurs entament une profonde, rationnellement obligatoire et logique mutation. Les plus grands savants de ce qu’on pourrait nommer l’âge d’or d'”Europe-Occident” ont totalement détruit, à juste titre, le faux qui empêchait cette zone civilisationnelle d’émerger. Ils n’auront ainsi plus aucune crédibilité sans refondre leur spiritualité. Sont arrivées de nouvelles doctrines philosophiques tout aussi fausses : racisme, primauté grecque, scientisme, naturalisme alors que le christianisme ne pourra plus revenir tel qu’il a été tant sa critique a dévoilé sa part de faux. Ceci est impossible pour tout occidental suffisamment cultivé, scientifique et intègre. Les dangers cléricaux de l’omnipotence des évêques dogmatiques sont trop importants. Il faut refondre la spiritualité chrétienne. A ce titre, par exemple, nous observons toute la difficulté des russes à renouer avec leur christianisme qui devient de plus en plus monacal et qui n’est accepté que dans sa conception de patrimoine culturel ainsi que cultuelle de recueil dans un monastère comme on ferait une cure dans des thermes marins. Il ne résussit pas à abreuver le quotidien. Mais plus que ça, la science a fait tomber le concept de race, fait tomber la primauté grecque qui n’est rien d’autre qu’Egyptienne en plus de s’apercevoir que la science ne peut pas répondre à toutes les questions ni avancer ou évoluer sans métaphysique sans quoi le risque d’une nécrose scientifique guette. Nous voyons bien que ce qui a fait cet âge d’or est la passage du tout coeur au tout raison où le point culminant a coïncidé avec le point de passage forcément aïgu d’un certain équilibre entre coeur et raison. De nos, jours, le tout raison est nécrotique, despotique, aliénant, dégradant, athéisant, athéegrisant, nihiliste, sioniste. L’exemple russe démontre que la spiritualité monacale est protectrice contre cette déviance tout en indiquant une difficulté surmontable pour un équilibre de raison et de coeur.
    Le retour au coeur paraît impossible sans une implosion des fondements séculaires désormais pluricentenaires et sans risquer un chaos technique et philosophique. Un équilibre entre raison et coeur est nécessaire pour un attérissage en douceur.

    En contextualisant cela dans le Noble Coran pour trouver la solution, on s’aperçoit que c’est exactement les recommandations qu’Allah swt fait aux chrétiens ou plus largement à la zone civlisationnelle à majorité chrétienne.

    1 – Il fait l’éloge de certains moines et monastères tout en insistant qu’Il n’a pas recommandé leur constitution et qu’il y a là dedans une perdition due aux Hommes ;
    2 – Il leur demande avec une insistance appuyée par une injonction, une obligation, de cesser de dire trois pour dire UN et de cesser de proférer des mensonges sur le fait qu’Il aurait engendré ainsi que de ne pas prendre de seigneurs en dehors de Lui ;
    3 – Allah swt parle en long et en large des Egyptiens pharaoniques (et non des Grecs) comme un avertissement aux puissants et un appel à la raison qui voit la vérité uniquement si elle abondonne ses passions ;
    4 – Il explique très bien que ceux qui font en sorte de devenir leurs héritiers (des égyptiens pharaoniques) risquent de connaître le même sort (la primauté fausse des Grecs permet de cacher cette vérité aux musulmans) ;
    5 – Satan, en plus de s’être déclaré ennemi de l’Homme, a bien dit qu’il changera la création et c’est excatement là où le scientisme nous mène.

    En d’autres termes, les secousses du post-modernisme seront à l’avantage de l’islam et des musulmans car la science n’a ni contredit ni n’est arrivée à bout du Noble Coran mais l’a confirmé sans commune mesure. Plus que cela, l'”occident” ne repose plus sur rien et se trouve dans une tourmente identitaire inouïe. La raison en a eu raison. Les Egyptiens ont disparu à cause du couroux d’Allah swt pour s’en être détournés alors qu’ils savaient pertinemment d’où venaient leurs sciences et leur pouvoir. Cette histoire nous apprend que le polythéisme disparaît un jour ou l’autre par un effondrement assez conséquent qui ne laisse qu’une trace légendaire de ses particularités culturelles en obstruant la raison et le coeur. La Grèce antique a disparu très vite car ses fondements étaient ceux des Egyptiens etc etc. Quelles sont ceux qui ont exactement le même avertissement que les Egyptiens pharaoniques? Répondre à la question c’est commencer à comprendre le processus en marche dans le post-modernisme. Ils ont toute leur raison pour apprendre à dire UN en coeur.

    Ce qui se réalisait faussement à partir du faux en un an se réalisera en un mois puis une semaine puis un jour. En ce sens, le temps donné par Allah swt à ceux qui, puissants, désobéissent (suivant une certaine lignée où le parallélisme entre polythéisme, plurithéisme et fausse déification est limpide pour tout bon connaisseur de l’histoire) à Allah swt sera de plus en plus restreint jusqu’à une division par 365 du temps qui leur sera imparti avant la disparition pour ne devenir qu’une légende (destinée aux futurs héritiers de la fin du monde?).

    Allah swt, dit bien, que ce sont de leurs propres mains, leurs propres passions, leurs propres fausses croyances, leurs propres fausses sciences qu’ils s’anihilent puis disparaissent par nature car ne reposants sur aucun fondement solide. Il dit bien qu’un temps leur est donné et que s’ils Le courroucent trop, Il nous donne des exemples de peuples pervers finis avalés par la terre ou noyés par la mer en plus d’être balayés de la surface par le vent. Les paraboles à exemples concrets sont puissantes et démontrent que la nature s’en charge parfaitement. Seul l’islam perdure en tout temps depuis Adam et Seul Allah swt réforme l’Unique Religion dont Il est l’Unique Protecteur.

    Le processus enclenché en “occident” est inéluctable car logique. A ce titre, nous nous apercevons que la révélation connaît sa deuxième phase prophétisé. Nous nous retrouvons dans une équation, une configuration géopolitique qui rappelle bien des choses. A ceci près que certains versets vont s’éclaircir et devenir apparants et encore plus éclairants. De profondes mutations civilisationnelles sont en cours où seul l’islam perdurera, émergera dans une continuité historique stable pour redonner un nouveau souffle au monde. Si les musulmans d’aujourd’hui sont les musulmans d’hier, on ne peut pas vraiment le dire des autres. Nul doute également que nous saurons protéger de nouveau les gens du Livre qui j’en suis sûr pour certains s’accompliront, si Dieu veut, en découvrant la vérité. La science a donné toute sa force et ses moyens en confirmant le Noble Coran. Seuls ceux qui renoueront avec Allah swt pourront se préserver des tumultes et des turbulences nécessaires à l’émergence du nouveau monde. Dire UN en toute raison, en coeur, en toute liberté, sans aucune intercession est pourtant si facile et tellement évident. Si les chrétiens (manque de raison) et les juifs (manque de coeur) n’y arrivent pas, alors ils pourront compter sur les musulmans pour les protéger, les aider, les guider, les libérer par la préservation du monothéisme et par la Grâce d’Allah swt en expliquant aux plurithéistes et aux scientistes athées : à chacun sa religion. Le monde doit se vivre en harmonie et éviter le chaos scientiste.

    Les musulmans et l’islam sont une chance pour l’occident et plus largement le monde.

  2. Intéressant. Mais ce que vous dites sur cette logique post moderne qui achèverait de déconstruire les traditions en s’appuyant sur les découvertes de la nouvelle physique n’est que partiellement vrai . Des philosophies bien plus anciennes en Occident abordaient déjà la vision du monde comme flux plutôt que comme substance : c’est le cas d’Heraclite qui triompherait de Democrite. En extrême orient, le bouddhisme aborde également les phénomènes sous l’angle du changement, parle de l’impossibilité de trouver des « choses » avec des propriétés intrinsèques et fait référence a la « vacuité » des phénomènes, dénonce l’illusion de distinguer un sujet qui observe et un objet qui est observé, soulignant l’interdépendance des phénomènes, conclut sur les limitations de la raison et propose d’appréhender la réalité telle qu’elle est autrement. À plusieurs reprises, je me suis référé à Capra qui établit un parallèle entre les concepts de l’hindouisme, du bouddhisme et du taoïsme et les paradoxes soulevés pas la théorie quantique. Il considère que cette analogie est profonde quand ses détracteurs la voit comme artificielle. J’ai lu aussi récemment les réflexions de Bitbol qui vont dans ce sens. Il considère que Capra opère des surdéterminations et des analogies hâtives. Mais il n’abandonne pas pour autant les apports du bouddhisme et notamment du bouddhisme zen à la compréhension de la mécanique quantique. C’est très intéressant. Il privilégie la surface et l’apparence sur la profondeur et l’être. La physique quantique invite ainsi à explorer « à fond » la surface des phénomènes et à renoncer à toute idée de réalité qui serait cachée dans la profondeur, dans un au delà de l’observation. Il n’y a rien qui n’est caché. Il n’y a que l’apparence qui se déploie ici et maintenant.
    La physique contemporaine, le post modernisme qui y est associé déconstruisent donc surtout les traditions des monothéismes abrahamiques qui sont imprégnés d’un platonisme renvoyant à des arrière-mondes pour reprendre un terme de Nietzsche. Et je pense que ce mouvement est irréversible d’où les tentatives permanentes de concordisme. Les ponts qui pourront être jetés entre l’islam et la science moderne ne le seront que grâce à des éléments non pas centraux du coran mais périphériques car decoulant de l’exégèse voire de traditions qui ne font pas l’unanimité. Les miracles coraniques sont ainsi rejetés y compris par des scientifiques musulmans. N Guessoum propose par exemple d’accepter une interprétation métaphysique de la science à partir de l’islam sans remettre en question les méthodes et théories de la physique, bref une vision imagée et ainsi une lecture intelligible de la science, recevable culturellement. Il met en avant Ibn Rushd. I Safi va également dans ce sens en invoquant Al Ghazali et le soufisme, la poésie et finalement le symbolisme. Je me rends compte que cela rejoint peut être un débat assez fondamental et toujours contemporain dans la pensée musulmane et qu’avait pointé R Hiahemzizou dans son dernier article : Al Ghazali versus Ibn Rushd.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicité

Les Saoudiennes peuvent désormais voyager sans l’accord d’un tuteur masculin

L’essor de l’industrie du jeu vidéo au Moyen-Orient