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Consommer Halal ?!

Les récentes affaires autour du marché du halal ont largement démontré qu’il existe un problème sur ce marché. Mais ne devons-nous pas nous poser la question de savoir quel est le réel problème ? Pourquoi autant de difficulté à s’assurer que nous consommons bien halal ? Pourquoi autant de fraude ? Pourquoi, Pourquoi, Pourquoi ???

La première réaction que nous avons consiste généralement à pointer du doigt certains industriels et acteurs de la distribution, souvent à raison d’ailleurs, mais sont-ils véritablement la cause de cette situation ?

Consommer c’est adorer

Le titre de l’article donne déjà une partie de la réponse, car en effet nous évoquons souvent les problèmes du marché du halal, mais ces derniers sont conditionnés par l’existence d’une consommation halal. Or si nous connaissons de mieux en mieux les règles qui définissent le halal (le licite) en Islam, en particulier dans le domaine alimentaire, nous oublions trop souvent que la consommation aussi fait l’objet de recommandation importante en islam.

La consommation est un acte naturel pour l’Homme, c’est d’ailleurs l’une des choses qui le caractérise : « Le Messie, fils de Marie, n’était qu’un Messager. Des messagers sont passés avant lui. Et sa mère était une véridique. Et tous deux consommaient de la nourriture. Vois comme Nous leur expliquons les preuves et puis vois comme ils se détournent. »[1] Il ne s’agit donc pas de diaboliser tout acte de consommation ou d’appeler à une ascèse poussée à l’extrême, mais simplement de rappeler le sens et les limites de la consommation en Islam.

Le fait que Dieu nous ait créés dépendant de la nourriture a notamment pour objectif de nous rappeler notre dépendance au Créateur : « N’ont-ils pas vu que Nous poussons l’eau vers un sol aride, qu’ensuite Nous en faisons sortir une culture que consomment leurs bestiaux et eux-mêmes ? Ne voient-ils donc pas. » [2]

Consommer devrait donc être un acte qui nous rappelle Dieu, qui nous pousse à la méditation, qui engendre l’humilité, qui nous encourage à l’adorer : « C’est Lui qui vous a fait la terre pour lit, et le ciel pour toit ; qui précipite la pluie du ciel et par elle fait surgir toutes sortes de fruits pour vous nourrir, ne Lui cherchez donc pas des égaux, alors que vous savez (tout cela). » Tous ces biens que Dieu nous accorde devraient donc nous inciter à la reconnaissance du Dieu Unique et au remerciement : « Nous vous avons désigné les chameaux (et les vaches) bien portants pour certains rites établis par Dieu. Il y a en eux pour vous un bien. Prononcez donc sur eux le nom de Dieu, quand ils ont eu la patte attachée, [prêts à être immolés]. Puis, lorsqu’ils gisent sur le flanc mangez-en, et nourrissez-en le besogneux discret et le mendiant. Ainsi Nous vous les avons assujettis afin que vous soyez reconnaissants. »[3]

Une société de consommation

Malheureusement le constat est bien souvent éloigné de ces nobles objectifs. Combien de fois n’avons-nous pas entendu certains frères se plaindre, particulièrement en ce mois de Ramadan, de leur incapacité à rester concentrer pendant la prière de tarawih car ils avaient trop mangé au préalable.

Cet exemple n’a pas pour objectif de jeter la pierre sur l’attitude des musulmans, puisqu’il faut aussi reconnaitre qu’en ce mois béni de Ramadan – et les associations humanitaires le reconnaitrons volontiers – les musulmans sont extrêmement généreux ils partagent, donnent, contribuent, … mais aussi consomment, surconsomment, gaspillent, …

Comme disait Notre bien aimé Prophète (PBSL) : « Si l’être humain avait une vallée pleine d’or, il en voudrait absolument une deuxième… » [4] Nous avons en effet du mal à nous contenter de ce que nous avons. Mais il est vrai que notre société « de consommation » est organisée pour pousser l’Homme à acheter. Les concepts marketing les plus innovants ont été étudiés pour nous inciter à acheter des choses dont nous n’avions a priori aucune utilité et il est vrai qu’avec toutes ces nouvelles saveurs, ces nouveaux produits, … il est souvent difficile de résister à la tentation.

Mais si tentation, il y a, c’est surtout parce que nous avons oublié la raison première de notre présence sur terre et la réelle valeur des choses : « La richesse ne dépend pas de la quantité de biens. La richesse est que l’âme se suffise (de ce qu’elle possède).  » [5] En effet, la consommation dans nos sociétés est souvent un acte qui nous pousse à l’amour de ce monde et de ces parures.

Certains trouvons certainement à redire sur ce dernier paragraphe prétextant que le Prophète (PBSL) aimait par exemple les parfums. Or c’est à ce niveau que réside toute la différence, car cet amour lui rappelait Celui qu’il aimait par-dessus tout, cet acte de consommation était un acte modéré et dépassionné, un acte d’adoration. Son cœur était réservé à Dieu. C’est pour cette raison qu’il (PBSL) nous conseillait d’accompagner chaque acte de la mention de Dieu.

L’abattage rituel halal

Dans le domaine de la consommation des viandes halal, cette notion est encore plus grande car l’animal n’est pas un « bien », c’est un être vivant dont Dieu nous a donné la responsabilité. Dieu nous a certes permis – dans des limites bien définies – d’abattre et de nous nourrir de ces animaux.

C’est pour cette raison que nous prononçons « bismillah » lors de la saignée. L’objectif est de rompre avec « l’insouciance que tente de nous imposer le rythme de nos sociétés modernes, refusant ainsi la banalisation de l’acte d’abattage. C’est aussi se rappeler le sens de notre existence, et se souvenir que « nous appartenons à Dieu et que vers Lui sera notre retour ». C’est enfin se rappeler de notre responsabilité vis-à-vis de cet animal, et se dire que, si nous attentons à sa vie, nous devons le faire dans les limites éthiques que Dieu nous a imposées.

Ce pouvoir de vie et de mort, ce sentiment de puissance qu’il pourrait nous procurer ne doit pas nous illusionner, nous devons rester humbles devant le Créateur car Il est au-dessus de tout, c’est le sens de la formule « Allah est plus Grand » (Allah akbar) que prononce aussi le sacrificateur lors de l’abattage.

Ainsi, l’application scrupuleuse des rites de l’abattage rituel n’est là que pour venir confirmer notre adhésion, pleine et consciente, à ces impératifs spirituels et éthiques »[6]

Consommer de la viande halal

De la même manière l’acte de consommation est accompagné par cette formule « bismillah » qui devrait confirmer cette volonté. Or le meilleur moyen de marquer cette intention serait de limiter sa consommation en viande.

En effet, d’une part l’abattage industriel et la production massive de viande engendrent un nombre important de problèmes pour la traçabilité halal et la solution la plus simple pour éviter les fraudes et duperies reste encore de limiter et modérer sa consommation. D’autre part et c’est certainement le plus important, nous avons cette responsabilité en tant que musulman vivant en occident, de regarder l’état de nos concitoyens sur le reste de la planète.

Il n’est pas nécessaire de rappeler la famine qui « sévit » en Afrique. « Sévit » ? Comme si la famine avait décidé de spolier l’Afrique de toute richesse. Cette famine est le fruit de la main de l’Homme et que nous l’acceptions ou pas nous (musulmans de France) en sommes partis intégrante. Nous qui consommons presque 10 fois plus de viande que les musulmans d’Afrique sans être interpellé le moins du monde par cette situation. D’autant que le niveau de consommation de viande est préoccupant à l’échelle de la planète puisque une étude de l’INRA et du CIRAD[7] affirme que les Occidentaux devraient diviser par deux leur consommation de viande et de poisson pour que la planète reste en autosuffisance alimentaire à l’horizon 2050. Mais l’islam qui donne un sens à la consommation devrait nous inciter à réfléchir sur cette situation, à trouver des solutions, à agir.

Pour un nouveau mode de consommation

En France, nous consommons trois fois plus vite qu’il y a trente ans. Certains diront que cela laisse plus de temps à l’adoration. Sauf que la réalité est tout autre puisque les conséquences sont doubles. D’une part, le repas qui était un moment de convivialité d’échange et de lien social disparait, mais n’est malheureusement pas compensé. Face à une société qui prône l’individualisme, nous devons préserver ces espaces qui permettent de créer du lien social et du lien familial. D’autre part, les risques sanitaires causés par ces modes de consommation ne sont plus à démontrer. La multiplication de maladie telle que l’obésité ou les maladies du colon en sont une preuve évidente.

La consommation qui est recommandée par l’islam ne se limite donc pas à savoir si la viande est bien halal et que l’animal à bien été abattu selon les prescriptions du Coran et de la Sunna. Nous devrions d’ailleurs voir en ces contraintes particulières que Dieu nous impose un message.

Je suis souvent étonné de voir certains musulmans réagir véhément lorsque la question du halal est évoqué en invoquant que cette question est secondaire et qu’il y aurait d’autres priorités. Il y en a certainement d’autres et bien plus importantes, mais ce qui fait la force de ce message c’est « Sa Globalité ». Ainsi, chacun se doit de contribuer à son échelle et dans son secteur à diffuser ce message, à l’appliquer, à le faire respecter. Dans le domaine du halal, il nous revient d’être exigent sur la provenance, le respect du rite, la certification, mais aussi sur notre manière de consommer.

Avec qui, comment, pourquoi est-ce que nous consommons cette viande sont autant de question qui nous aiderons à nous rapprocher du message de notre bien aimé Prophète (PBSL). Un message qui interpelle nos consciences contre l’insouciance :

« Nous avons destiné à l’Enfer un grand nombre de djinns et d’hommes qui ont des cœurs pour ne pas comprendre, des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Comparés à des bestiaux, ils sont plus égarés encore. Tels sont ceux qui vivent dans l’insouciance ! »[8]



[1] Coran : Al-Maïda-75

[2] Coran : Assajda-27

[3] Coran : AlHajj-36

[4] Rapporté par Boukhari

[5] Rapporté par Mouslim

[6] Extraits de « Le marché du Halal, entre références religieuses et contraintes industrielles » co-écrit par Fethallah Otmani & Mostafa Brahami – p.226

[7] Centre de Coopération Internationale en Recherche Ergonomique.

[8] Coran : Ala’raf-179

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