Pour Caroline Fourest et Antoine Sfeïr, un moratoire sur Tariq Ramadan est plus important qu’un moratoire sur la lapidation

Fâchés avec la langue française, nos courageux contradicteurs trouvent plus confortable de s’attaquer à

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mercredi 20 avril 2005

Le régent séoudien vient de passer à Paris, en visite officielle. Il y a rencontré le président de la République, Jacques Chirac, qui a plusieurs fois appelé à un moratoire universel sur la peine de mort, en présage de son abolition. Malheureusement, il n’y a aucun écho des remontrances qu’aurait pu faire Chirac à son hôte séoudien sur ce sujet, en dépit de la pratique récente de la crucifixion ( !) sur des personnes condamnées pour terrorisme, et de la lapidation, peine de rigueur en cas d’adultère.

Jacques Chirac s’est tu, mais il n’est pas le seul. Parmi tous ceux qui ont attaqué Tariq Ramadan pour sa suggestion d’un moratoire sur la lapidation, lors du désormais célèbre débat télévisé avec Nicolas Sarkozy, Caroline Fourest et Antoine Sfeïr furent les plus impitoyables : demander un moratoire au lieu d’une abolition pure et simple était à leur yeux une scandaleuse compromission avec l’intégrisme le plus barbare. L’initiative de Tariq Ramadan sur le moratoire sur la lapidation l’a depuis immensément desservi auprès des médias mainstream.

Or voilà qu’il a récidivé, étendant sa proposition de moratoire à tous les châtiments corporels, y compris la peine de mort. A titre de comparaison, la Coalition mondiale contre la peine de mort déclare : "Nous, citoyens du monde, demandons l’arrêt immédiat de toute exécution de condamnés à mort et l’abolition universelle de la peine de mort". Or qu’est un moratoire sinon un arrêt immédiat de toute exécution ?

Fâchés avec la langue française, nos courageux contradicteurs trouvent plus confortable de s’attaquer à Tariq Ramadan qu’au gouvernement français, qui reçoit en grande pompe le lapidateur patenté qu’est le régent séoudien, le prince héritier Abdallah, lapidateur auquel le même gouvernement envisage de vendre des avions de combat.

La lecture de leur piètre tribune, publiée dans Le Monde, achève de les déconsidérer. L’appel de Tariq Ramadan n’aurait aucun sens car peu de chance d’être suivi par "ceux qui pratiquent ces châtiments dans le monde arabo-musulman" - mais qu’attendaient nos courageux abolitionnistes pour en saisir l’opinion publique française la veille de l’arrivée du prince héritier séoudien, lui qui, jusqu’à plus ample informé, fait effectivement pratiquer la lapidation dans son riant royaume ?

Notre éminente paire d’experts reproche également à Tariq Ramadan de ne pas être écouté par les salafistes radicaux - on peut présumer qu’ils lui feraient le reproche inverse s’il l’était effectivement...

Il aurait de plus le tort d’inviter au dialogue les religieux et jurisconsultes musulmans, nos experts jugeant qu’un tel dialogue ne peut aboutir qu’au maintien de la lapidation - peut-être auraient-ils souhaité que Tariq Ramadan prenne le commandement de la 82eme division aéroportée étatsunienne en vue de sauter sur Riyad, Peshawar et la mosquée Al Azhar pour faire aux jurisconsultes récalcitrants an offer they can’t refuse...

Enfin, l’apothéose : pour véritablement combattre les châtiments corporels, Tariq Ramadan devrait...cesser de citer Youssef Qaradaoui, action qui saura sans aucun doute ramener à la raison les bourreaux séoudiens et iraniens, sans compter tous ces salafistes radicaux qui de toute façon n’écoutent pas Tariq Ramadan !

Ca y est, j’arrête là, mes côtes me font mal et j’en ai les larmes aux yeux - quant à Descartes, je l’entends virevolter dans sa tombe !

PS : nos deux intellectuels, experts patentés, ignorent-ils que la Malaisie ne pratique pas la lapidation - la peine de mort s’y exécute uniquement, legs colonial anglais oblige, par pendaison ? On peut tout écrire, mais on ne peut pas tout savoir...

Sources minorites.org

Merci à Karim Kettani

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Auteur : Karim Kettani

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