Vendredi 11 July 2014
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Les journaux meurent, les idées demeurent

Les journaux meurent, les idées demeurent
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Nichane, qui se décrivait comme « l’une des très rares voix laïques et modernistes du Maroc - et du monde arabe » était réputé pour sa ligne éditoriale indépendante et ses positions critiques vis-à-vis du Pouvoir, souvent exprimées avec impertinence, dans le langage parlé populaire. D’après son Directeur de publication, Ahmed Reda Benchemsi, Nichane fit l’objet d’un « boycott publicitaire de gros annonceurs étroitement liés au régime politique, » qui lui fit perdre près de 80% de ses revenus publicitaires au cours des deux dernières années.

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« Le rôle de la Presse n’est-il pas de faire réfléchir, quitte à fâcher ? » Ahmed Reda Benchemsi, directeur de la publication « Nichane »

Le Maroc a connu, au cours des dix premières années du règne du roi Mohamed VI, une véritable mutation par rapport à la situation qui avait prévalu pendant les quatre décennies précédentes, souvent qualifiées d’ “années de plomb”. Le souffle de changement impulsé par le nouveau Souverain fut observé dans tous les domaines, mais fut perçu de manière particulièrement forte en matière de liberté d’expression des citoyens et de liberté de la presse. Jamais les Marocains ne s’étaient exprimés aussi librement dans les médias, de mémoire d’homme, sauf pendant une poignée d’années, à la fin des années 1950, immédiatement après la proclamation de l’indépendance.

Les « accidents de parcours » de la presse

Néanmoins, l’exercice par la presse de sa liberté d’expression fut tempéré, au cours de cette période, par des « accidents de parcours » importants pour de nombreuses publications, sous forme d’interdictions, de saisies, de destructions d’exemplaires, de poursuites judiciaires, de condamnations à de lourdes amendes et même à des peines de prison (le plus souvent avec sursis). Les médias apprirent, ainsi, à leurs dépens, qu’ils avaient intérêt à traiter certains sujets avec le plus grand tact, et à ne pas franchir certaines « lignes rouges ».

Le « Journal Hebdomadaire », un des fleurons des hebdomadaires marocains, mais aussi l’un des plus « impertinents » vis-à-vis du Pouvoir, ne voulut pas comprendre la leçon, malgré des rappels à l’ordre récurrents sous forme de saisies, de poursuites et de lourdes amendes. Ce ne fut une surprise pour personne, quand il se retrouva en situation de faillite judiciaire fin Janvier 2010. Techniquement, il s’écroulait sous le poids de ses dettes et de sa mauvaise gestion financière. Mais, sa disparition fut également perçue par de nombreux opérateurs comme un coup de semonce adressé par les autorités à l’ensemble de la profession, pour l’inviter à plus de discipline et de retenue.

Similairement, Nichane, l’hebdomadaire arabophone rédigé en « darija » (arabe dialectal marocain), qui se hissa en 4 ans d’existence au rang d’hebdomadaire arabe le plus lu du pays, annonça à son tour, le 1er octobre 2010, qu’il était contraint de cesser de paraître, du fait d’insurmontables difficultés financières.

Nichane, qui se décrivait comme « l’une des très rares voix laïques et modernistes du Maroc - et du monde arabe » était réputé pour sa ligne éditoriale indépendante et ses positions critiques vis-à-vis du Pouvoir, souvent exprimées avec impertinence, dans le langage parlé populaire. D’après son Directeur de publication, Ahmed Reda Benchemsi, Nichane fit l’objet d’un « boycott publicitaire de gros annonceurs étroitement liés au régime politique, » qui lui fit perdre près de 80% de ses revenus publicitaires au cours des deux dernières années. Une accusation immédiatement contestée par le Ministre marocain de la Communication, qui considère que Nichane a été victime de sa « mauvaise gestion. »

Il serait erroné de conclure, sur la base de ces deux cas, qu’il s’est produit un changement de cap, au niveau des autorités, en 2010 et que les médias, après avoir bousculé audacieusement, pendant une décennie, les tabous les plus divers de la société marocaine, devaient maintenant faire preuve de plus de vigilance dans ce qu’ils publiaient, et s’autocensurer, s’ils voulaient éviter la censure.

Un pilier du régime démocratique

Au Maroc, aussi bien les responsables politiques que la société civile dans son ensemble sont conscients, aujourd’hui, de la nécessité d’asseoir la liberté d’expression et celle de la presse sur des bases juridiques solides, parce qu’elles constituent des piliers fondamentaux du régime démocratique que le Souverain veut promouvoir dans le pays. La presse joue, en effet, un rôle essentiel dans l’information des citoyens, l’analyse des événements, la critique des dérapages de l’Administration, la dénonciation des abus, toutes ces actions étant essentielles pour le bon fonctionnement d’un régime démocratique. Grâce à la liberté d’expression dans les médias, les citoyens sont plus aptes à dialoguer avec les autorités, et à s’adapter au changement.

Néanmoins, tous les acteurs de la scène médiatique savent que la liberté a des limites, dans toute société organisée. Ainsi, nul ne peut crier impunément « au feu » dans une salle de spectacles, s’il n’y a pas d’incendie. La question de base consiste à savoir où il est approprié de situer les limites de cette liberté. Or, cela dépend des spécificités de chaque société, et des objectifs qu’elle cherche à atteindre.

Il serait vain, bien sûr, d’essayer de comparer le statut de la presse au Maroc à ce qui existe dans les pays occidentaux, parce qu’il faut comparer, en toute logique, ce qui est comparable. Dans le cas du Maroc, la comparaison appropriée doit se faire avec les autres Etats du Maghreb, ou les pays arabes du Moyen-Orient.

Or, comme le note l’hebdomadaire « Jeune Afrique » en avril 2010, dans un article intitulé « Maroc : La Presse indépendante en crise », tous les journalistes marocains « reconnaissent que le Maroc est mieux loti que la plupart des autres pays arabes. Benchemsi estime même qu’il n’y a plus de « lignes rouges » et que les journalistes peuvent parler de tout, à condition d’y mettre les formes. Mais les contours de cette liberté sont mal définis, et les journalistes ne sont jamais à l’abri d’un retour de flamme. » (1)
On peut effectivement estimer que la liberté d’expression et la liberté de la presse sont maintenant considérées par les différentes composantes de la société civile marocaine comme des acquis inaliénables, dont les médias cherchent constamment à élargir le champ d’application et à améliorer les conditions d’exercice.

Le jeu du Chat et de la Souris

Dans ce but, les journalistes se livrent régulièrement, vis-à-vis des autorités, au jeu du Chat et de la Souris, cherchant à tester méthodiquement, sur le terrain, à travers leurs écrits, jusqu’où ils peuvent aller « sans aller trop loin. » Les médias se sentent investis d’une mission d’informer le public, de lui faire connaître la vérité au sujet de ce qui se passe dans le pays. Ils dénoncent les magouilles, les combines, les abus de pouvoir, les détournements d’autorité dont ils sont souvent témoins dans l’exercice de leur profession.

D’autres journalistes, au projet encore plus ambitieux, essaient de « donner corps au débat démocratique, tout en faisant réfléchir sur la société marocaine et son devenir. » Ils rêvent de transformer la société traditionnelle, et remettent en cause les traditions surannées, moyenâgeuses, qui règnent dans les milieux politiques, sociaux, culturels, religieux, administratifs, en vue d’y faire éclore les graines de modernité qui, ils en sont convaincus, y couvent déjà.

De plus, en bons journalistes, tous savent que ce sont les sujets à sensation qui intéressent le plus le public et font vendre le maximum d’exemplaires, et non les analyses sages, académiques, des événements.
La démarche citoyenne de ces journalistes leur semble d’autant plus légitime que les partis politiques, qui devraient être les premiers acteurs de changement social, ne sont que des opérateurs frileux en la matière, ne se préoccupant, en fait, que de ce qui peut favoriser leurs propres ambitions et stratégies politiques.

Mais, dans la quête effrénée des parts de marché par les différentes publications marocaines, la déontologie journalistique en prend souvent pour son grade. La recherche du sensationnel devient une préoccupation constante, les informations fausses ou approximatives se multiplient, de même que les règlements de compte personnels ou les atteintes à la vie privée des citoyens les plus en vue.

Les journalistes reconnaissent l’existence de tous ces problèmes et sont prêts à faire leur mea culpa. Mais, ils reprochent à la Justice d’être trop sévère avec eux, en leur infligeant des amendes disproportionnées, à leur avis, par rapport aux faits reprochés. « C’est comme si un enfant oubliait de se laver les mains et que, pour le punir, on le rouait de coups, » observe Ahmed Benchemsi.

Les autorités considèrent, pour leur part, qu’elles ont déjà lâché beaucoup de lest en ce domaine, et qu’il faut maintenant veiller, en priorité, à empêcher les dérives qui pourraient perturber les équilibres du système.

Le boycott publicitaire : une arme redoutable ?

Est-ce, dans ce cas, une pure coïncidence si, ces dernières années, un nouvel outil de répression a fait, semble-t-il, insidieusement son apparition sur la scène médiatique, sous la forme du « boycott publicitaire ? »
A en croire le politologue Mohamed Tozy, « Le pouvoir a substitué aux rapports de force traditionnels des moyens de contrôle périphérique ». « Boycott publicitaire, pression économique, rachat de titres : le contrôle par l’économie est devenu une arme redoutable, » rapporte Jeune Afrique (1)

Comme il a été déjà indiqué, le Directeur de Nichane a attribué les difficultés financières insurmontables de sa publication au boycott publicitaire de cette dernière par les grands opérateurs économiques proches du Pouvoir. Mais, tout à fait réaliste, il observe : « Si la mise à mort de Nichane a d’indéniables motivations politiques, force est de constater qu’aucune loi n’a été violée. Rien n’oblige des annonceurs à passer leurs publicités dans un journal.[...] Pour certains, la politique a ses raisons que la rationalité économique ignore. » (2)

En tout état de cause, malgré la disparition de Nichane, Benchemsi conserve tout son optimisme et sa confiance quant à l’efficacité de l’action de la presse au Maroc : « Les journaux meurent, » observe-t-il, « les idées demeurent. » (2)

Notes :

(1) Leila Slimani, « Maroc : La presse indépendante en crise », Jeune Afrique, 26 avril 2010 http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2571p038-042.xml0/media-maroc-gouvernement-pressela-presse-independante-en-crise.html

(2) Ahmed R. Benchemsi, « Nichane, une belle aventure », TelQuel n° 442 du 9 au 15 octobre 2010 http://www.telquel-online.com/442/images/nichane.pdf

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Commentaires

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Monsieur Chraibi,

Si je comprends bien ce que vous écrivez ici ; il y a eu une avancée depuis 10 ans au Maroc dans le domaine de la liberté d’expression avec quelques « accidents de parcours ». Maintenant, la presse peut écrire ce qu’elle veut sauf quand le pouvoir s’y oppose. Quelle belle avancée !!

Pour nous convaincre, vous ajoutez qu’il ne faut surtout pas comparer l’incomparable ; le Maroc est un pays de seconde zone et il faut le comparer avec ses semblables (les africains et le arabes). Quelle ambition !!

Pour illustrer cette nouvelle liberté d’expression journalistique, vous citez Benchemsi et son journal Nichane, qui n’est (ou était), à mon avis, qu’un ramassis d’insultes et d’imprécisions qui contribue à l’entreprise d’infantilisation des Marocains.

La liberté d’expression ne peut être négociable. Elle est totale ou elle n’est pas du tout !

Le Maroc est en plein apprentissage des techniques occidentales qui donnent au peuple l’illusion qu’il est libre de s’exprimer tout en contrôlant les acteurs des médias en sa faveur.

Je pense que les lecteurs de Oumma.com méritent mieux que les analyses présentées dans cet article.

Quelques liens autour du sujet des médias et le pouvoir :

http://www.amazon.fr/Petit-dautod%C3%A9fense-intellectuelle-Normand-Baillargeon/dp/2895960445
http://www.dailymotion.com/video/x5sxcd_chomsky-medias-et-illusions-nece...
http://www.dailymotion.com/video/x9odbz_comment-fabriquer-du-consentemen...

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Il faut plus simplement se poser la question de savoir si la liberté d’expression est compatible avec l’islam.
Tout porte à croire que non.
La liberté d’expression est un concept strictement occidental et laïque, il suffit de voir comment réagissent les minorités se réclamant d’une confession lorsqu’elles y sont confrontées.

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Fouad a dit :
« La liberté d’expression ne peut être négociable. Elle est totale ou elle n’est pas du tout ! »

C’est un point de vue qui s’offre à la critique sur plusieurs plans :

  •  Nulle part sur terre, la liberté d’expression n’est totale. Aux Etats-Unis, où elle est développée à outrance, il existe malgré tout des limites à ce qu’on peut dire (sur le Président, par exemple, sur les « secrets d’Etat », etc.).
  •  La liberté d’expression de chacun s’arrête là où commencent les droit des autres. Nulle part, la diffamation, la calomnie, l’insulte n’est tolérée, au titre de la liberté d’expression.
  •  La liberté d’expression « totale » n’est pas nécessairement l’idéal. Prenez le cas de la pornographie aux E.U., encore une fois. Jusqu’aux années 1960, elle était muselée, au titre du respect des bonnes moeurs et de toutes sortes d’autres considérations d’une collectivité conservatrice. Puis, on a décidé que la censure ne devait pas s’appliquer à des oeuvres qui avaient malgré tout un certain côté positif. A ce titre, les oeuvres autobiographiques de Henry Miller (Sexus, Plexus, Nexus, Tropique du Cancer, Tropique du Capricorne, etc.) jusque-là interdites aux E.U., se sont vues autorisées. Cela fut suivi d’un déferlement d’une vague de pornographie, de plus en plus outrée dans tous les médias, qui dure jusqu’à nos jours, et qui a déferlé également dans la majorité des pays occidentaux, au nom de la liberté d’expression.

    En ce qui me concerne donc, je suis bien sûr pour la liberté d’expression, mais j’admets sur le plan philosophique, juridique et social, la nécessité de lui imposer des limites. Lesquelles ? Telle est la question que chaque pays doit résoudre pour lui-même.

    Il ne faut donc pas accepter la censure draconnienne dans un pays qui se veut démocratique, mais il ne faut pas non plus condamner un pays parce qu’il pratique une « liberté surveillée » des médias par exemple. Comme chacun sait, un tien vaut mieux que deux tu l’auras. La moitié d’une pomme vaut mieux que pas de pomme du tout.

    C’est en développant méthodiquement les fondements de la liberté, dans un pays, qu’on pourra l’établir sur des bases solides et durables.

    Plus prosaïquement, prenons le cas de ces prisonniers qu’on autorise, dans certains pays occidentaux, à sortir de prison un jour par semaine, pendant 15 h, le dimanche, pour vaquer en toute liberté à ce dont ils ont envie, et qui doivent cependant retourner en prison le soir, à une heure déterminée.

    Croyez-vous qu’ils ne sont pas heureux d’avoir cette journée hebdomadaire de liberté, au lieu de rester enfermés pendant des années d’affilée en prison ? Pensez-vous qu’ils vont dire : « Nous voulons la liberté totale, ou pas du tout ? »

    Fouad a écrit :

    « Je pense que les lecteurs de Oumma.com méritent mieux que les analyses présentées dans cet article. »

    Le dicton populaire affirme que « la critique est facile, mais l’art est difficile ». Rien ne vous empêche d’adresser au plus tôt vos analyses aux responsables d’Oumma. Je suis sûr qu’ils seront ravis de les recevoir. Espérons seulement qu’elles seront meilleures que les analyses présentées dans cet article.

  • X
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    Républicain. a dit :

    “Il faut plus simplement se poser la question de savoir si la liberté d’expression est compatible avec l’islam. Tout porte à croire que non. La liberté d’expression est un concept strictement occidental et laïque, il suffit de voir comment réagissent les minorités se réclamant d’une confession lorsqu’elles y sont confrontées.”

    Il serait plus juste de dire que “la liberté d’expression n’est pas compatible avec les régimes musulmans qui ont existé tout au long de l’histoire des pays musulmans, à quelques exceptions près.”

    Dans les premiers siècles de l’islam, les gens s’exprimaient sur tous les sujets avec la plus grande liberté. Il n’y a qu’à penser à la période du calife al-Mamun, le fils de Harun al-Rashid, qui avait développé au plus haut point la pratique de cette liberté dans le cadre de “Bayt al-Hikmah” (ou Maison de la Sagesse).

    Al-Mamun se réunissait chaque semaine (le mercredi, je crois) avec les plus grands esprits de son époque, dans cette Maison, et ils discutaient en toute liberté des sujets les plus pointus de leur temps. (Voir la section : Al-Ma’mûn et les savants : l’ « Observatoire de Bagdad » et la « Maison de la Sagesse » dans Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Al-Ma%E2%80%99m%C5%ABn )

    La période des mu’atazilites fut, à cet égard, la période la plus féconde des discussions intellectuelles dans le monde musulman, sur les sujets les plus divers.

    “Le mutazilisme, explique Wikipedia, était profondément influencé par le rationalisme d’Aristote et affirmait que la foi et la pratique religieuse devaient être dirigés par la raison en se basant sur le Coran. Cela allait à l’encontre de la tradition qui disait que chacun doit trouver toutes les réponses dans la lecture littérale du Coran et des hadiths.”

    Mais, à la fin du règne d’al-Mamun, déjà, cette liberté d’expression fut battue en brèche, puisque al-Mamun vieillissant imposa le mu’atazilime comme doctrine officielle du pays, sanctionnant de la manière la plus grave tous ceux qui ne s’y pliaient pas.

    Deux décennies après sa mort, c’est la doctrine opposée qui reprit le dessus, et ce fut la fin de la liberté d’expression dans le monde musulman pendant près de 12 siècles (jusqu’à nos jours dans la majorité des pays musulmans).

    Sur ces bases, il me semble clair que ce n’est pas l’islam qui s’oppose à la liberté d’expression, mais uniquement les détenteurs du Pouvoir dans les pays musulmans.

    X
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    La liberté d’expression est un concept strictement occidental et laïque.

    Heureusement d’ailleurs que Républicain le revendique. Il n’est pas question de voler vos propres slogans, loin s’en faut ! Nous n’allons pas nous quereller sur qui est compatible avec quoi car chaque camp aura tendance à se décerner des médailles et à s’auto-congratuler jusqu’à dépasser Narcisse.

    L’islam recommande de dire simplement la vérité même à l’encontre de soi. Le droit positif permet par exemple à chaque américain, français ou japonais de ne pas témoigner contre soi-même, ce qui, dans l’absolu, est une belle avancée mais c’est aussi une porte ouverte et une opportunité à beaucoup de mensonges. La liberté d’expression est une bonne chose dans la mesure où elle sert la justice. Il ne s’agit donc pas de dire n’importe quoi sous prétexte de liberté d’expression mais d’honorer et de mériter une telle liberté en l’utilisant pour servir le bien , la société et l’humanité dans son ensemble et sa diversité. Quand on fait l’amalgame entre la liberté de penser et la liberté de dire n’importe quoi et notamment insulter, c’est une preuve de mauvaise foi, ni plus ni moins.

    Beaucoup d’intellectuels musulmans sont certes interdits chez eux, non du fait de la charia, qui n’est appliquée d’ailleurs qu’en Arabie Saoudite, mais de despotes illégitimes indétrônables et vissés à leurs fauteuils grâce aux outils des démocraties occidentales corrompues dont les droits de l’homme ne deviennent prioritaires que là où le business leur passe sous le nez. Sinon , il y a bien Dieudonné , Ameyric Chauprade, Thierry Meyson et des journalistes américains, italiens, espagnols, etc qui sont obligés de se taire ou d’éditer leurs livres ailleurs sous d’autres cieux “plus cléments”. Au cause toujours prôné par une certaine liberté vient s’opposer ferme-la : dans un cas c’est l’indifférence qui est appliquée et dans l’autre une violence, le but étant le même, seul le choix de mourir à petit feu ou à grand feu diffère. La religion n’y est pour rien, il n’y a que des intérêts économiques qui sont pris en compte.

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    Salam,
    Il faut arrêter de fantasmer sur la liberté d’expression qui serait réservée aux pays occidentaux. Il n’y a qu’à voir comment fonctionnent les médias dans certains pays dits laïques et la censure que subissent certains penseurs ou pires artistes lorcequ’ils osent s’attaquer au sionisme....
    Quant à la libérté de balancer toute sorte de pollution et démagogie à la télé passant à côté des vrais enjeux et d’une culture de qualité, je préfère m’en passer...
    La critique n’est constructive que lorcequ’elle est objective,contextuelle,
    et le plus important c’est qu’elle doit être accompagnée d’alternatives qui ne soient pas exclusivement immitatives.

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    Djamel vous confondez liberté d’expression et manipulation. Rien n’empêche, dans un pays de liberté d’expression, la presse ou tout autre media d’opinion de tenter de modifier la perception qu’ont les lecteurs d’un évènement.
    Il reste au lecteur la responsabilité de trier le bon grain de l’ivraie. Dans des pays où l’instruction et l’esprit critique ne sont pas de vains mots on peut considérer qu’il appartient à chacun de trouver le chemin de la vérité. Cette loi est d’ailleurs volontiers utilisée pour favoriser en France le communautarisme qu’il soit sexuel ou confessionnel et/ou culturel

    En France la loi Guayssot (député communiste) est une entrave évidente à la liberté d’expression car elle est un subterfuge et permet d’occulter la réalité. Elle reste le meilleur fond de commerce pour la Halde, le Mrap et autres associations droit-de-l’hommiste.

    La loi Gayssot est la désignation commune soit de la loi française no 90-615 du 13 juillet 1990, « tendant à réprimer tout propos raciste, antisémite ou xénophobe », soit de la partie de cette loi (son article 9) qui introduit un "article 24 bis" dans la loi sur la liberté de la presse. Cette loi résultait d’une proposition de loi présentée au Parlement par le député communiste Jean-Claude Gayssot.

    L’article premier de cette loi rappelle que « Toute discrimination fondée sur l’appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion est interdite. »

    La France en toute rigueur n’est donc pas un pays de libre expression. On peut le regretter. Mais il y a bien pire.

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    La France épinglée par RSF en matière de liberté de la presse

    Sinon, Nichane n’est pas respectable même s’il prétend être libre notamment lorsqu’il essaie de s’attaquer aux fondements de l’Islam. Savez-vous que ce journal appartient en grande partie à des figures laïques fondamentalistes en Europe.

    X
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    "Républicain." :
      on comprend bien que vous êtes dans la comparaison et le relativisme : « Les dirigeants Français ont le droit d’être un peu médiocres / malhonnêtes / injustes / manipulateurs… si les dirigeants des autres pays le sont beaucoup plus qu’eux ». En tant qu’occidental, cartésien et musulman, je considère que le combat pour la liberté d’expression totale est fondamental.

    Tariq :
      je définis la liberté d’expression par « liberté de dire la vérité ». Les mensonges, diffamations, atteintes à la vie privée … sont codifiés par les lois de chaque pays.
      En ce qui concerne le sujet de la pornographie, toute personne doit être libre d’en faire ce qu’elle veut. Par contre, les lois du pays doivent faire tout pour protéger les citoyens qui ne veulent pas se retrouver nez à nez avec ce type d’images.
      En écrivant dans cet espace, qui est modéré par les équipes de Oumma.com, je m’adresse aussi à eux et j’expose mes idées à tous les lecteurs, comme Tariq, qui, à son tour, a la « critique facile » vis-à-vis de mon « art difficile ». J’espère juste que l’auteur de l’article partagera avec nous une synthèse de tout ce qui se dit ici.

    Dire que les dirigeants du Maroc, ont la volonté de faire des efforts, même minimes, pour encourager ou installer la liberté de la presse est juste une « mauvaise blague ». Ces dirigeants, savent très bien ce qui se passe dans leur pays comme mensonges, corruption, manipulation,… et peuvent eux même faire leur auto critique, ce qu’ils ne font pas car ils ne sont pas honnêtes.

    Les dirigeants du Maroc, comme tous les autres dirigeants, essayent de perdurer dans leur poste le plus longtemps possible en ayant le moins de conflits possible à gérer. Donc, ils décident de troquer les moyens anciens de répression avec les moyens modernes (occidentaux) de propagande et de contrôle des médias. Sauf que parfois ça leur donne le vertige et ils retournent à leurs vielles « bonnes » méthodes.

    J’ai l’impression que cet article ne va pas au bout des conclusions.

    X
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    Fouad écrit : « Dire que les dirigeants du Maroc, ont la volonté de faire des efforts, même minimes, pour encourager ou installer la liberté de la presse est juste une « mauvaise blague » ».

    Je ne vais pas rentrer dans une polémique sur cette question. Vous avez votre philosophie : « Tout ou rien ». « La liberté ou la mort ! ». J’ai la mienne : « C’est en forgeant qu’on devient forgeron. », « Petit à petit, l’oiseau fait son nid. »

    Il me semble que vous n’avez pas la moindre idée de ce qui s’est passé au Maroc au cours des 10 dernières années, ou vous ne diriez pas ce que vous dites.

    Interrogez les Marocains qui vivent au Maroc, et qui y vivent la réalité quotidienne. Pas un ne sera d’accord avec vous sur la proposition que tous les progrès réalisés au cours des 10 dernières années ne sont qu’ « une mauvaise blague ».

    Beaucoup de pays maghrébins, arabes ou africains aimeraient bien qu’il s’y passe des « mauvaises blagues » pareilles.

    La critique positive, basée sur une connaissance réelle des faits et une analyse objective est une chose. Les formules à l’emporte-pièces en sont une autre. Car, à l’emporte-pièces, on pourrait affirmer, sans trop se tromper, que rien ne marche correctement sur Terre. C’est peut-être vrai. Mais, est-ce bien utile de se lamenter sur la base de pareilles généralisations ?

    Je pense, personnellement, qu’il faut savoir reconnaître ce qui est bon, le distinguer de ce qui est mauvais, oeuvrer, si on en a envie, pour redresser ce qui ne va pas. Mais, il ne sert à rien de jeter le bébé avec l’eau du bain, juste parce que l’eau du bain est sale après la toilette du bébé.

    De toutes les façons, vous avez le droit de penser et de dire ce que vous voulez, c’est cela le sens de la "liberté d’expression." Et j’ai le droit d’avoir un avis différent. C’est tout. Et grâce à la générosité d’Oumma, nous avons le loisir d’exprimer les deux points de vue opposés.

    Sans rancune.

    X
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    La question du « boycott publicitaire » m’intrigue.

    Sur un plan général, il est clair que chaque annonceur a le droit de choisir librement les médias dans lesquels il veut faire passer son message. Cela ne soulève pas le moindre problème.

    Mais quand un groupe d’entreprises "dominantes" se livre de manière (comment faut-il dire : organisée ? Concertée ?) au boycott d’une entreprise de presse, dont la ligne éditoriale leur déplait, la situation ne prend-elle pas un tout autre caractère ?

    Car, il ne s’agit plus là de la liberté de choix par ces annonceurs des médias à utiliser, mais d’une action à caractère politique, et à visées politiques.

    Bien sûr, quand une telle action est le fait de chaque annonceur pris séparément, cela ne soulève aucun problème. Nous connaissons tous des médias dans lesquels nous n’aimerions pas faire passer notre message publicitaire, non parce qu’ils ne conviennent pas sur le plan commercial, mais uniquement parce que nous ne sommes pas d’accord avec leur ligne éditoriale.

    C’est uniquement lorsque ce boycott est "organisé", "concerté", au niveau d’un "ensemble d’entreprises" que la situation me paraît anormale. Car, il ne revient pas aux entreprises dominantes d’un pays de se substituer aux autorités politiques, judiciaires, etc. pour « étouffer » une voix qui dérange.

    Car, souvent, ce sont les voix qui dérangent qui font progresser la société. Autrement, elle resterait stagnante, comme l’eau qui dort.

    X
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    Un lecteur a évoqué le calife al-Mamoun et les mu’atazilites, ce qui me donne l’occasion de raconter l’anecdote suivante, rapportée par Mahmoud Hussein dans le documentaire « L’âge d’or de l’Islam – Quand le monde parlait arabe ». Elle jette un éclairage des plus intéressants sur le thème de cet article :

    Le calife al-Mamoun, qui était for épris de sagesse, raconte avoir rencontré Aristote en rêve et avoir eu avec lui l’échange suivant :
    « Dis-moi comment définir une parole juste, » dit al-Mamoun.
    « C’est celle qui est conforme à la Raison, » répondit Aristote.
    « Mais encore ? » dit al-Mamoun.
    « Celle qu’apprécie l’interlocuteur, » dit Aristote.
    « Mais encore ? » dit al-Mamoun.
    « Celle dont on n’a pas à craindre les conséquences, » dit Aristote.
    « Mais encore ? » dit al-Mamoun.
    « Il n’y a pas d’encore, le reste ne sert qu’à divertir les hommes, » dit Aristote.

    Les conditions stipulées par Aristote dans ce rêve, pour qu’une « parole soit juste » sont draconiennes : La parole doit être conforme à la Raison, elle doit être appréciée par l’interlocuteur (ou lecteur) et celui qui la profère ne doit pas avoir à en craindre les conséquences. Je pense que ces conditions décrivent fort bien la corde raide sur laquelle doivent se tenir les journalistes, en périlleux équilibre, dans l’exercice de leur métier. C’est tout l’art des meilleurs journalistes de concilier tout cela, sans tomber dans aucun excès.

    Sur le plan concret, les codes de la Presse, ceux des Libertés Publiques, etc. essaient de tracer les contours de ce qu’un individu peut dire, écrire ou faire dans chaque pays. De tels codes sont, généralement, le produit d’une négociation entre toutes les parties concernées (les autorités, les associations professionnelles, les associations des droits humains, les partis politiques, les ONG, etc.)

    En fonction des rapports de force qui existent entre toutes ces entités, à un moment donné, il se développe, dans certains cas, un terrain d’entente qui essaie de concilier les points de vue et les intérêts fondamentaux de toutes les parties. Dans d’autres situations, ce sont les entités les plus fortes qui imposent leur point de vue.

    Heureusement, tous ces codes sont révisables, au fur et à mesure de l’évolution de chaque société. De plus, au fur et à mesure du progrès de la civilisation et de la culture sur le plan international, des jalons et des repères émergent, qui peuvent servir d’inspiration et d’objectif à toutes les parties concernées, dans chaque pays.

    Mais, il est évident que ce qui est bon pour la société américaine ne le sera pas nécessairement pour la société chinoise ou sénégalaise. Chaque société ne peut progresser qu’à son propre rythme, et en fonction des objectifs qu’elle se fixe d’atteindre, ainsi que des leaders qu’elle se choisit.

    Ainsi, si on veut parler de la situation de la Presse au Maroc, par exemple, il faut bien situer l’état actuel des choses par rapport au passé, ainsi que par rapport aux aspirations réelles de la masse de la population marocaine. Il est évident qu’il y a eu un progrès considérable par rapport au passé.

    Mais, il reste très en deçà de ce qu’on pourrait espérer avoir, dans le contexte d’un pays qui veut promouvoir une démocratie réelle.

    Ceci s’explique, en partie, du fait que les aspirations des masses marocaines, en matière de liberté d’expression, et de liberté de la Presse, n’ont généralement aucun rapport avec les valeurs qui sont prônées dans beaucoup de sociétés occidentales.

    Par exemple, celui qui veut promouvoir la laïcité au Maroc n’aura aucun succès auprès des masses populaires, dans la mesure où c’est un concept étranger à la culture marocaine. Aujourd’hui, c’est le message fondamentaliste islamique qui semble rencontrer le plus de succès auprès des masses. Le message moderniste n’a de succès qu’auprès d’une frange réduite de la population.

    Bien sûr, c’est le rôle des médias, entre autres, d’essayer de faire évoluer les choses, dans une telle situation. Mais, cette évolution est très lente, tiraillée qu’elle est entre les discours contradictoires des principaux porte-paroles de la société.

    On est pourtant bien obligé de passer par cette phase. Car, comme chacun sait, le progrès social ne se décrète pas. Il doit être voulu et assumé par la population comme partie de ses propres valeurs et aspirations.

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    Rachid a dit :
    Par exemple, celui qui veut promouvoir la laïcité au Maroc n’aura aucun succès auprès des masses populaires, dans la mesure où c’est un concept étranger à la culture marocaine.

    Ce qui était le même cas en France en 1789 et la laïcité s’est imposée, non sans des difficultés, un siècle plus tard.

    Cordialement