Samedi 11 février 2012

Ahmed Bouda : un islamo-nationaliste Algérien

L’historien Mahfoud Kaddache, en conclusion de sa thèse sur l’histoire du mouvement nationaliste algérien, écrivait que le message du nationalisme révolutionnaire « s’identifiait avec la conscience populaire, d’autant qu’il s’abreuvait à des sources prolétariennes - se rappeler les influences de la classe ouvrière qui ont été à l’origine de la formation des militants émigrés – vivifiés par les enseignements de la Nahda et du nationalisme arabe, et par une foi ardente, celle de l’islam ».

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L’historien Mahfoud Kaddache, en conclusion de sa thèse
sur l’histoire du mouvement nationaliste algérien, écrivait que le message
du nationalisme révolutionnaire « s’identifiait avec la conscience
populaire, d’autant qu’il s’abreuvait à des sources prolétariennes - se
rappeler les influences de la classe ouvrière qui ont été à l’origine de la
formation des militants émigrés – vivifiés par les enseignements de la Nahda et du
nationalisme arabe, et par une foi ardente, celle de l’islam » href="#_ftn1" name="_ftnref1" title=""> class=MsoFootnoteReference>[1]
.

Ahmed Bouda fut, sûrement, l’un des symboles les plus
significatifs, de par ses origines sociales, de par sa culture arabo-islamique
et son attachement à l’Islam, de cette conscience populaire en action que fut
le nationalisme algérien. En effet, la vie de ce pionnier du nationalisme
révolutionnaire algérien apparaît comme une expression exemplaire des idées,
des luttes, des souffrances et des persévérances des couches populaires qui ont
animé le mouvement nationaliste révolutionnaire algérien depuis la constitution
de l’Etoile Nord Africaine au milieu des années vingt jusqu’à l’indépendance de
l’Algérie en 1962.

Né à Aïn-Taya en Basse Kabylie, le 3 avril 1907, Ahmed
Bouda fut l’une des figures les plus marquantes du nationalisme révolutionnaire
algérien. Grand de taille, le visage troué par la variole, il avait la
réputation d’être un « dur » et il ne cherchait pas à se départir de
cette image de lui-même. Analphabète jusqu’à l’adolescence, ancien repris de
justice, Ahmed Bouda était un autodidacte qui avait apprit à lire et à écrire
le français et l’arabe seul.

Cet « homme du peuple » s’était « bricolé »
une culture en fréquentant les milieux confrériques puis les cercles de
l’Association des Ouléma et en s’imprégnant de l’atmosphère du quartier
populaire de Belcourt à Alger dans lequel il vivait avec femme et enfants dans
un petit appartement et ce même lorsqu’il appartenait à la direction du
PPA-MTLD. L’un de ses frères de luttes au sein du Parti nationaliste, Benyoucef
Ben Khedda, le définissait comme « un pieux fellah de Boudouaou » href="#_ftn2" name="_ftnref2" title=""> class=MsoFootnoteReference>[2]
.
En effet, Ahmed Bouda était empli de cet Islam populaire qui était le fond
idéologico-culturel du nationalisme révolutionnaire algérien. Selon Benyoucef
Ben Khedda, « sa devise se résumait en deux mots : religion et patrie
(Eddine ou el watan) » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[3].

De sa fréquentation des cercles islahistes, Ahmed Bouda
garda un souci permanent de l’identité afin que le groupe retrouva l’estime de
soi, promue au travers de la réhabilitation de son l’histoire, de sa culture et
de sa religion. De fait, pour lui, et pour nombres de militants nationalistes
révolutionnaires, les idées islahistes devinrent des sources majeures du
nationalisme algérien car en réhabilitant l’histoire, la culture et la
religion, elles en faisaient des doctrines immanentes capables d’insuffler
l’idée de la renaissance au sein de la communauté nationale-religieuse.

Mais les islahistes se cantonnèrent bien souvent dans le
rôle de gardiens de la tradition islamique et d’entrepreneur dans le domaine
idéologico-culturel ce qui les détourna de l’action politique directe et au
final limita leur action. En effet, il devenait de plus en plus difficile
d’œuvrer à la revivification de la communauté et à la relecture de la tradition
si les conditions sociales d’existence de cette communauté subalternisée
n’étaient pas bouleversées. La communauté ne pouvait pas uniquement être
réhabilitée dans la sphère des idées culturelles et religieuses, il était
nécessaire qu’elle le soit dans le monde réel, le monde politique. Du fait de
cette impasse de l’action islahistes, l’Association des Oulémas devint, bien
souvent, un sas de passage pour ceux qui avaient été socialisés dans son giron
vers l’engagement nationaliste révolutionnaire.

L’engagement d’Ahmed Bouda, comme des autres militants
nationalistes formés dans le giron de l’Association des Oulémas, dans les rangs
nationalistes révolutionnaires ne signifiait pas l’abandon des desseins, des
idées religieuses et culturels islahistes mais leurs mutations en projets et en
actions politiques.

Ainsi, pour Ahmed Mahsas, le but du mouvement national,
en tant que structure d’action, était de conduire la société algérienne à « retrouver
son identité, sa personnalité culturelle et son indépendance nationale. Il
s’oppose aux agressions et aux influences qui, sous le terme de modernisation,
tendent à soumettre la société à la domination et à l’exploitation. Il permet
de « filtrer », de « nationaliser » les apports étrangers
positifs et de rejeter les normes et les modèles inadéquats. Les innovations et
les changements ne s’effectuent pas sous la pression externe pour rendre la
société conforme à ces derniers. Au contraire, ils doivent, pour être
bénéfiques, procéder de la dialectique interne de la conversion et du
changement, de l’ancien et du nouveau » title=""> style=';'>[4]
.

Formé dans la clandestinité

Militant nationaliste révolutionnaire de la première
heure, Ahmed Bouda adhéra à l’Etoile Nord Africaine début 1937 au moment de la
dissolution du premier mouvement nationaliste révolutionnaire algérien par le
gouvernement du Front Populaire. D’après Benyoucef Ben Khedda, « avide
d’action politique, il s’engage dans cette formation qui revendique ouvertement
l’indépendance de l’Algérie et dont l’activité se poursuit dans le PPA en 1937
après qu’elle eût été dissoute » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[5]
.

Accédant rapidement aux responsabilités au sein du
mouvement nationaliste révolutionnaire, il devint secrétaire de la section du
Parti du Peuple Algérien de la section de Belcourt en 1939. La même année il
fut nommé trésorier du journal du PPA Le Parlement Algérien qui était
rédigé dans ses grandes lignes par les dirigeants nationalistes emprisonnés à
Maison Carrée. Messali Hadj notait dans ses mémoires qu’il avait pu poursuivre
son activité politique, malgré son emprisonnement, grâce aux hommes qui
relayaient ses idées et son action hors des murs des geôles coloniales : « personnellement
j’ai pu interposées, intervenir, recommander, diriger et orienter la marche du
parti » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[6]
.
Ahmed Bouda faisait parti de ces hommes qui relayaient les idées de Messali
Hadj de l’autre côté des murs des prisons coloniales.

Poursuivi pour « apposition d’affiche
tendancieuse », Ahmed Bouda fut peu après inculpé de « reconstitution
de ligue dissoute » et incarcéré le 31 juillet 1940 au Camp de Djenien Bou
Rezeg. Là-bas il poursuivit son activité nationaliste parmi les internés.
Mobilisé, il fut libéré pour être rappelé. Cependant, le militant nationaliste
révolutionnaire fut déchu de son grade de Sergent pour avoir invité les
Algériens mobilisés sous le drapeau français à désobéir aux ordres.

Durant la seconde guerre mondiale, il assura la direction
du PPA alors clandestin, entre 1939 et 1943, avec Mohammed Lamine Debaghine,
Ahmed Mezerna, Embarek Fillali et Amar Khellil. Durant cette période, avec les
autres membres de la direction, emmené par Mohammed Lamine Dabaghine, il
s’efforça de faire respecter la ligne politique définie par Messali Hadj qui
rejetait les « ouvertures » faites par le gouvernement de Vichy comme
par l’Allemagne Nazi.

En effet, pour le leader nationaliste, il n’était pas
question de s’allier avec les régimes totalitaires européens au nom de la lutte
contre le colonialisme. Ainsi, dans le premier numéro du Parlement Algérien il
affirmait : « aucune préférence pour aucun impérialisme.
Démocrates ou totalitaires constituent deux blocs qui ne sont pas dissemblables
quant à leur esprit et leur méthode impérialiste ».

Renvoyant les deux blocs dos-à-dos Messali Hadj constatait que « le
bloc démocratique, qui proclame son respect pour la liberté et son amour pour
la paix, combat, avec acharnement et par des moyens tout aussi condamnables que
ceux employés par le bloc totalitaire, les aspirations de liberté et de justice
de l’Islam méditerranéen » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[7]
.

Cette politique de neutralité active n’était pas facile à
faire respecter car de nombreux militants nationalistes révolutionnaires
étaient favorables à une alliance avec « l’ennemi héréditaire » de la France au nom du vieil adage selon lequel « l’ennemi de mon ennemi est mon amis ».
Ahmed Bouda, alors responsable du comité d’organisation, fut même menacé de
mort, à cette période, par les hommes de Mohammed Taleb, le principal chef de
file des partisans du rapprochement avec l’Allemagne name="_ftnref8" title=""> class=MsoFootnoteReference>[8]
.

Après le débarquement allié en Afrique du Nord, le 8
novembre 1942, la vie politique reprit en Algérie avec la publication du
Manifeste du Peuple Algérien. Les hommes du PPA appuyèrent le Manifeste afin de
continuer leur action nationaliste de manière plus efficace. En 1944, Ahmed
Bouda fut chargé de la propagande par le comité directeur du PPA clandestin.
Astreint à résidence surveillée à Burdeau par les autorités coloniales, en
raison de son activité nationaliste, il décida se soustraire à cette mesure et de
vivre dans la clandestinité. A l’époque, il effectuait des liaisons entre les
différentes sections du PPA dans le département d’Alger. Peu après, la police
coloniale le rechercha pour sa participation à la diffusion du journal
nationaliste clandestin L’Action Algérien.

Durant la guerre, Ahmed Bouda aida les jeunes
nationalistes de son quartier qui s’étaient regroupés au sein du « Comité
des Jeunes de Belcourt », dirigé par Mohammed Belouzidad, à se former
intellectuellement et à la pratique militante. Dans cette organisation de
jeunes mûrissaient l’idéologie du nationalisme révolutionnaire algérien.

Décrivant ces jeunes Mahfoud Kaddache écrivait : « possédant
une solide instruction primaire, consolidée par des lectures personnelles, des
cours et des conférences proposées par l’Organisation, ils finirent par avoir
une large formation politique. En plus de leur tâche de propagande,
inscriptions murales, tracts, prises de parole dans les réunions de sociétés
sportives, de bienfaisance, et au cours des fêtes familiales, les jeunes de
l’Organisation furent également chargés de la collecte de fonds, de matériel
d’imprimerie et, pour certains, d’armes.

La formation idéologique n’était pas oubliée. Dans les
réunions des cellules d’Alger, par exemple, des discussions s’instauraient
après des exposés sur la politique extérieure de la France et de l’Angleterre, l’orientation nouvelle de la politique du Pcf, après les accords
Laval-URSS, le mouvement irlandais, la résistance européenne contre les nazis… La Charte de l’Atlantique, les déclarations de Roosevelt et des dirigeants américains, furent
largement commentés. Des conférences sur Djamel Adine Al Afghani le cheikh
Abdou apportèrent à leur action révolutionnaire anticoloniale des dimensions
propres, celles du nationalisme maghrébin et arabe » name="_ftnref9" title=""> class=MsoFootnoteReference>[9]
.

En mars avril 1945, la direction du PPA se composait de
Mohammed Lamine Debaghine, Hocine Asselah, Hocine Mokri, Chawki Mostefaï, Hadj
Mohammed Cherchalli, Saïd Amrani, Ahmed Bouda, Ahmed Mezerna, Amar Khellil,
Embarek Fillali. Tous étaient permanents et touchaient une mensualité de
5 000 francs sauf Mohammed Lamine Debaghine qui exerçait la médecine à
Saint-Arnaud [El Eulma] class=MsoFootnoteReference> style=';'>[10]
.

Après des émeutes à Ksar Chellala, où Messali Hadj était
assigné à résidence, le 18 avril 1945, le leader nationaliste fut déporté au
Congo. Pour la direction du PPA, le 1ier mai était l’occasion de
réagir à ce coup de force. Ahmed Bouda fut chargé d’organiser les
manifestations à Alger. Des cortèges parcoururent les rues d’Alger encadrés par
les militants du PPA qui brandissaient des drapeaux et des banderoles portant
les inscriptions : « Libérez Messali, Libérez les Détenus,
Indépendance ».
La police coloniale tira sur le cortège tuant quatre
manifestants dans la capitale algérienne title=""> style=';'>[11]
. La
répression du 1ier mai n’était que le prélude de la grande
répression qui devait s’abattre sur l’Algérie après le 8 mai 1945.

Suite aux manifestations du 8 mai 1945, la répression
coloniale atteint tout le nord constantinois. Pour répondre aux massacres des
populations civiles par les troupes françaises, la direction du PPA envisagea
de déclancher une action armée sur l’ensemble du territoire algérien. Elle fixa
l’insurrection à la nuit du 23 au 24 mai. Les membres de la direction furent
dépêchés sur place en vue de déclancher l’insurrection. Ahmed Bouda devait
s’occuper de la région de Tablat et de l’Arba.

Il se rendit à Tablat dans une voiture remplie des
révolvers et de sabres. Arrivé à Tablat, il convoqua les responsables locaux du
PPA afin de leur demander de distribuer les armes aux hommes sûrs du centre
afin de lancer une insurrection. Selon Ahmed Bouda, dans la région de Tablat et
de l’Arba, il y avait deux ou trois cent tabors marocains « prêts à
marcher avec armes et bagages avec nous » title=""> style=';'>[12]
.
Les responsables locaux du PPA s’y refusèrent, en affirmant qu’une insurrection
locale n’avancerait en rien la cause nationale mais qu’en retour elle
provoquerait une terrible répression.

Après les manifestations et les répressions de Mai 1945,
Ahmed Bouda fut condamné à vingt ans de travaux forcés, vingt d’interdiction de
séjour pour « activité anti-française » et confiscation de ses biens
présents et à venir. Recherché par la police coloniale, il refusa de quitter
Alger où il se cachait. Durant cette période de clandestinité, il portait
toujours sur lui deux révolvers de gros calibre en cas d’accrochage avec les
forces de l’ordre coloniales. En même temps, la possession d’une arme était un
moyen au sein du PPA de faire pression, au moins de manière symbolique, sur
ceux que l’on soupçonnait d’être des « modérés ». L’achat et la
détention d’armes étaient un des principes fondamentaux de l’action
clandestine. Ainsi, la détention d’une arme devenait l’un des objets fétiches
du rite de passage dans la clandestinité.

Entre espace public et action clandestine

Dans la clandestinité, Ahmed Bouda appartenaient toujours
à la direction du PPA qui à l’époque se divisait en deux groupes : le
groupe de la « Casbah » et celui de « Belcourt ». Ahmed
Bouda appartenait à ce dernier, dirigé par Mohammed Lamine Debaghine, qui
comprenait, entre autres, Embarek Filali et Messaoud Boukadoum. Ce groupe était
alors prépondérant dans l’organisation nationaliste révolutionnaire et étendait
son influence sur le Constantinois, la Kabylie, Belcourt et Oran. Selon Moahmmed Harbi, le groupe dit de « Belcourt » passait « pour le
plus radical »
et tenait « son autorité de sa fidélité à
l’orientation donnée au parti en 1939 »
même si son chef considérait
Messali Hadj comme « un homme fini » name="_ftnref13" title=""> class=MsoFootnoteReference>[13]
.
Mohammed Lamine Debaghine estimait qu’il appartenait à la nouvelle génération
de prendre en main le destin du PPA.

Telle était la situation du PPA en mars 1946, lorsque le
gouvernement français proclama l’amnistie des détenus et des condamnés politiques.
Cette amnistie permit aux militants nationalistes de reprendre leurs activités
au grand jour. Messali Hadj, fut autorisé à rentrer en Algérie où il s’installa
à Bouzaréah le 13 octobre 1946, car Alger et les grandes villes du pays lui
demeuraient interdites.

A peine arrivé, il présida une réunion du Comité Central
afin de décider de l’attitude à adopter vis-à-vis des élections. Face aux
cadres d’un mouvement qui avait fait du refus de l’action légale son credo,
Messali Hadj réussit à imposer le principe de participation aux élections. Le
PPA, dissous en septembre 1939, présenta ses candidats sous l’étiquette des
listes pour le Triomphe des Libertés Démocratiques qui devint la façade légale
du parti nationaliste révolutionnaire.

Suivant les instructions de son parti, Ahmed Bouda se
présenta aux élections à législatives du 10 novembre 1946 dans la première
circonscription du Constantinois, dans le sud du département, sous l’étiquette
des listes pour le Triomphe des Liberté Démocratiques. Au cours d’une
réunion au siège du PPA à Alger, le 24 octobre 1946 il définissait l’objectif
que sous tendait sa candidature. 

Appuyant son argumentaire de nombreuses citations du
Coran, il commençait par donner le salut de Messali Hadj, « premier
résistant Algérien, grand patriote qui a préféré les prisons à la
collaboration ».
Puis, Ahmed Bouda fit l’éloge du peuple algérien « qui
n’est pas un peuple pourri comme prétendent certains, mais un peuple réduit à
l’esclavage par l’impérialisme ».
Selon lui la libération de Messali
Hadj « était l’œuvre de ceux qui ont connu les prisons, les gamelles,
les tortures des policiers, des militants de la première heure qui composent
aujourd’hui les listes pour le Triomphe des Liberté Démocratiques. […] Les
candidats de la liste ne sont ni des savants, ni des hommes qui sortent des
facultés. Ce sont des militants qui ont souffert, qui ont connu les tortures
des prisons et qui sont prêts à recommencer pour le peuple » href="#_ftn14" name="_ftnref14" title=""> class=MsoFootnoteReference>[14]
.

Au court de la campagne électorale, il prononça une
allocution à Radio Alger, le 5 novembre 1946, dans laquelle il rappelait
qu’au-delà des élections, la priorité restait la lutte contre le colonialisme.
Son discours nationaliste puisait sa force dans la référence constante à la foi
islamique qui était l’une des marques identitaires du nationalisme
révolutionnaire algérien.

Ainsi, il affirmait : « Louange à Dieu, le
seul maître que nous craignons ; salut et miséricorde soient sur Mohammed,
fils d’Abdallah […] Au nom de la liste pour le Triomphe des Libertés
Démocratiques […] Le colonialisme maudit a fait souffrir notre peuple durant un
siècle entier et continue de nous entraver en toutes circonstances […]
L’administration Algérienne despotique n’a pas agréé la liste qui porte son nom

[celui du PPA], ni nos listes de Sétif et d’Oran. Cette provocation, ô
peuple algérien, vise tes fils sincères au moment où nous voyons toutes les
nations maudire et haïr le colonialisme et sa politique meurtrière.

Il faut que tu saches, ô peuple, que la liberté et le colonialisme
sont deux ennemis qui se repoussent comme l’eau et le feu. C’est pourquoi il
nous fait abolir le colonialisme si nous voulons échapper à la honte et au
mépris. Le colonialisme, pour nous, signifie : l’ignorance, la misère,
l’injustice et la souffrance, la prison et la déportation, le mépris et
l’insulte […] Mort au colonialisme […] C’est pourquoi, il est de ton devoir, ô
peuple, de choisir, en vue de supprimer cet ennemi sans pitié, des hommes qui
ne craignent que Dieu et qui n’ont peur ni de la menace, ni de la souffrance.
Dans ce but, nous nous sommes présentés à vous, mes frères algériens, avec un
programme national, un credo national et un courage arabe, en comptant sur Dieu
et sur vous, ô peuple, pour poursuivre le but pour lequel un grand nombre de
patriotes sont morts et qui est la liberté complète et l’indépendance » href="#_ftn15" name="_ftnref15" title=""> class=MsoFootnoteReference>[15]
.

A la suite de diverses manœuvres de l’administration seul
cinq députés MTLD sur quinze candidats furent élus. L’administration annula
deux listes en Oranie et dans le Constantinois. Ahmed Bouda ne faisait pas
parti des élus. Sa liste obtint 21 852 voix ce qui n’était pas suffisant
pour battre les candidats administratifs, Benchenouf et Cadi Abdelkader, qui
obtinrent 49 981 voix. Malgré cet échec, il continua à militer activement
au sein du mouvement nationaliste algérien.

Ahmed Bouda participa au premier Congrès nationaliste du
PPA-MTLD qui se tint le 15 et 16 février 1947 à Bouzareah puis à Belcourt. A
l’issue du congrès, il fut chargé de la commission d’organisation du PPA
clandestin dont il avait toujours été l’un des principaux animateurs. Le
congrès décida de scinder l’organisation en trois branches : le MTLD
légal ; le PPA clandestin ; et l’Organisation Secrète paramilitaire.
Le PPA clandestin devait veiller à ce que le MTLD ne sombre pas dans
l’électoralisme.

Il devait garder des cellules de réserves à l’écart de
l’activité légale, afin de parer à une éventuelle répression. Le comité
d’organisation du PPA réunissait tous les mois les chefs de wilayat. De
plus, il s’occupa du ravitaillement des maquisards kabyles du PPA-MTLD en fonds
et en armes par l’entremise de militants sûrs parmi lesquels son neveu
Abdelkader Bouda. Il organisait aussi le repli et la cache de ces maquisards
sur Alger.

Cette fonction de dirigeant de la clandestinité du PPA
l’amenait à effectuer de nombreuses tournées dans toute l’Algérie pour le
compte du parti. Ne comptant pas les heures et les kilomètres, Ahmed Bouda
déployait une grande activité dans son action militante. Ces tournées avaient
pour but d’organiser les sections locales, de veiller à leur bon
fonctionnement, de diffuser les mots d’ordres du parti et de s’assurer de la
mobilisation constante des militants.

De même, il dirigeait des agents de liaison qui ne
dépendaient que de lui et qui lui rendaient compte de la situation locale du
PPA-MTLD. Ces militants étaient en général des jeunes qui en 1945 agissaient,
déjà, dans la clandestinité sous ses ordres, tels que Mohammed Askri dit
« yeux bleus », Ahmed el Caba, Tounssi, Ahmed Fayed ou Ahmed Mahsas.
Pour contacter ses agents de liaison et recevoir leurs rapports, Ahmed Bouda
disposait de plusieurs « boites aux lettres » sur Alger.

Dans quartier de Belcourt, son fief, sa popularité était
très grande, notamment auprès des jeunes, du fait de son intransigeance dans sa
lutte contre le colonialisme et de son action résolue pour l’indépendance de
l’Algérie. Ahmed Bouda avait des contacts personnels avec des militants
« sûrs » de Belcourt et de la Casbah qui lui servaient à organiser un véritable service de sécurité du PPA-MTLD. Pour organiser ces groupes, il
s’appuyait sur des hommes, tels que Abdelhamid Sid Ali, Kestrandji ou Rabah
Zaaf, issus, comme lui, des couches plébéiennes de la population algérienne qui
habitaient les quartiers populaires d’Alger où le PPA-MTLD imposait son
hégémonie dans l’espace public.

Ces hommes n’hésitaient pas à faire le « coup de
poing » contre les autorités coloniales, les opposants du parti ou contre
les membres du parti qui refusaient de se plier à la discipline de groupe. Ces
groupes agissaient aussi dans la lutte contre la prostitution et contre la
consommation d’alcool au cours de ce qui était appelé, dans la Casbah, « des fêtes de la bière » c’est-à-dire de véritables « expéditions
punitives » contre les musulmans qui s’adonnaient à la consommation de
boissons alcoolisées. Ces méthodes ne faisaient pas l’unanimité au sein du
parti nationaliste révolutionnaire mais tous savaient qu’Ahmed Bouda, par sa
force de caractère, par sa capacité de conviction et par son encrage dans les
quartiers populaires d’Alger, était un élément majeur dans le dispositif du
PPA-MTLD.

Membre du Bureau Politique du PPA-MTLD, il fut élu délégué
à l’ « Assemblée Algérienne » de la circonscription d’Alger le 4
avril 1948. Cette élection était un tour de force puisque le scrutin fut
massivement truqué par l’administration coloniale sous la direction du
gouverneur socialiste Edmond Naegelen. L’administration coloniale qui
connaissait la popularité des thèses du MTLD, fabriqua des élections à sa
convenance afin d’écarter toute revendication nationaliste.

Selon Charles-André Julien, « les préfets
affirmaient que si la propagande nationaliste s’exerçait sans obstacle, le MTLD
obtiendrait 90% des voix » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[16]
.
Les résultats du second collège furent éloquents : quarante et un siège
pour les « indépendants » proche de l’administration, neuf pour le
MTLD, huit pour l’UDMA de Ferhat Abbas, un pour un indépendant fédéraliste et
un pour un social-indépendant.

En plus du truquage des élections, une terrible répression
s’abattit sur le PPA-MTLD : nombres de réunions de parti nationaliste
furent interdites ; le journal Al Maghrib Al Arabi, proche du
PPA-MTLD fut saisi ; les perquisitions et les arrestations de militants,
pour trouble à l’ordre public, se multiplièrent. Sur cinquante neuf candidats
MTLD trente deux furent arrêtés pour atteinte à la souveraineté française.

Deux conditions avaient rendu possible l’élection d’Ahmed
Bouda à l’ « Assemblée Algérienne » : premièrement, il
était beaucoup plus difficile à l’administration coloniale de
« trafiquer » les élections dans les centres urbains, où la
population était politisée et où les partis algériens étaient bien organisés,
que dans les centres ruraux ; deuxièmement, la forte l’implantation
d’Ahmed Bouda dans sa circonscription faisait qu’il contrôlait bien mieux la
situation que des candidats fraîchement parachutés par le MTLD. Les hommes
d’Ahmed Bouda à Alger avaient pu imposer leur présence dans les bureaux de vote
et veiller au bon déroulement des élections alors que dans bien des endroits
l’administration n’avait pas rencontré d’opposition véritablement organisée.

Dès la première séance à l’ « Assemblée
Algérienne » les députés nationalistes révolutionnaires affirmèrent leur
identité nationale et politique. Benyoucef Ben Khedda la décrivait en ces
termes : « à la séance inaugurale de l’Assemblée Algérienne, les
délégués du premier collège (européen) ont entonné la Marseillaise selon la tradition française en cours dans les assemblées élues ; ceux du MTLD
deuxième collège, (musulman) se levèrent à leur tour, mais pour leur répliquer,
et ils entonnent : Fidaou El Djazaïr.
Inutile de décrire la stupéfaction indignée des élus européens qui entendent
pour la première fois l’hymne du PPA composé par Moufdi Zakaria en 1937, bien
avant Kassamen, qui, lui, fut composé en 1956. Depuis, la Marseillaise ne retentit plus jamais dans l’enceinte de l’Assemblée Algérienne, ou, ailleurs,
dans une toute autre assemblée officielle » name="_ftnref17" title=""> class=MsoFootnoteReference>[17]
.

Après cette séance inaugurale à l’ « Assemblée
Algérienne », Ahmed Bouda se fit remarquer par ses interventions en arabe
et sa défense des Scouts Musulmans Algériens à qui l’administration coloniale
refusait l’octroi de subventions. Selon Mahfoud Kaddache, « les
incidents se succédèrent, le langage tenu par les délégués MTLD ne pouvait être
admis par les colons habitués à une certaine servilité dans les interventions
des béni-oui-oui, et à davantage de mesure et de nuances dans celles des élus
musulmans les plus turbulents. Le chahut, les bagarres même étaient souvent la
règle lorsque les délégués nationalistes prenait la parole » href="#_ftn18" name="_ftnref18" title=""> class=MsoFootnoteReference>[18]
.

Loin de se laisser impressionner par cette atmosphère
hostile, Ahmed Bouda et les autres élus du MTLD s’exprimaient régulièrement en
langue arabe au sein de l’assemblée afin d’affirmer leur identité algérien face
aux tenants de la colonisation qui protestaient vigoureusement contre l’emploi
de cette langue au sein d’une institution « française ». L’ « Assemblée
Algérienne » servait de tribune aux élus MTLD pour exposer leurs
convictions nationalistes révolutionnaires. Ainsi, le 9 avril 1949, Ahmed Bouda
conclut une intervention à propos de la sécurité sociale en affirmant sa
conviction de la voir organisée « soit aujourd’hui par l’intermédiaire
de cette Assemblée et avec son appui, et c’est ce que nous espérons, soit
demain malgré cette Assemblée, et demain n’est pas loin ! » href="#_ftn19" name="_ftnref19" title=""> class=MsoFootnoteReference>[19]
.

Durant son mandat, il fut l’objet de diverses
condamnations : le 15 février 1949 à 5 000 francs d’amende pour
outrage à des gendarmes de la brigade de Teniet-el-Haad ; le 18 mai 1951 à
3 trois mois d’emprisonnement et 120 000 francs d’amande pour
« atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat » ; le 30 novembre
1952 à 5 000 francs d’amende par le tribunal correctionnel de Tizi-Ouzou,
pour participation à une manifestation publique non déclarée tenue à Rebeval le
28 avril 1952.

Malgré ces condamnations à répétition, Ahmed Bouda
n’édulcorait pas son discours nationaliste révolutionnaire. Au sein du parti,
il s’attachait toujours à rappeler le caractère révolutionnaire du PPA-MTLD et
l’objectif de libération nationale totale. Au cours d’une conférence tenue le 4
janvier 1950 au 2 place de Chartres à Alger, siège du parti nationaliste, il
affirmait : « nous n’avons pas besoin de poltrons mais de gens
sûrs, des militants qui n’hésitent pas à exécuter sans discussion les ordres
reçus, quels qu’ils soient ».
Il demanda aux responsables de
surveiller et de dresser une liste des « tièdes » qui devaient être
« éliminées » du parti. « Notre parti, rappelait-il, est
un parti révolutionnaire et non un parti revendicatif. Nous avons besoin de
« durs » et ceux qui n’en sont pas n’ont qu’à disparaître » href="#_ftn20" name="_ftnref20" title=""> class=MsoFootnoteReference>[20]
.

Dans cette perspective révolutionnaire le PPA-MTLD devait
savoir utiliser la conjoncture sociale à son avantage dans l’optique de la
libération de l’Algérie. Ainsi, lors d’une allocution à Boufarik, en Mai 1950,
il définit la façon dont, selon lui, le PPA-MTLD pouvait « utiliser »
les jeunes chômeurs comme arme contre le colonialisme : « les
jeunes chômeurs seront pour nous une pépinière de maquisards où nous n’aurons
qu’à choisir les plus sûrs pour notre armée secrète. Ils ne demanderont pas
mieux qu’à y servir moyennant une solde minime. Ce sera toujours mieux pour eux
que de s’engager dans l’armée française. Quand aux armes, nous en
trouverons » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[21]
.

Islam et arabisme

Militant nationaliste révolutionnaire, Ahmed Bouda qui
était kabyle, fut l’un des grands pourfendeurs du berbérisme lorsque ce
problème se posa au sein du PPA-MTLD en 1949. En fait, l’apparition du
berbérisme au sein du PPA-MTLD remontait aux années 1946-1947. Les berbéristes
étaient influencés dans leurs idées par le Parti Communiste Algérien qui
affirmait le concept de « nation algérienne en formation » résultant
du mélange de différentes « races ».

Ainsi, le PCA refusait tout lien particulier entre
l’Algérie et le monde arabo-islamique. Comme les communistes, les berbéristes
refusaient l’idée d’une Algérie arabe et musulmane se faisant les défenseurs de
la nation d’Algérie algérienne c’est-à-dire détachée de tout lien particulier
avec le monde arabo-islamique. Ainsi, l’un des principaux chefs de file de la
tendance berbériste, Rachid Ali Yahia, s’opposa à tout soutient de la cause
palestinienne. Selon Mohammed Harbi, les berbéristes étaient profondément
marqués par l’enseignement reçu sur les bancs de l’école française. Ils
restaient « élitistes » et affichaient « un laïcisme
agressif » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[22]
.

Face à la colonisation, Ahmed Bouda était de ceux qui
affirmaient l’unité culturelle d’une Algérie indépendante qu’il voulait arabe
et musulmane c’est-à-dire lié à l’espace civilisationnel arabo-islamique. Il ne
niait pas les spécificités linguistiques ou culturelles de la Kabylie mais considérait que l’Islam et la langue arabe devait être les fondements de l’unité
de l’Algérie par delà les particularismes locaux.

Cette position était partagée par de nombreux militants
puisque, écrivait Benyoucef Ben Khedda, « la langue et la culture
berbères étaient acceptées dans la mesure où le principe arabo-islamique,
fondement idéologique du Parti, n’était pas remis en cause » href="#_ftn23" name="_ftnref23" title=""> class=MsoFootnoteReference>[23]
.

Comme de nombreux militants nationalistes révolutionnaires
algériens originaires de Kabylie, parmi lesquels Belkacem Radjef, Saïdi Sadok,
Chawki Mostefaï ou Krim Belkacem, il était opposé à l’idéologie berbériste en
tant qu’idéologie hostile à l’Islam et facteur de division entre Algériens face
au colonialisme. Ainsi, Ahmed Bouda fut le premier, au sein de la direction au
PPA-MTLD, à dénoncer le berbérisme en décembre 1948 au cours de la réunion du
Comité Central à Zeddine. Selon Benyoucef Ben Khedda, « il dénonça la
tendance berbériste qui était passée des idées aux actes, tentait de se
structurer à l’intérieur même du Parti. Il fut combattu par Bennaï, Ould
Hammouda et Aït Ahmed » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[24]
.

Par la suite, alors que la crise s’aggravait, Ahmed Bouda
fut envoyé en délégation, avec Hadj Mohammed Cherchali, auprès d’Hocine Aït
Ahmed qui leur aurait demandé de lui laisser faire sa propre enquête afin de
savoir de quoi il retournait. Une fois son enquête effectuée Hocine Aït Ahmed
aurait affirmé à Ahmed Bouda et à Hadj Mohammed Cherchali qu’il se
désolidarisait des éléments berbéristes title=""> style=';'>[25]
.
Finalement la crise berbériste se solda, en 1949, par l’exclusion, du PPA-MTLD,
des berbéristes qui pour certains rallièrent le Parti Communiste Algérien.

Défenseur de l’identité arabo-islamique de l’Algérie et
homme de foi, Ahmed Bouda présida la « commission des affaires
islamiques »
du PPA-MTLD, crée en 1947 à un moment ou la
question culturelle devint « une question majeur pour les
nationalistes » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[26]
.
Dans le champ culturel la démarche des nationalistes révolutionnaires, selon
Mohammed el Korso, « s’inspirait en fait du primat dont devait
bénéficier le politique (la lutte anti-colonialiste) sur toute autre question,
fut elle culturelle et religieuse. Pour Messali et ses lieutenants les
problèmes culturels (langue arabe, islam, analphabétisme) ne peuvent être
réglés que dans le cadre d’une « Algérie – libre et
indépendante » » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[27].
De fait, le PPA-MTLD donna à l’enseignement de la langue arabe et de
l’Islam une dimension anti-colonialiste et révolutionnaire.

Ainsi, le PPA-MTLD investit beaucoup en faveur de
l’enseignement de la langue arabe et pour la défense de l’Islam. La
« commission des affaires islamiques » avait notamment pour but de
contrôler l’enseignement dispensé dans la soixantaine de médersas du PPA-MTLD
qui couvraient le territoire Algérien. Des corps d’inspecteurs, de directeurs
et de mouderrèsin nationalistes, sous la direction d’Ahmed Bouda, étaient
chargés de superviser et de gérer les médersas nationalistes révolutionnaires.
Au sein de celles-ci « étaient enseignées par des maîtres qui n’avaient
rien à envier aux mouderrèsin islahistes, les valeurs de la culture
arabo-islamique » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[28]
.

Cependant, le président de la commission des affaires
islamiques devait faire face dans ses fonctions à la faiblesse de la trésorerie
du PPA-MTLD qui ne parvenait pas à couvrir tous les besoins en matière
d’enseignement. Constatant l’importance de cette action éducative, Mohammed el
Korso évoquait, à propos des structures d’enseignement liées au parti
nationaliste révolutionnaire, « l’intérêt qu’a suscité pour le PPA-MTLD
l’enseignement de la langue arabe. L’édification de nombreuses médersas et
surtout les multiples condamnations auxquelles étaient soumis les enseignants
nationalistes, constituent autant de preuves sur l’existence vivante de cet
enseignement et sur tout de son importance dans la stratégie du parti de
Messali » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[29]
.

Militant nationaliste révolutionnaire profondément
influencé par la nahda, Ahmed Bouda défendait des conceptions
nationalistes profondément influencées par les idées salafis de
« fraternité islamique » développées par Djamal ed-Din al-Afghani.

Ainsi, un autre acteur du mouvement national algérien,
Ahmed Mahsas, affirmait que « conscience nationale, patriotisme, nation
ou peuple sont inséparables chez les croyants de la conscience qu’ils ont
d’appartenir à la Oumma dont la signification universelle est dénué de tout
esprit de racisme » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[30]
.
Pour Ahmed Mahsas, « le nationalisme révolutionnaire du PPA tout en
se fondant sur les acquis et la valeur de la civilisation arabo-musulmane
s’ouvrait sur l’avenir avec des perspectives universelles. Il s’inscrivait dans
la réalité du mouvement de renouveau arabo-musulman dont il constituait une
partie intégrante » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[31].

Pour Ahmed Bouda l’unité était nécessaire entre les
musulmans afin de faire face au défit du colonialisme et de l’Occident
impérialiste aussi bien à l’échelle algérienne qu’au niveau international. Ces
conceptions étaient affirmées dans un article publié dans L’Algérie Libre :
« le résultat [de la division], c’est que l’étranger commande en
maître chez nous, exploite nos richesses. L’Algérien est aujourd’hui traité en
étranger dans son propre pays, en esclave dans le domaine qui style='color:red'>
devrait être le sien. Ces épisodes de notre
histoire ont donné à notre peuple la volonté de réaliser l’unité des efforts,
non seulement de l’Algérie, mais du Maghreb tout entier : unité de vue et
aussi d’action. Les tenants de la cause nationale ont toujours eu cette idée
aussi bien du temps de l’ENA puis du PPA qu’aujourd’hui du MTLD. Nous n’en
dévierons pas, avec l’aide de Dieu, jusqu’à ce que soit rendu au pays son
autonomie, ou sa souveraineté, à la justice son influence.
[…] La foi en
l’indépendance, que nous n’étions qu’une poignée à porter en nous, est devenue
le credo des 9/10ème des Algériens. L’action politique pour
l’indépendance pour laquelle nous combattions déjà à l’époque où les
colonialistes opprimaient même ceux qui revendiquaient l’assimilation figure
aujourd’hui au programme de tous les partis et groupements progressistes. […]
Nous persévérons dans ce sens jusqu’à réaliser une unité solide et
complète » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[32].

Cette conception d’un nationalisme révolutionnaire
algérien profondément lié aux luttes de l’ensemble du monde arabo-islamique
qu’Ahmed Bouda partageait avec de nombreux militants du PPA-MTLD, l’amena, fin
1952, à effectuer un voyage au Caire pour le compte de son Parti en compagnie
d’Ahmed Mezerna.

Ce voyage, comme ceux d’autres cadres nationalistes,
devait permettre d’internationaliser la question algérienne afin de faire
sortir la lutte pour l’indépendance d’un tête-à-tête avec le pourvoir colonial
français. Au Caire il rencontra le Général Néguib, l’Emir Abd el-Krim
el-Khattabi, réfugiés dans la capitale égyptienne depuis 1947, le secrétaire
général de la Ligue Arabe Mohammed Abd el-Khalek Hassouna, le guide des Frères
Musulmans, Hassan el-Houdaybi, et les principaux cadres de la confrérie.

Relatant son voyage au cour d’une conférence destinée aux
cadres du PPA-MTLD de la région algéroise, le 11 décembre 1952, Ahmed Bouda
affirmait : « Un grand nombre de vos militants vont certainement
se laisser intimider par la répression qui sévit au Maroc, en Tunisie et
en Algérie ainsi que par la lecture de la presse colonialiste sur le
déroulement de la question Tunisienne à l’ONU. […] Je vous supplie de vous attacher
plus que jamais à durcir le moral de vos militants, à les rendre aussi sûrs que
leurs aînés. Vous pouvez être certains que malgré toutes les mesures de
coercition du colonialisme, ce dernier sera mis à genoux. Beaucoup d’entre vous
ont vécu la période où le parti était clandestin dans sa totalité. Or c’est à
cette période que le PPA a lancée un magnifique défi à tous les Policiers
colonialistes qui n’ont peu empêcher notre presse de paraître et nos dirigeants
d’agir efficacement. […]

La dissolution nous sera appliquée tôt ou tard, mais elle
ne changera rien. Car je peux vous assurer que durant notre séjour au Caire
avec Mezerna, nous avons obtenu la certitude que les pays frères d’Orient
arriveront à arracher l’indépendance du Maghreb Arabe. […] La même question du
Maghreb Arabe sera posée en janvier devant le Conseil de Sécurité, comme elle
le sera sans cesse jusqu’à la condamnation ferme de la France. […] Nous venons d’apprendre de Paris que les délégations arabo-asiatiques ont arrêté
un plan d’action contre le Gouvernement Français. […] Je vous demande de
diffuser cette bonne nouvelle et de garder un contact permanent et étroit avec
vos militants, en particulier les plus jeunes qui n’ont pas encore fait leur
preuves dans la lutte contre le Colonialisme Français » name="_ftnref33" title=""> class=MsoFootnoteReference>[33]
.

Afin de diffuser lui-même la « bonne nouvelle »,
Ahmed Bouda effectua une tournée dans le département d’Alger. Ainsi, il se
rendit dans l’arrondissement de Médéa, au sud du département, à la fin du mois
de décembre 1952. Il prit contact avec les cadres nationalistes locaux et leur
relata son voyage en Egypte. Ahmed Bouda mit particulièrement l’accent sur la
réussite de la révolution égyptienne, dirigée par les « Officiers
Libres », qui pouvait servir de modèle pour les Algériens.

A la veille du 1ier novembre 1954

A son retour d’Egypte, les tensions entre le Comité
Central et Messali Hadj éclatèrent au grand jour lors de du Congrès d’Alger les
4, 5 et 6 Avril 1953. Du fait des pressions de la direction, Messali Hadj ne pu
faire lire que la moitié de son message, par son représentant Moulay Merbah, au
Congrès. Au cours, de ce Congrès la direction du PPA-MTLD réussit à faire
adopter ses orientations politiques : participation aux élections et
alliance avec les partis nationaux algériens.

Ainsi, le MTLD présenta des listes aux élections
municipales du 26 avril et du 4 mai 1953 en laissant de côté son programme
politique pour participer à la gestion des différentes communes. La direction
du parti mit en place une politique de coopération avec les élus du premier
collège tel qu’elle fut instaurée à Alger où Abderrahmane Kiouane et Abdelhamid
Sid Ali furent élus adjoint au maire Jacques Chevallier .

La rupture fut définitivement consommée entre le Comité
Central et Messali Hadj, lorsqu’en août 1953 Benyoucef Ben Khedda, élu
secrétaire général du PPA-MTLD lors de la réunion du Comité Central des 4 et 5
juillet à Alger, proposa à ce dernier un calendrier de travail accordant la
priorité à la convocation d’un Congrès national algérien réunissant tous les
partis nationaux. Messali Hadj s’opposa à cette proposition ce qui devait
entraîner une rupture définitive entre lui et le Comité Central. Le leader
nationaliste retira sa confiance au secrétaire général du PPA-MTLD et demanda
les pleins pouvoirs pour « redresser le Parti ».

A ce moment, la crise restait encore cantonnée dans les
sphères dirigeantes du PPA-MTLD. Les militants de base n’étaient pas au courant
de ces luttes d’influence et de ces affrontements au sommet. Pour nombre de
cadres du PPA-MTLD, dont Ahmed Bouda, il était important que ces divisions
n’affectent pas la base du parti afin de ne pas compromettre l’action du
mouvement nationaliste révolutionnaire. Dans le même temps il prit nettement
position en faveur d’un camp.

Ahmed Bouda s’engagea en faveur du premier groupe, les
centralistes, en défendant l’idée de la direction collégiale. Pourtant, il
n’était pas parmi les bénéficiaires de la nouvelle orientation politique
impulsée par les principaux animateurs de la fronde du Comité Central contre le
Zaïm du PPA-MTLD. En effet, Ahmed Bouda fut éliminé de la direction du parti,
avec les messalistes Moulay Merbah et Ahmed Mezerna, par Benyoucef Ben Khedda à
cause de « ses interventions longues, fastidieuses et encombrées de
détails »
mais qui, comme le reconnu, plus tard, le même Benyoucef Ben
Khedda, Ahmed Bouda « avait le mérite de nous ramener aux réalité
concrète » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[34]
.

Loin de suivre totalement ses collègues du Comité Central,
Ahmed Bouda restait fidèle à son éthos de militant populaire et radical.
Alors que les élus municipaux d’Alger, après la fusillade du 14 juillet 1953 à
Paris qui fit plusieurs morts parmi les immigrés algériens, gardèrent le
silence, Ahmed Bouda reçu, dans la capitale algérienne, les corps des
manifestants abattus par de la police française. Part là, il s’affirmait comme
l’un des animateurs de la frange radicale des centralistes.

Au cours de la crise entre Messali Hadj et le Comité
Central, Ahmed Bouda s’efforça de contenir les divisions au sommet afin qu’elles
ne touchent pas les militants de base. Après les attaques de Messali Hadj
contre la direction le 27 décembre 1953, dans un message à la conférence
fédérale du Parti qui se tenait à Paris, Ahmed Bouda fut délégué en France par la Comité Central le 15 février 1954. Envoyé auprès de la Fédération France, il chercha à calmer les vieux militants de l’Etoile Nord Africaine et du
Parti du Peuple Algérien, restés fidèles à Messali Hadj. Ils avaient été
invités par ce dernier à constituer un « Comité de Salut Public »
afin de s’opposer au Comité Central.

Durant son voyage en France, Ahmed Bouda rencontra Messali
Hadj alors astreint à résidence à Niort. Il dit au leader du PPA-MTLD qu’il
était prêt à assumer ses responsabilités devant un Congrès puisqu’il était un
des rares cadres du parti à être membre de la direction depuis près de dix ans.

Devant Messali Hadj, il affirma : « des
responsables de la situation, les uns sont morts, d’autres se sont retirés ; il
ne reste guère que quatre : Messali, Lahouel, Mézerna et Bouda. Présentons-nous
devant le Congrès, et assumons nos responsabilités ; n’accablons pas les
nouveaux membres du Comité Central ; certains n’y ont accédé que depuis
quelques mois. Les premiers responsables, ce sont nous quatre, et vous, en tête.
Rejeter sur d’autres la responsabilité de la gestion du Parti, durant plusieurs
années, ce n’est ni honnête, ni révolutionnaire. Si des jugements devaient être
prononcés, c’est contre nous quatre d’abord » name="_ftnref35" title=""> class=MsoFootnoteReference>[35]
.

L’action d’Ahmed Bouda, pas plus que celles d’autres
militants, ne purent éviter la rupture entre les partisans du Comité Central et
ceux de Messali Hadj. La crise était profonde et remettait en cause toutes les
structures du PPA-MTLD. A partir de mars 1954, l’opposition
centralistes/messalistes atteint la base des militants et se transforma, dans
certains endroits, en véritables affrontements fratricides.

Des bagarres éclatèrent dans nombres de sections pour
s’approprier les locaux et les fonds du Parti. Il arriva même que certaines
fassent usage d’armes blanches ou à feu contre leurs anciens frères de lutte.
Le danger pour les nationalistes révolutionnaires étaient de voir le PPA-MTLD
s’autodétruire du fait de ces luttes internes.

Pour les activistes du Comité Révolutionnaire d’Unité et
d’Action, l’action immédiate devait permettre de dépasser les contradictions
internes au Parti en recréant l’unité dans l’affrontement direct avec les
puissances coloniales. La violence révolutionnaire, mettant à nu l’opposition
inhérente au système colonial, devait, selon eux, servir à rappeler que la
contradiction principale était entre système coloniale et colonisé et que les
contradictions secondaires devaient être subsumées à cette opposition
fondamentale. Partisan du Comité Central mais de conviction révolutionnaire,
Ahmed Bouda était en contact avec les activistes du CRUA qui préparaient
l’insurrection.

En effet, malgré son engagement en faveur du Comité
Centre, Ahmed Bouda n’en gardait pas moins ses convictions nationalistes
révolutionnaires. Ainsi, le 31 juillet 1954, au local de la fraction
centraliste de la rue Rovigo à Alger, au cours d’une réunion de cadres, il
demanda que l’organisation du Parti soit calquée sur celle des Frères Musulmans
égyptiens. Il ajouta que l’effort principal du PPA-MTLD devait être porté sur
l’appareil clandestin afin de le rendre susceptible d’enter immédiatement en
action dans la lutte contre le colonialisme title=""> style=';'>[36]
.

Son engagement dans les rangs centralistes lui valu
l’animosité des messalistes. Au cours du Congrès Messaliste d’Hornu en
Belgique, qui se tint du 13 au 15 juillet 1954, les partisans de Messali Hadj
prononcèrent la dissolution du Comité Central et l’exclusion du Parti des
opposants au leader nationaliste dont Ahmed Bouda. En même temps les
congressistes accordèrent la « présidence à vie » du parti à Messali
Hadj.

En partisans du Comité Central, Ahmed Bouda assista au
Congrès Centraliste, présidé par l’ancien dirigeant de l’Etoile Nord Africaine,
Belkacem Radjef, qui se déroula dans la clandestinité du 13 au 16 août 1954
dans le quartier de Belcourt à Alger. Le Congrès précisa les statuts du Parti
et supprima la fonction de président au profit d’une direction collégiale. Il
fut aussi l’occasion pour les centralistes de préciser un certain nombre de
choix idéologique et tactique relatif à la politique qu’il voulait mettre en
place. Un nouveau Comité Central y fut élu, dans lequel figure le nom d’Ahmed
Bouda.

Du fait de ses engagements dans les rangs centralistes,
Ahmed Bouda, comme d’autres cadres centralistes, fut menacé de mort à Maison
Carrée et à Belcourt part des kabyles fidèles à Messali Hadj et à Djillali
Reguimi. Il fut plusieurs fois insulté et conspué par les militants messalistes
de son quartier. Durant ses déplacements, il était accompagné de Lakhdar Rebbah
pour assurer sa protection.

La rivalité entre les deux fractions était à son comble et
des affrontements éclatèrent à Alger pour le contrôle des locaux du MTLD. Les
messalistes plus nombreux imposèrent assez rapidement leur hégémonie sur Alger.
De fait, les réunions centralistes se tenaient souvent aux HBM du Ruisseau dans
l’appartement d’Ahmed Bouda.

Libération nationale et engagement islamique

Après l’insurrection du 1ier novembre 1954,
Ahmed Bouda fut arrêté et placé en détention avec les principaux cadres du
mouvement nationaliste révolutionnaire. Pourtant le militant nationaliste avait
modéré ses positions publiques même si il n’avait pas renoncé à l’indépendance
totale de l’Algérie. Ainsi, le 25 novembre, dans une lettre ouverte au ministre
des l’Intérieur, François Mitterrand, Ahmed Bouda, Benyoucef Ben Khadda et
Moustafa Ferroukhi estimaient « nécessaire et urgent de s’engager dans
une politique d’apaisement dont la cessation de la répression et des poursuites
en cours. La libération de tous les détenus politiques, le vote d’une large
amnistie et enfin la reconnaissance à tous les Algériens du droit d’exercer
normalement toutes les libertés démocratiques théoriquement garanties par la
constitution française peuvent et doivent être les premières mesures » href="#_ftn37" name="_ftnref37" title=""> class=MsoFootnoteReference>[37]
.

Libéré en avril 1955, il participa, avec Benyoucef Ben
Khedda, aux discussions entre les ex-centralistes et le Front de Libération
National afin de permettre le ralliement des premiers à la révolution
algérienne. Après son ralliement, le FLN, fin 1955, lui demanda de quitter
l’Algérie pour renforcer la délégation extérieure du mouvement nationaliste au
Caire.

De là, il devint représentant du FLN en Irak puis en Libye
jusqu’en 1962. Ahmed Bouda qui avait été l’un des dirigeants les plus en vue du
mouvement nationaliste algérien depuis 1939 était en fait relégué au second
plan par les dirigeants du FLN. Militant dévoué de la cause nationale, il
accepta cette relégation à un moment où la lutte de libération nationale prenait
une nouvelle tournure.

Au sortir de la guerre d’Algérie, après le conflit entre
le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, dirigé par Benyoucef Ben Khedda, et Ahmed Ben Bella en 1962, Ahmed
Bouda renonça à tout engagement politique et se retira dans son quartier de
Belcourt. Il retrouva son appartement de l’immeuble Hélène Boucher en face du
Stade du 20 août 1955.

S’il se retira de l’arène politique, Ahmed Bouda
poursuivit son engagement en faveur de l’Islam et de l’Algérie. Ainsi, il se
porta volontaire pour exercer la fonction d’enseignant durant une période
limitée ceci à cause du déficit en instituteurs
que connaissait l’Algérie au sortir de cent trente deux ans de colonialisme. « Son
but
, selon Benyoussef Ben Khedda, était de contribuer à la diffusion du
Savoir (El-Ilm), à sa mesure, dans les limites de ses connaissances, ce Savoir
dont il avait été sevré durant toute son existence, engagement total pour une
Algérie « libre » (disait-il) dans le cadre de l’Islam » name="_ftnref38" title=""> class=MsoFootnoteReference>[38]
.

Ahmed Bouda se rendait compte du déficit
idéologico-culturel que l’Algérie indépendante devait combler. Lui qui avait
été à la tête de la « commission des affaires islamiques », savait
que l’indépendance ne pouvait pas être totale si l’Algérie demeurait dépendante
sur le plan intellectuel, culturel et idéologique de la France ou de toutes autres nations.

Dans cette perspective il suivait avec intérêt les
séminaires de « la pensée islamique », inaugurés par Malek Bennabi et poursuivi
par l’ancien militant du PPA-MTLD et ministre de culte, Mouloud Kassem Naït
Belkassem. Ces séminaires se tenaient fréquemment en Algérie. Au cours de
ceux-ci, Ahmed Bouda n’hésitait pas à prendre la parole dans les assemblées
pour faire valoir son point de vue.

Après les manifestations d’octobre 1988, Ahmed Bouda a
soutenu l’avènement du multipartisme en Algérie. Aux jeunes militants
islamistes qui enflammaient les foules, il conseillait, en homme d’expérience,
la modération et le réalisme. Ahmed Bouda affirmait : « le multipartisme,
c’est un bienfait (Ni’ma). Il ouvre la voie à la liberté d’expression, à la
liberté d’organisation, après les années noires de la pensée unique, et du
parti unique. Exploitons les possibilités qui nous sont offertes. Diffusons nos
idées, recommandons le bien, interdisons le mal, luttons contre
l’analphabétisme, la pauvreté » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[39]
.

Le « pieux fellah de Boudouaou »
fréquentait assidûment la mosquée de son quartier. Ainsi, Ahmed Bouda est
décédé, après une vie toute entière dédiée à l’Islam et à l’Algérie, à la Mosquée du Ruisseau à Alger « le front prosterné dans l’adoration du Tout Puissant le
20 février 1999 » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[40]
.



name="_ftn1" title=""> class=MsoFootnoteReference>[1]
Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, T II, 1939-1951,
Ed. Paris-Méditerranée, 2003, page 826

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[2]
Ben Khedda Benyoucef, Ahmed Bouda, un pionnier
de la lutte de libération nationale.

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[4]
Mahsas Ahmed, Le mouvement révolutionnaire en Algérie de la Première Guerre Mondiale à 1954, Essai sur la formation du mouvement national,
L’Harmattan, 1979, page 6-7

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[6]
Harbi Mohammed, Le FLN mirage et réalité, ed. Jeune Afrique, 1980, page
23

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[9]
Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, T II, 1939-1951,
op. cit., page 593

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[10]
Ben Khedda Benyoucef, Les origines du 1ier novembre 1954, Ed.
CNERMNR, page 88

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[13]
Harbi Mohammed, Le FLN mirage et réalité, op. cit., page 33

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[16]
Julien Charles-André, L’Afrique du Nord en marche, omnibus, 2002, page
281

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[17]
Ben Khedda Benyoucef, Ahmed Bouda, un pionnier de la lutte de
libération nationale.

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[18]
Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, T II, 1939-1951,
op. cit., page 780

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[22]
Harbi Mohammed, Le FLN mirage et réalité, op. cit., page 64

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[23]
Ben Khedda Benyoucef, Les origines du 1ier novembre 1954, Ed.
CNERMNR, page 166

name="_ftn26" title=""> class=MsoFootnoteReference>[26]
El Korso Mohammed, « Structures islahistes et dynamique culturel dans le
mouvement national algérien 1931-1954 », in. Carlier Omar et Colonna
Fanny, Lettrés, intellectuels et militants en Algérie 1880-1950, OPU,
page 75

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[30]
Mahsas Ahmed, Le mouvement révolutionnaire en Algérie de la Première Guerre Mondiale à 1954, Essai sur la formation du mouvement national, op. cit.,
page 24

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[32]
L’Algérie Libre, 11 mars 1952

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[34]
Ben Khedda Benyoucef, Les origines du 1ier novembre 1954, op.
cit., page 217-218

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[35]
Ben Khedda Benyoucef, Ahmed Bouda, un pionnier de la lutte de libération
nationale.

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[37]
Harbi Mohammed, 1954, La guerre commence en Algérie, Ed. Complexe, 1998, page
42

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[38]
Ben Khedda Benyoucef, Ahmed Bouda, un pionnier
de la lutte de libération nationale

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Commentaires

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Salam

Magnifique texte qui démontre que le nationalisme n’est nullement opposé à l’Islam, comme l’affirma Ben Bella, "le nationalisme algérien fut irrigué par notre foi en Dieu". Votre argumentaire met parfaitement en évidence le postulat mensonger sur lequel ont prospéré pendant plusieurs décades, les partisans de la réaction arabe inféodée à l’Impérialisme occidental, à savoir les frères musulmans et les monarchies conservatrices islamo-capitaliste du Golfe.

Je ne puis que vous rendre hommage lorsque vous démontrez avec la plus grande acuité que le berbérisme est bel et bien le fruit de la politique coloniale.

Un grand bravo

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Vibrant hommage à un admirable et humble homme politique que j’ai eu l’honneur de connaître. Rahimahou Allah.
Une petite erreur à corriger cependant. Il est décédé le 20 février 1992 et non 1999.

Salah-Eddine Sidhoum
Alger

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Salam Aleykoum à tous et à toutes

Mr Kassem,

permettez de m’insurgez contre cette attaque en règle contre ce que vous nommez un peu trop rapidement le "berbérisme". Tout d’abord, l’auteur de ce texte n’a aucunement affirmé que le "berbérisme" était une création coloniale. C’est vous qui arrivez à cette conclusion qui n’est rien de moins que la réitération du dogme arabocentriste qui tend à considérer comme les langues et cultures amazighs comme inférieurs et malsaines pour les maghrébins.

Si vous aviez étudier la question plus en profondeur et les loins du paradigme arabo centriste, vous vous seriez peut-être rendu compte que :

1- le nationalisme arabe est lui aussi inspiré des nationalismes européens. D’ailleurs, nombre de nationalistes arabes étaient aussi impressionnés par le nationalisme turc de Attaturk qui tournait le dos à la Oumma pour se concentrer exclusivement sur le peuple turc. Si "berbérisme" est influencé par les idées européennes de la nation, soyez en sur, le nationalisme arabe aussi.

2- Le grand nationaliste marocain Abdelkrim El-Khattabi était un fier musulman, marocain et amazigh. Lorsque le sultan marocain (arabe) de l’époque, Abdelhafid, était soumis aux puissances coloniales francaises et espagnoles, ce sont les guerriers amazighs d’AbdelKrim qui ont résisté le plus longtemps. La résistance fut si forte que les puissances coloniales ont du déployer 800 000 soldats, la plupart sortis de la 1e guerre mondiale pour parvenir à bout de la résistance d’El Khattabi. Pour parvenir à leur but, les forces étrangères ont même eu recours à des attaques aériennes aux produits chimiques. Le nationalisme marocain et sa fierté de résistance aux étrangers n’ont jamais trouvé de meilleur représentant. El-Khattabi n’était pas opposés aux Arabes en tant que tel et n’était surtout pas un quelconque athée vendu aux étrangers. Une étude de sa vie montre qu’il s’opposait au pouvoir sultanique marocain parce que ce dernier lui était hostile et irrespectueux de sa culture et qu’il collabolarait allègrement avec les forces coloniales. Mais Abdelkrim était avant tout un pieux musulman et un fier marocain.

3- Le nationalisme arabe au Maghreb est inspiré des conceptions jacobines de la construction socioétatique : un territoire, un peuple et une langue.
Or, le Maghreb et toute l’Afrique ont toujours été : des peuples et des langues.

Cher Mr Kassem, la fierté d’être amazigh n’est pas incompatible avec la fierté d’être algérien ou marocain. Il n’y a pas de peuples du Maghreb sans les Amazighs. Notre race, notre sang, notre musique, notre dérija (derja en Algérie), nos vêtements, notre mets et nos mères sont amazighs. Lorsque les arabes sont venus au Maghreb, ils n’ont pas emmenés de femme avec eux. Qui leurs ont donné des enfants ? Les Amazighs ont donnés leur sang pour cette terre et ont acceptés la vérité de l’Islam. Ce qu’ils refusent c’est de disparaitre de l’histoire et de se faire mépriser par des nationalistes arabes qui ignorent qu’ils portent eux-mêmes du sang amazigh dans leur veines et qui réduisent les cultures amazighes à du paganisme anté-islamique.

Le mépris de certains arabes pour toute chose "berbère" ont poussé nombreu d’entre eux à tourner le dos à leurs frères arabes et certains par ignorance, à leur religion. Les autorités coloniales ont certes essayez de diviser les Arabes et les Amazighes mais l’histoire est clair : de manière général ces derniers ont toujours été du côté de leur patrie et de l’Islam.

Le refus du respect de la mémoire amazighe ne pourra que continuer à dégénérer nos peuples et ajouter des problèmes aux autres problèmes que nous maghrébins connaissons.

Faites une recherche sur le web et cherchez les hadiths du Prophète de Dieu (PBSL) à propos des Amazighs. Vous trouverez qu’ils à fait plusieurs éloges à leurs égards.

Ne l’oubliez pas, ils sont là et ne veulent pas disparaître et ils sont dans notre sang de maghrébins.

Et Dieu -Exalté Soit-il est plus Savant.

Wa Salam.

Karim B., Montréal.

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Salam aleykoum

Merci à mr Girrard pour ce magnifique compte rendu de la vie de Si’Ahmed Bouda. Il a rendu d’incalculables services à son peuple. Les différentes d’appréciations que l’on peu avoir de certaines de ses positions particulières n’enlevent rien à la grandeur de son âme. D’après ce que j’ai lu, il fut un héros et que Dieu -Exalté Soit-Il- le garde, inchAllah.

Wa salam.

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Bonjour à tous,

Un article très intéressant, même si la crise dite berbériste est traité d’une manière beaucoup trop superficiel et caricaturale. 40 ans après l’indépendance, il est temps de reconnaître l’identité algérienne dans sa plénitude : arabité, berbérité, islamité, et mêmes d’autres héritages : la langue française ("butin de guerre", Kateb Yacine), les droits de l’homme, judaïsme, christanisme...

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bonjour,

est ce que quelqu’un aurait plus de renseignement sur Ahmed BOUDA ?
si il été marié ? a eu des enfants ?
merci pour vos renseignements

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je suis mustapha bouda fills de brahim bouda et petit fills de ahmed bouda et le peut ke je puisse dire cè que mon grand père etais un grand homme il a fait boucoup pour notre payè mais son payè na pas fait grand chose pour lui

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Ce genre de texte ne merite en soit aucune réponse, car au lieu de construire et aller de l’avant les personne qui les redigent ne font que reconduire les erreures du passé.

Vous vous rendez compte que vous êtes entreint de faire le procés de personnes dont vous ignorez tout ?? Des personnes sans lesquelles vous ne seriez pas là à faire le fier, mais asservi probablement comme vos ancêtres avant vous. Si vous aviez un peu moins de bêtise et plus de neurones dans la tête, vous vous seriez dit que rendre hommage à Ahmed Bouda n’avez nullemnnt besoin de s’appuyer sur la négation du rôle au combien essentiel tenu par des Hommes tel que : Abdelkader Hadj Ali,Imache Amar, Ouali bennaï,et bien d’autres encore. Je ne voudrai pas vous ressembler et faire la gloire des uns au détriment des autres, car mes ancêtres à moi ont toujours fait passer la patrie avant l’orgueuil et la bêtise, mes ancêtres à moi sonts les : Massyles, Msaessyles, Maures, Libou, Numides, Gétules, Garamantes,Amazighs, et tous ceux qui ont peuplé l’Afrique du Nord avant les Arabes et les Français, et ces deux derniers je l’avoue n’apporte rien de plus et certainement pas de meilleur à mon identité.
Ahmed bouda doit se retourner dans sa tombe à voir les hommages que vous lui rendez, car si lui avez peur que l’Algérie ne soit dévisée face à la France vous vous avez peur de quoi ?? de ne pas être un Amazigh ??
Le nationalisme algérien est nè en France et je n’éprouve aucune honte à l’avouer et à l’assumer, la France est venue chez nous sans invitation, et il a fallu des Hommes d’une force et d’une intélligence hors du communs pour retourner contre elle ses propres armes avec lesquelles elle pensait les asservir, et je suis fiert de vous dire que 80 pour cent des militants de l’ENA étaient berbèrophones (vous pouvez vérifier) qu’il ont choisi Messali comme responsable, et qu’il l’ont fait pour unifier l’Algerie contre la france, que de 54 à 56 la France s’est battue essentiellement contre les Aures et la Kabylies, que de 60 à 62 seule la wilaya 03 a tenus en echec l’armée française.
Monsieur je n’ai qu’une chose à vous dire pour nous donner honte d’être Berbère, il faudrait d’abord nous rendre fiert d’avoir étaient conquis par un boucher tel que Okba ibn Nafae, qui pour battre son rival n’hesita pas à exterminer une tribu gagner à l’Islam, heureusement disait un grand homme que j’ai connu l’Islam avant de connaitre les Musulmans, heureusement pour moi ma mére et mon pére sont musulmans, et membres de l’A.L.N.

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reponse a corine oui ahmed bouda aetait marie est il a des enfants qui sont toujours vivant marie avec enfants certain habite meme a belcourt

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La liberté d’expression et celle de conscience sont des mots qui n’existent pas dans votre culture ni d’ailleurs dans votre langue, comme le mot "démocratie" que la langue arabe, qu’on dit si riche, a dû emprunter au latin ! Ceci pour vous dire que vous maîtrisez si bien la censure ! Vous aimez les « Meddahats » et les « Beni Oui Oui » ! Mouloud Mammeri a paraphrasé un jour Washington, qui a dit : « On peut tromper quelques Hommes tous le temps et on peut tromper tous les Hommes quelques temps, mais on ne peut pas tromper tous les Hommes tous le temps ».
Kabylement votre !

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Quelques citations de personnes connues à propos de la démocratie :
"La démocratie, c’est la moitié des cons plus un."
Philippe Bouvard
"La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes."
Winston Churchill
"Le meilleur argument contre la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur moyen."
WC.
J’ajouterai qu’un "internaute moyen" fait la même chose qu’un "électeur moyen". Le mot "démocratie" vient du grec pour désigner la démocratie directe et seuls les grecs avaient la possibilité de s’exprimer et pas "les métèques" traités en Grèce pratiquement comme des esclaves. D’autres civilisations avaient aussi inventé la gestion directe de leurs affaires au moyen de discussions, débats ... Qu’on désigne cela à l’aide d’un mot grec ou dans une autre langue c’est kif kif. L’intéressant est la notion de république. Et la république est venue bien tard en Europe. A ce moment là presque tous les pays méditerranéens étaient sous le joug de la Turquie. On ne peut leur en vouloir pour leur retard dans l’évolution (histoire ...). Si les pays européens "démocratiques" étaient vraiment près des peuples et épris de liberté, ils les auraient aidé à se libérer et évoluer. Ils ont préféré les asservir. A moins de dire qu’ils n’avaient qu’à être forts et se libérer eux-mêmes. Alors malheur aux vaincus c’est donc ça la leçon de l’histoire ! Et c’est valable à titre individuel aussi.

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Ahmed Bouda a participe aux législatives du 10 novembre 1946 a Khenchela fief MTLD contre le Bachagha hachemi benchenouf. la ville lui ét favorable le trucage des urnes par l administration coloniale a fait le reste. les urnes ete mals surveilles par les militants MTLD dans les douars, des personnes ont vu Boudiaf et Bouda dans un bureau de vote a Baghai.
Ahmed Boudouha