12 septembre, un jour sans fin

Retenez bien son nom : Salem Kali. Celui d’un acteur plutôt discret qui vient de s‘essayer, avec brio,

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vendredi 27 août 2010

12 septembre, un jour sans fin

Retenez bien son nom : Salem Kali. Celui d’un acteur plutôt discret qui vient de s‘essayer, avec brio, à la réalisation. L’homme vient de réaliser son premier court-métrage intitulé « 9/12 ». Trois chiffres pour une date-clé : celle du lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Contacté par Oumma, il a bien voulu répondre à nos questions relatives à sa démarche cinématographique. Pour apprécier pleinement ce film en trompe-l‘oeil, de plus en plus âpre au fur et à mesure que s’écoulent les onze minutes de sa durée, un visionnage au préalable est vivement conseillé avant d’aborder la lecture de l’interview.

Entretien avec Salem Kali

Q/ Vous êtes un comédien relativement méconnu du grand public. Quel est votre parcours ?

R/ Je suis acteur depuis plus de 17 ans. Formé au théâtre classique à l‘origine, on a pu ensuite me voir a la télévision et au cinéma comme dans « Secret Défense et « Un prophète » de Jacques Audiard. Pour l’anecdote, c’est parce que je suis également champion de France de kung fu que j’ai pu avoir la chance de travailler avec ce grand réalisateur. Tout ça pour dire que, se battre, je connais bien...

Q/ Que souhaitez-vous dénoncer au travers de votre film ?

R/ Dénoncer… Je ne sais pas mais ouvrir les yeux et le coeur, prendre la défense, tenter de laver l’honneur... Sans doute. Mon film traite du regard qu’on porte sur les Arabes et les Musulmans après le 11-Septembre. Depuis ce jour, on a instrumentalisé la peur des gens à des fins politiques. Le regard qu’on porte sur ces filles aujourd’hui et sur les Musulmans dans la plupart des médias pousse à les mépriser dans la rue. Et ce mépris pousse à la violence, politique ou physique. C’est la même chose concernant le regard qu’on porte sur les Iraniens. On veux nous pousser à les mépriser... avant des les massacrer. Comme on l’a fait en Afghanistan et en Iraq... Ainsi que dans d’autre pays, bien avant. Mon film tente d’empêcher ça en faisant appel à la raison et au cœur.

Q/ Quel a été le déclic pour vous lancer dans sa réalisation ?

R/ C’est en discutant avec des filles qui portent le foulard. J’ai d’abord été surpris quand elles m’ont confié avoir l’impression, depuis le 11 septembre 2001, de porter une arme de destruction massive sur la tête, au vu des réactions méprisantes qu’elles subissent, à la télé et dans la rue, et aussi bien aux Etats-Unis qu’en France. Alors, je me suis demandé devant cette injustice flagrante : qui prend leur défense au cinéma ? Où est le Spike Lee français ? Par la suite, j’ai appris la terrible histoire de Marwa Sherbini, insultée, traitée de « terroriste » et assassinée à cause de sa différence, simplement par ce qu’elle portait le foulard. Voilà pourquoi, avec mes faibles moyens, j’ai décidé d’agir en partant tourner mon film aux Etats-Unis, là ou tout a commencé. C’est mon premier court-métrage, réalisé avec l’envie viscérale de prendre la parole ! J’ai tout fait : écrire, réaliser, produire, cadrer, monter, étalonner, et composer la musique, tout cela en deux mois. Il m’a semblé que la situation était urgente.

Q/ Comment a réagi le secteur cinématographique à la découverte de votre film ?

R/ J’ai été fier d’être sélectionné au « Short film corner » du Festival de Cannes. Cela m’a permis de rencontrer des producteurs encourageants venus du monde entier. Quant aux Français... Quand ils ne sont pas islamophobes, ils ont peur de la polémique. Mais que vaut la polémique quand il s’agit d’ouvrir les yeux et d’empêcher que la violence ne se reproduise ? En tout cas, peu importe si je dois tourner mon prochain film ailleurs qu’en France. Je suis prêt à partir.

Q/ Qu’attendez-vous de la part des internautes pour lesquels vous avez mis gracieusement en ligne votre film ?

R/ Je compte sur eux pour m’aider à financer sa distribution ou à le faire circuler car, pour moi, ce film est une étape vers un long métrage qui me permettra d’aller encore beaucoup plus loin. En plus de mes envois à divers festivals pour le faire connaître, je cherche également des producteurs, des financiers du monde entier pour continuer à prendre la parole.

Propos recueillis par Hicham Hamza le 27 août 2010.

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