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Une britannique voilée harcelée et aspergée d’alcool dans un train, c’est l’un des témoignages choc d’une étude sur l’islamophobie

Une britannique convertie à l’islam, violemment prise à partie et aspergée d'alcool à bord d’un train de banlieue, à cause de son niqab qui fâche et a fait sortir de leurs gonds des supporters de football passablement ivres, notamment de haine, devant des passagers qui ont observé la scène sans bouger ou ont préféré regarder ailleurs, cette attaque islamophobe tristement ordinaire a été consignée par écrit dans l’étude réalisée par deux criminologues de renom : le Dr Imran Awan de l'Université de Birmingham City et le Dr Irene Zempi de l'Université de Nottingham Trent.

Edifiant et accablant à la fois, ce rapport inédit traitant de la recrudescence des agressions anti-musulmans de l’autre côté de la  Manche et faisant la part belle aux témoignages de victimes, pour l’essentiel des hommes barbus et des femmes voilées, a été commandé par Tell Mama, le premier service musulman d’assistance téléphonique du Royaume-Uni. Ses constats et conclusions seront dévoilés mardi, près des rives de la Tamise, dans l’enceinte de la Maison du Parlement.

Outre l’extrême réticence des victimes musulmanes à signaler les actes islamophobes qui les ont prises pour cible, rares étant celles et ceux qui vont jusqu’à porter plainte, d’autant plus que les témoins oculaires ne se bousculent pas au portillon pour les soutenir, cette étude met surtout en lumière des récits d’hommes et de femmes insultés, menacés, malmenés, brutalisés en raison de leur visibilité dans l’espace public.

Ainsi, Hira, la jeune femme injuriée et harcelée dans un train, a relaté son calvaire interminable sans que personne ne s’interpose pour lui porter secours. "Ils hurlaient à tue-tête ‘nous sommes racistes, nous sommes racistes et nous aimons ça’", a-t-elle raconté aux deux chercheurs, encore très ébranlée, en précisant que ses agresseurs avaient tenté de lui faire avaler du bacon tout en lui versant du whisky sur son manteau. "Ils étaient hors d’eux, me demandant en criant si je cachais une bombe sous mon voile, tandis que je les suppliais de me laisser tranquille", a-t-elle poursuivi, avant de déplorer l’indifférence et l’inertie des autres passagers. "Les gens regardaient ce qui se passait, mais personne n’a bougé. Personne n’est venu m’aider", a-t-elle martelé, avec une émotion palpable à travers les lignes.

Sarah, une autre convertie, se souvient précisément quand tout a basculé pour elle, faisant de son quotidien une véritable épreuve : c’est le jour où le voile qui entourait son visage pour la première fois l’a clairement identifiée comme musulmane aux yeux de tous, les regards se durcissant à sa vue, les provocations, insultes racistes pleuvant sur son passage,  les tentatives d’arrachage de voile, assorties de brutalités, se multipliant, gardant en mémoire cette petite phrase qui hante ses nuits : « Pourquoi, on ne vous coupe pas la tête ?». "La haine à l’égard des musulmans s’est banalisée, c’est devenu normal",se désole-t-elle dans le chapitre qui lui est consacré.  

C’est dans le cadre de la maternité où elle opèrait en tant que sage-femme aguerrie qu’Asma a été confrontée à l’islamophobie hargneuse qui n’a pas de sexe, se voyant régulièrement maltraitée par ses patientes dont l’une d’entre elles, devenue folle de rage au cours d’une nuit, lui a lancé fulminante : "Je ne veux pas que mon bébé puisse voir votre visage terroriste. Je ne veux pas que mon enfant vienne au monde en voyant quelqu'un comme vous, une terroriste. Quittez mon pays, foutez le camp! Comment osez-vous travailler ici et  montrer votre laideur". C’en était trop pour Asma qui, après avoir vaillamment résisté à l’adversité, a fini par rendre son tablier et renoncer, la mort dans l’âme, à un métier exercé par vocation. "Je n’en pouvais plus, ce climat de haine était trop lourd à supporter, j’ai quitté mon emploi avant de craquer", s’est-elle épanchée profondément meurtrie.

Parmi leurs nombreuses observations, les deux criminologues Imran Awan et Irene Zempi ont dû se rendre à l’évidence : nombre de musulmans en viennent à se raser la barbe et nombre de musulmanes à se dévoiler par crainte de représailles et pour leur propre sécurité.

"Cette recherche révèle des niveaux très inquiétants de peur et d'intimidation vécus par de nombreux musulmans, que vient aggraver l’absence cruelle de soutien de la part du grand public lorsqu’il est témoin de menaces verbales et physiques, et de passages à l'acte. Sans oublier l’absence de mesures énergiques de la part des plates-formes ou des médias sociaux qui recueillent les récits de ces agressions", a déclaré Imran Awan, tandis que sa consoeur soulignait : "Les victimes qui ont accepté de se livrer à cœur ouvert ont toutes insisté sur le fait que l’islamophobie violente doit être dénoncée avec force par la communauté musulmane, et que leurs concitoyens britanniques devraient porter assistance aux victimes pendant et après les agressions."

Leur étude à l’appui, les deux chercheurs veulent agir concrètement pour enrayer ce fléau de l’islamophobie, se disant plus que jamais "déterminés à travailler avec les organisations compétentes afin de faire entendre leurs voix et de promouvoir leurs recommandations", mus par un seul objectif impérieux : « Aux grands maux, les grands remèdes ».

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