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« Le silence tue une seconde fois » : hommage à Aboubakar Cissé et cri d’alerte contre l’islamophobie

Des marches en France rendent hommage à Aboubakar Cissé, victime d'un acte islamophobe, et dénoncent la montée de l'islamophobie.

Pourquoi lire cet article :

  • Pour comprendre le climat d'impunité face à l'islamophobie en France.
  • Pour découvrir les témoignages poignants des manifestants et de la famille d'Aboubakar.

Ce dimanche 11 mai, des marches ont été organisées dans plusieurs villes françaises pour dénoncer l’islamophobie croissante et rendre hommage à Aboubakar  jeune musulman assassiné   dans une mosquée du Gard fin avril.. À Paris, des milliers de personnes ont défilé derrière une large banderole : « Stop à l’islamophobie ! Justice pour Aboubakar Cissé »

« Il a été tué pendant qu’il priait » : un symbole de violence ignorée

« Aboubakar a été tué pendant qu’il priait, dans une mosquée. Ce n’est pas un fait divers, c’est un acte islamophobe », a déclaré Sihame Assbague, militante antiraciste et cofondatrice du Collectif contre l’islamophobie en Europe (CCIE), lors de la marche parisienne (Paris Luttes Info, 11 mai 2025). Ce meurtre, a-t-elle dénoncé, « révèle le climat d’impunité et de haine légitimée par des discours politiques décomplexés ». Le Collectif des Musulmans en France, qui a co-organisé la mobilisation nationale du 11 mai, a rappelé dans un communiqué publié sur son site musulmansenfrance.fr que « les agressions contre les musulmans ont augmenté de 30 % entre 2022 et 2023 » (chiffres issus du rapport 2024 de la Commission nationale consultative des droits de l’homme – CNCDH).

Un climat islamophobe légitimé d’en haut

Lors des rassemblements, de nombreuses pancartes dénonçaient non seulement les agressions physiques mais aussi les politiques jugées discriminatoires à l’égard des musulmans. Plusieurs manifestants ont pointé du doigt la loi sur le “séparatisme” votée en 2021, qualifiée de « loi liberticide » par l’ONG Human Rights Watch, pour avoir servi de prétexte à la fermeture de dizaines d’associations et d’écoles musulmanes (HRW, rapport 2022). « Ce n’est pas un accident, c’est un contexte », a martelé Yasser Louati, militant des droits humains et fondateur du Comité Justice et Libertés (CJL), interrogé par Beur FM : « Les discours politiques alimentent une vision paranoïaque du musulman. Quand l’État cible les mosquées, quand on surveille les enfants musulmans à l’école, cela envoie un signal à ceux qui veulent passer à l’acte. »

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Familles en deuil, jeunesse en éveil

La famille d’Aboubakar était présente lors de la marche à Paris. Sa sœur a pris la parole au mégaphone, la voix tremblante, dans un silence lourd : « Aboubakar était doux, croyant, respectueux. Il n’a rien demandé. Il a été tué pour ce qu’il était. » (TV5Monde, 11 mai 2025). Partout dans les cortèges, une jeunesse engagée, souvent issue de quartiers populaires, exprimait un même cri de colère. « On a grandi avec l’idée qu’on n’était jamais totalement à notre place. Là, on voit que même prier peut nous coûter la vie », confie à Paris-Luttes.info Nour, étudiante voilée de 21 ans. « Mais on ne se taira plus. »

Le refus de l’oubli, l’appel à la vigilance

Au terme de la manifestation parisienne, les organisateurs ont lu une déclaration commune appelant à une enquête approfondie et à la reconnaissance du caractère islamophobe de ce meurtre. À ce jour, ni le ministère de l’Intérieur ni l’Élysée n’ont officiellement condamné cet acte ni contacté la famille, ont regretté plusieurs intervenants. Le silence des institutions face à cette tragédie ne fait qu’alimenter la défiance. Comme le résume un militant interrogé par L’Anticapitaliste : « Ce qui est arrivé à Aboubakar, c’est un avertissement. À nous de faire en sorte que ce soit aussi un tournant. »

Ne pas oublier Aboubakar, c’est refuser que la peur gagne. C’est rappeler qu’aucun citoyen ne devrait redouter de pratiquer sa foi. Le combat contre l’islamophobie n’est pas un privilège communautaire, mais une urgence démocratique. Car chaque silence, chaque abandon, chaque mot de trop dans la bouche d’un ministre devient une légitimation pour l’inacceptable.

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