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Une Américaine musulmane s’explique sur son vote en faveur de Donald Trump

Elle fait partie de cette minorité silencieuse qui a préféré taire son inclination pour Donald Trump, la jugeant sans doute trop inavouable, voire inconcevable, au regard de la surenchère islamophobe de celui qui n’était encore que le rival acrimonieux d’Hillary Clinton, Asra Q. Nomani, une ancienne journaliste du Wall Street Journal et actuelle co-fondatrice du Mouvement réformateur musulman, brise aujourd’hui le tabou qui pesait sur son vote pour le moins paradoxal, presque contre-nature, pour se justifier publiquement.

Après s’être auto-muselée tout au long de l’année, à mesure que son cœur balançait en faveur du tribun le plus outrancier, tapageur et injurieux que l’Amérique ait jamais connu, cette citoyenne américaine de 51 ans, qui se définit comme une « femme musulmane, de couleur et immigrée, fière de sa Virginie natale », sort de l’ombre dans laquelle elle s’était tapie, comme les autres « partisans secrets de Trump », en insistant sur le fait qu’elle n’est ni « raciste, ni chauvine, ni suprématiste blanche » et n’appartient pas à la catégorie des « rednecks », ces Américains de la campagne, qualifiés ironiquement de « péquenauds », censés constituer le vivier électoral du nouvel homme fort de Washington.

Entre la peste et le choléra, cette désenchantée de l’ère Obama, qui abhorre la haine, la division et l’ignorance, a cependant plébiscité celui qui n’a cessé de les exacerber à longueur de méga-meetings enflammés, considérant qu’il incarnait le moindre mal face au bilan calamiteux du premier président noir des Etats-Unis et à la corruption de grande ampleur, quasi vertigineuse, d’Hillary Clinton.

« J’ai toujours soutenu la position du parti Démocrate sur l'avortement, le mariage homosexuel et le changement climatique », souligne-t-elle, avant de vider son sac : « Mais je suis une mère célibataire qui ne peut toujours pas se payer une assurance santé, malgré la loi Obamacare. Je n’arrive pas à joindre les deux bouts, et je suis loin d’être la seule dans ma ville natale de Morgantown, en Virginie, là où l’Amérique rurale s’est appauvrie et vit plus mal qu’avant, après 8 années d’administration Obama », explique Asra Q. Nomani, sur un ton indigné.

« Les révélations de dons de plusieurs millions de dollars à la Fondation Clinton, émanant du Qatar et d’Arabie Saoudite, ont eu raison de mon hésitation et des doutes qui me tiraillaient. Cela m’a scandalisée. Oui, je veux un salaire honorable. Non, je n’aime pas la gouaille populiste de Trump, et oui, je rejette de toutes mes forces l'idée d'un mur entre les États-Unis et le Mexique, ainsi que le refoulement des musulmans à l’entrée des Etats-Unis ! Mais je fais confiance à mon pays pour ne pas sombrer dans le nationalisme, le protectionnisme, la xénophobie et l’islamophobie prônés par Trump », clame-t-elle, peut-être pour mieux se convaincre que le pire aurait été d’offrir le pouvoir sur un plateau d’argent à Hillary Clinton.

Terrible dilemme que de devoir choisir entre deux maux, le moindre, et c’est bien ce qu’il y a de plus navrant et alarmant dans les sinistres mascarades électorales de nos démocraties occidentales.

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