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Un ancien ambassadeur français appelle Macron à dialoguer avec le Hamas

Dans un entretien accordé à LCI, samedi 15 mai, Yves Aubin de La Messuzière, ancien ambassadeur de France au Tchad, en Tunisie et en Italie et fin connaisseur du dossier israélo-palestinien, n’a pas été par quatre chemins pour commenter la position de la France face à la situation qui prévaut actuellement au Proche Orient. Pour lui, il ne suffit pas d’appeler au retour au calme comme l’a fait le président Macron. Il faut aller plus loin et prendre des positions diplomatiques à la hauteur des enjeux d’un conflit qui interpelle au plus haut point la France, dans la mesure où comme il le dit : « La question israélo-palestinienne, comme l’Irak ou le Liban, nous concerne directement. Au Proche et Moyen-Orient, tout est imbriqué et si proche de nous. »

L’ancien diplomate français n’a pas besoin d’user de la langue de bois habituelle, derrière laquelle se cachent souvent les diplomates, et n’hésite pas à pointer du doigt les exigences de l’heure que le président Macron devrait rencontrer s’il veut redonner à la France le statut qui était le sien dans la région : « Aujourd’hui, le président Emmanuel Macron demande aux États-Unis de s’engager, mais ne dit pas solennellement sa position. À mon sens, il faut qu’il présente une déclaration forte allant vers la décolonisation, quitte à se rendre sur place. Car, même si la France n’a pas la même influence qu’il y a 20 ou 30 ans, elle peut entraîner les principaux partenaires européens – pas forcément les 27 membres – à agir et à revenir à la négociation entre le Hamas et Israël. » 

Le mérite d’une telle déclaration est qu’elle ne s’embarrasse pas hypocritement de mots qui cachent la réalité, en mettant notamment l’accent sur deux points essentiels dont la prise en compte conditionne l’instauration d’une paix juste et durable dans la région :

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1) Le conflit israélo-palestinien est avant tout un problème de décolonisation ;

2) Il ne peut y avoir de paix en dehors du dialogue et de la négociation entre les protagonistes réels du conflit, et quoi qu’on puisse penser du Hamas, ce dernier est bel est bien un protagoniste incontournable du conflit, au même titre que toutes les autres composantes de la résistance palestinienne.

Yves Aubin va plus loin dans son diagnostic. Il estime que le président Macron « est trop timide » aujourd’hui sur la question, puisqu’il parle du retour au calme et de la paix sans rappeler les conditions politiques qui peuvent leur donner une consistance réelle. L’ancien diplomate français relie directement la recherche de la paix à la reconnaissance du droit du peuple palestinien à un Etat indépendant et souverain aux côtés de l’Etat israélien :  « La solution à deux États qu’a tenue François Mitterrand, a continué sous Chirac. À la fin des années 90, l’idée d’une création d’un État palestinien stable et démocratique émergeait, ce que Netanyahu a accepté du bout des lèvres. Plus récemment, Jean-Yves Le Drian a lui-même condamné la poursuite de la colonisation par Israël, mais aujourd’hui, on n’entend plus la voix française sur cette question. Pourtant, Emmanuel Macron s’engage au Liban. On le voit, il donne sa vision stratégique. Cela marche d’ailleurs plus ou moins. Seulement, on ne peut pas avoir des contacts avec le Hezbollah et refuser le dialogue avec le Hamas. C’est une complète contradiction. »

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En invitant Macron à dialoguer avec le Hamas, l’ancien diplomate français ne croit pas si bien dire, dans la mesure où on voit mal comment la France pourrait reconquérir le statut diplomatique qu’elle est en train de perdre dans la région, si elle ne commence pas par se réconcilier avec la réalité géopolitique. En effet, les Américains et les Israéliens ont beau qualifier publiquement le Hamas d’organisation « terroriste » dans le cadre d’une opération com qui ne trompe guère les observateurs avertis, en cachette, ils font tout le contraire puisqu’ils n’hésitent pas à inviter leurs alliés dans la région (Egypte, Qatar, Turquie) à faire pression sur le Hamas, afin qu’il accepte un cessez-le-feu et les aide à parvenir à un retour au calme dans les territoires occupés pour permettre à l’Etat d’Israël une sortie honorable d’un conflit dont il a visiblement mal calculé toutes les retombées. 

Mieux, les Américains et les Israéliens, qui dialoguent aujourd’hui indirectement avec le Hamas (via leurs alliés dans la région), seront amenés tôt ou tard à dialoguer directement avec cette organisation, ne serait-ce que pour mieux contrôler le processus de paix à venir qui devrait tôt ou tard s’imposer sur les ruines du fumeux « Accord du siècle » de Trump que le valeureux peuple palestinien vient d’enterrer à jamais. A défaut d’un sens moral qu’on chercherait en vain, de nos jours, au sein de la classe politique française, la realpolitik devrait dicter au président Macron de revenir à une position diplomatique plus équilibrée, au lieu de continuer à écouter les voix sectaires dont les motivations suspectes tranchent avec les positions plus intelligentes exprimées, il y a quelques mois, par des milieux juifs américains à l’encontre de Netanyahu, quand ils ont compris combien la complaisance de ce dernier avec les groupes ultra-colonialistes et leur politique d’apartheid à l’égard des Palestiniens était dangereuse pour l’avenir de l’ Etat d’Israël lui-même.

 

 

 

 

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