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Un Américain, victime d’une détention arbitraire post-11 septembre dédommagé de 415 000$

C’est en Arabie saoudite où il tente désormais de se reconstruire, loin de sa terre natale du Kansas et d’une bannière étoilée entachée du souvenir douloureux de son emprisonnement arbitraire, que Abdullah al-Kidd, 41 ans, renaît à la vie, se remettant progressivement d’une descente aux enfers qui a brisé son existence en 2003.

Pas à pas, « morceaux par morceaux » comme il le décrit lui-même, sa renaissance se poursuit lentement mais sûrement, et bien que son éloignement soit définitif et les préjudices subis irréparables, ce citoyen américain profondément meurtri ne s’est toujours pas résolu à jeter aux flammes son passeport US, conservant sa nationalité dissimulée dans un tiroir et sa vie antérieure enfouie dans un coin de sa mémoire, à l'exception de ce jour funeste et obsédant où son destin a basculé.

Abdullah al-Kidd n’a en effet rien oublié de son interpellation musclée et inique, inimaginable même dans ses plus sombres cauchemars, à l’aéroport international de Washington, alors qu’il s’apprêtait à s’envoler vers le royaume saoudien pour y parfaire sa connaissance de la langue arabe et se perfectionner dans l’étude de la religion.

Aussitôt arrêté par des agents du FBI aveuglés par une lutte anti-terroriste en pleine dérive islamophobe, aussitôt jeté dans des geôles moyenâgeuses au motif qu’il était un témoin important dans une affaire liée au terrorisme (une allégation fallacieuse), cet Américain musulman sans histoire, qui se croyait naïvement ordinaire, a plongé dans l’enfer d’une détention sans inculpation pénale, rythmée par des sévices psychologiques et corporels. Abandonné nu à maintes reprises dans une cellule qu’il partageait avec des individus peu recommandables, tous auteurs de crimes violents, Abdullah al-Kidd, transi par la peur, humilié au dernier degré, et couvert d’ecchymoses, avait la plupart du temps les fers aux pieds et les mains ligotées, notamment lors d’interrogatoires dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne faisaient pas dans la dentelle…

Son calvaire a pris fin au terme de 16 longs jours qu’il qualifie de « terrifiants », après que l’accusation retenue contre lui se soit effondrée comme le plus fragile des châteaux de cartes, ce dernier recouvrant alors une liberté précieuse, mais au goût amer. En effet, outre la terrible incarcération qu'il venait de subir, sa détention, les fouilles incessantes à son domicile, et son nom traîné dans la boue provoquèrent des ravages irréversibles au sein de son couple qui ne résista pas à son retour à la maison sous haute surveillance et sous pression de tous ordres.

Devenu un paria sans famille et sans emploi, cette cruelle épreuve aurait pu l’anéantir s’il n’avait puisé au tréfonds de lui-même des ressources insoupçonnées pour relever la tête et laver son nom du déshonneur. "Après mon arrestation, les gens ne me voyaient plus pareil, j’étais devenu un terroriste à leurs yeux. Ma sortie a été une autre épreuve très difficile à passer", a confié Abdullah al-Kidd au Los Angeles Timesdepuis la Terre Sainte, sa terre d’asile où il enseigne l'anglais et entraîne des jeunes saoudiens au football américain. "Je n’avais qu’une idée en tête, réhabiliter mon nom et mon honneur. J’étais déterminé à aller jusqu’au bout, je voulais me venger mais en portant l’affaire devant les tribunaux, et j’ai porté plainte contre le gouvernement américain", a-t-il précisé.

Grand bien lui en a pris, même s’il lui a fallu pour cela s’armer de patience et ne jamais s’avouer vaincu devant la forteresse impénétrable qu’est Washington, car plus d’une décennie plus tard justice lui a été finalement rendue, le gouvernement américain allant même jusqu’à se plier à un exercice rarissime dans les annales de sa croisade contre le terrorisme : battre sa coulpe. "Le gouvernement reconnaît que votre arrestation et votre détention ont été une expérience difficile pour vous, et regrette qu’elles aient entraîné des perturbations dans votre vie", c’est en ces termes qui, pour être exceptionnels, n’en sont pas moins très en-dessous de l’effroyable réalité, que Washington a daigné présenter ses excuses à Abdullah al-Kidd, tandis que la coquette somme de 415 000 dollars lui a été allouée au titre du préjudice subi et des 10 années d’un bras de fer judiciaire particulièrement éprouvant.

Etape par étape, jour après jour, Abdullah al-Kidd, blanchi par la justice de son pays et soulagé d'un grand poids, se bâtit à présent un avenir sous des cieux saoudiens où il a trouvé l’âme sœur et fondé un nouveau foyer, menant un ultime combat contre lui-même et le souvenir traumatique de ces 16 jours qui ne cessent de le hanter, notamment à la nuit tombée, quand le crépuscule fait ressurgir les ténèbres de l’injustice.

Par la rédaction. 

 

 

 

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