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Science et religion aujourd’hui : perspectives islamiques (2/2)

Les différentes positions des musulmans contemporains face à la science se répartissent selon des courants qui suivent toujours, d’une façon ou d’une autre, cette ligne de l’unité de la connaissance. Qu’il me soit permis de retracer ici, très brièvement, l’histoire récente de ce rapport à la science.

Le monde musulman a rencontré la science moderne, au XIXème siècle, sous la forme d’un double défi, à la fois matériel et intellectuel. La défense de l’empire ottoman face à la poussée militaire des pays occidentaux, puis le succès de la colonisation, ont rendu nécessaire l’acquisition de la technologie occidentale, et donc de la science qui en est la fondation.

Cette pression de la science moderne sur l’islam, qui a débuté il y a plus de deux cents ans, demeure encore très forte. L’Occident apparaît, plus que jamais, comme le modèle de progrès qu’il faut rattraper, ou au moins suivre, en formant techniciens et ingénieurs, et en assurant le transfert massif des technologies indispensables au développement. Voilà pour le défi matériel.

Mais la rencontre entre l’islam et la science moderne a surtout suscité une réflexion d’ordre intellectuel, c’est-à-dire philosophique et doctrinal, en quelque sorte provoquée par un événement inaugural, la fameuse conférence « L’Islamisme et la Science » donnée par Ernest Renan (1823—1892) à la Sorbonne en 1883. Dans la perspective positiviste qui était la sienne, Renan y critiquait l’incapacité des musulmans à produire des découvertes scientifiques, et leur inaptitude à la pensée rationnelle.

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Cette conférence fut ressentie comme une provocation par les intellectuels musulmans de l’époque qui étaient en contact avec l’intelligentsia occidentale. Ces intellectuels, dont Jamâl-al-Dîn Al-Afghânî (1838—1897) fut le précurseur, défendirent alors l’idée que l’islam n’avait pas connu de rupture entre religion et science, alors que le christianisme, surtout le catholicisme, avait vécu une longue période de conflit avec celle-ci.

Selon eux, la science moderne n’est rien d’autre que la « science islamique » autrefois développée par le monde musulman de l’époque classique (celui des califats umayyade et abbasside), et finalement transmise à l’Occident, dans l’Espagne du XIIIème siècle, grâce à des traductions qui permirent ensuite la Renaissance et les Lumières.

Pour ces intellectuels à l’origine du courant « moderniste » de l’islam, il n’y a rien de mauvais, en principe, dans la science. Seules les distorsions imposées à la science par la vision matérialiste et positiviste des philosophes et scientifiques anti-religieux de l’Occident demeurent inacceptables.

La science moderne n’a pu naître dans le monde musulman, pourtant très avancé à une certaine époque, à cause des « superstitions » ajoutées à la religion d’origine, qui ont incité au fatalisme quiétiste plus qu’à l’action. A l’issue de cette prise de conscience de l’engourdissement (jumûd) des sociétés musulmanes, les modernistes appellent à la renaissance (nahdah), par la réforme (içlâh) de la pensée islamique. Cette position, très répandue dans le monde musulman, pose un certain nombre de questions épineuses, que l’on peut résumer en disant qu’il s’agit de savoir si la réforme doit conduire à « moderniser l’islam » ou à « islamiser la modernité ».

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Ce premier courant, sans doute majoritaire, considère donc, dans le sillage des réformistes des XIXème et XXème siècles, qu’il n’y a rien d’intrinsèquement mauvais dans la science. L’Occident, qui est actuellement le producteur des découvertes scientifiques, doit être blâmé seulement pour sa vision matérialiste et son indifférence à la morale. Ce que ce courant place sous le nom de science, ce sont essentiellement les sciences de la nature, et non les sciences humaines pénétrées des valeurs anti-religieuses de l’Occident.

La science est considérée comme pourvoyeuse de « faits » qui, en eux-mêmes, sont complètement neutres. Ce qui manque à l’Occident, c’est le sens de l’éthique que certains scientifiques occidentaux ont manifesté de façon personnelle, mais qui n’apparaît pas assez, ou pas du tout, dans les sociétés occidentales. Ainsi de grands scientifiques, comme le prix Nobel de Physique (1979) Abdus Salam (1926—1996), ont-ils pu se faire les avocats du développement de la science moderne dans le monde islamique. Ces défenseurs de la science rappellent les heures glorieuses de la grande époque de la science en islam, énumèrent la longue liste des savants musulmans « oubliés de l’histoire », et cherchent à construire un futur en promouvant le rôle émancipateur de l’éducation.

Ce courant connaît actuellement un essor considérable, tout en étant, parfois, récupéré à des fins apologétiques. En 1976, un chirurgien français, Maurice Bucaille (1920—) publia La Bible, le Coran et la Science où il étudiait les écritures saintes « à la lumière des connaissances modernes », et concluait à l’authenticité du Coran, en raison « de la présence d’énoncés scientifiques qui, examinés à notre époque, apparaissent comme un défi à l’explication humaine ». L’intention initiale n’était pas d’aborder les rapports entre science et religion en islam, mais de prendre part au débat des orientalistes, et des islamologues contemporains, sur le statut du Coran, en apportant des éléments en faveur de l’authenticité de celui-ci.

Cette idée des « preuves scientifiques » de la vérité du Coran fut propagée dans le monde musulman par les nombreuses traductions du livre de M. Bucaille, et amplifiée au point d’occuper une place dominante dans l’apologétique actuelle, où le thème traditionnel de « l’inimitabilité du Coran » (i’jâz al-qur’ân), une inimitabilité liée au miracle de la langue que Dieu a choisie pour transmettre Son Message aux hommes, est réinterprété comme une inimitabilité « scientifique » (i’jâz ‘ilmî), du texte sacré. Les « savants occidentaux » qui y sont mis en scène reconnaissent dans le Coran les dernières découvertes de la science moderne (cosmologie, embryologie, géophysique, météorologie, biologie), et affirment ainsi la vérité de l’islam. Etant donné l’importance de cette question, qui déchaîne les passions de ses partisans comme de ses détracteurs, qu’il me soit permis de m’y attarder un peu.

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Il me semble qu’il faut distinguer deux niveaux dans cette démarche, que j’appellerai, pour simplifier, celui des « faits », les faits qui font ce que le monde est, et celui des « faits scientifiques », les faits qui sont décrits par la science moderne et inscrits dans son discours, après avoir été mesurés, et mis en équation dans des théories scientifiques.

Tout musulman garde en mémoire ce que Dieu dit : « Nous n’avons rien omis dans le Livre » (wa mâ farratnâ fî-l-kitâb min shay). Croire au miracle du Livre, c’est donc ne pas refuser a priori que Dieu puisse y montrer des signes destinés à prouver la véracité du message. Le monde et le Livre résultent l’un et l’autre de l’Ordre de Dieu (al-amr). Ils ont, en quelque sorte, le même Auteur. Il est donc effectivement « miraculeux » que le discours coranique sur le monde mentionne des « faits », et soit conforme à ce que le monde est, tout simplement, parce qu’il n’y a pas de « double vérité », comme al-Ghazâlî et Ibn Rushd l’avaient déjà compris.

Dans le même temps, comme al-Ghazâlî et Ibn Rushd l’avaient aussi remarqué, Dieu nous demande d’aller contempler les merveilles de Sa Création pour y lire Ses signes. Cette démarche de compréhension du monde avec notre intelligence était celle de la philosophie, à l’époque de ces deux penseurs, mais c’est désormais celle de la science. Tout consiste donc à comprendre ce que Dieu veut nous révéler dans le texte sacré, et ce qu’Il veut nous dévoiler dans le monde.

Par la révélation, Dieu a délivré cette connaissance que l’homme ne pouvait acquérir par ses propres moyens, selon le verset : « Il a enseigné à l’homme ce que celui-ci ne savait pas » (‘allama-l-insâna mâ lam ya’lam). Car l’objectif de la révélation n’est-il pas, avant tout, de donner à l’homme les moyens d’adorer Dieu pour Le connaître, et d’être sauvé, si Dieu le veut, par cette adoration ? Mais Dieu, qui a insufflé en Adam de son Esprit (min rûhi), et lui a appris « tous les noms » (al-asmâ kullahâ), a aussi rendu l’homme capable de comprendre en partie le monde, assez pour y agir comme le vice-régent de Dieu (khalîfatu-Llâh fî-l-ard).

L’homme se doit donc d’explorer le monde avec son intelligence, pour répondre à l’ordre de Dieu. Cette exploration se fait par la science, aujourd’hui comme durant la grande période de l’islam, sous les califats. Or il faut être conscient que les développements scientifiques se construisent dans un contexte très particulier, de « va-et-vient » entre théorie et expérience. Les mots y acquièrent un sens technique spécial.

Aussi la recherche, non de « faits », mais de « faits scientifiques » quantifiables et mesurables comme la valeur numérique de la vitesse de la lumière, dans le texte coranique, résulte-t-elle d’un malentendu, tout simplement parce qu’en cherchant ces faits scientifiques dans le Livre plutôt que dans le monde, on se méprend sur l‘endroit où les chercher. Cette méprise est doublement problématique, pour la religion et pour la science.

Problématique pour la religion, car cette recherche, attirant notre attention sur les versets coraniques dans la seule perspective des phénomènes matériels, risque de nous faire perdre la perspective des vérités intellectuelles et spirituelles qui imprègnent chaque verset coranique ; problématique pour la science, car, en ne cherchant pas à comprendre tout le travail qui réside derrière les mots et les concepts scientifiques, et en se livrant parfois à des « acrobaties numériques » pour lire des quantités mesurables entre les lignes du texte sacré, on déserte la participation active à cette aventure contemporaine de la science, une aventure qui est pourtant indispensable au développement de nos pays et au bien de la ummah.

Revenons à la position du premier courant de pensée sur les relations entre science et religion. Pour lui, il n’y a qu’une seule façon de faire de la science. La « science islamique » de la glorieuse époque n’est autre que la science universelle, pratiquée par des scientifiques appartenant à la civilisation arabo-islamique. Mais cette position rencontre de fortes critiques. En effet, ses détracteurs disent qu’elle procède d’une vision « héroïque » de la science. C’est-à-dire une vision qui ne correspond pas à la façon dont la science se pratique réellement. Car celle-ci ne peut être dégagée du contexte social et culturel dans lequel elle s’élabore.

Fort de cette constatation, le deuxième courant de pensée refuse cette idée de science universelle, et met l’accent sur la nécessité d’examiner les présupposés épistémologiques et méthodologiques de la science moderne d’origine occidentale, qui ne sauraient être acceptés « en l’état » par le monde musulman. Ce courant se fonde sur les critiques émanant de la philosophie et de l’histoire des sciences. Karl Popper (1902—1994), Thomas Kuhn (1922—1996), et Paul Feyerabend (1924—1994), ont contribué, chacun à leur manière, à questionner la notion de vérité scientifique, la nature de la méthode expérimentale, et l’indépendance des productions de la science par rapport à l’environnement culturel et social où celles-ci apparaissent.

Dans un climat fortement marqué par le relativisme et l’anti-réalisme de la déconstruction post-moderne, les critiques musulmans de la science occidentale refusent l’idée selon laquelle il n’y aurait qu’une seule façon de faire de la science. Ils cherchent à fonder les principes d’une « science islamique », en enracinant la connaissance scientifique et l’activité technologique dans les idées de la tradition islamique et les valeurs de la loi religieuse (sharî’a), avec des nuances qui résultent des différences d’interprétation.

C’est ainsi que Isma’il Raji Al-Faruqi (1921—1986) a élaboré un programme d’islamisation de la connaissance, relayé par la fondation, en 1981, de l’International Institute of Islamic Thought, à la suite des expériences et réflexions de Musulmans travaillant dans les universités et les instituts de recherche d’Amérique du Nord. Ce programme est basé sur la constatation d’un malaise dans la communauté musulmane (ummah), qui trouve son origine dans l’importation d’une vision du monde étrangère à la perspective islamique.

Pour l’IIIT, l’islamisation de la connaissance est globale : elle part de la parole de Dieu qui peut et doit s’appliquer à toutes les sphères de l’activité humaine, dès lors que Dieu a créé l’homme comme son « représentant » ou « vice-régent sur terre » (khalîfat Allâh fî-l-ard). Les travaux de l’IIIT conçoivent un projet pour le développement de la pratique scientifique au sein d’une vision religieuse du monde et de la société. L’entreprise de l’IIIT vise d’ailleurs davantage les sciences humaines que les sciences de la nature, considérées comme plus neutres du point de vue méthodologique.

D’autres intellectuels, comme Ziauddin Sardar (1951—) et les membres de l’école de pensée plus ou moins informelle dite ijmâlî (ainsi auto-désignée en référence à la vision « synthétique » qu’elle propose), sont aussi conscients de la menace que fait peser sur l’islam la vision du monde occidentale apportée par la science. Profondément influencés par l’analyse kuhnienne du développement scientifique, ils constatent que la science et la technologie venues d’Occident ne sont pas des activités neutres, mais participent d’un projet culturel, et deviennent un outil pour la propagation des intérêts idéologiques, politiques et économiques de l’Occident. Pour importer la science et la technologie modernes en islam, il faut reconstruire les fondations épistémologiques de la science, dans la perspective d’interconnexion entre les différents domaines de la vie humaine qui est propre à l’islam. Sardar lui-même compare la position des ijmalis à celle d’Al-Ghazâlî.

Le troisième courant de pensée islamique est marqué par une réflexion approfondie sur les fondements métaphysiques de la vision du monde proposée par la tradition islamique. Seyyed Hossein Nasr (1933—) y apparaît comme la figure la plus importante. Il défend le retour à la notion de Science Sacrée. Ce courant trouve sa source dans la critique du monde moderne proposée par le métaphysicien français René Guénon (1886—1951), puis par des auteurs dans le sillage de celui-ci, comme Frithjof Schuon (1907—1994) et Titus Burckhardt (1908—1984), tous musulmans d’origine occidentale. Guénon explique comment la civilisation occidentale moderne représente une anomalie, dans la mesure où elle est la seule civilisation de l’humanité à s’être développée sans se référer à la Transcendance.

Guénon rappelle l’enseignement universel des religions et traditions de l’humanité, qui sont autant d’adaptations de la Tradition primordiale, d’essence métaphysique. La destinée de l’être humain est la connaissance d’ordre intellectuel des vérités éternelles, et non l’exploration des aspects quantitatifs du cosmos. Dans cette perspective, Nasr dénonce, non le malaise de la communauté musulmane, mais celui des sociétés occidentales, obsédées par le développement d’une connaissance scientifique ancrée dans une approche quantitative de la réalité, et par la domination de la nature qui aboutit à la destruction pure et simple de celle-ci.

La position de Nasr et des autres défenseurs de ce courant traditionnel, que certains ont choisi d’appeler « pérennialiste » (par référence à la Sophia perennis dont ils sont les transmetteurs), s’ancre non seulement dans une critique de l’épistémologie occidentale, mais dans une remise en question profonde de la conception occidentale d’une réalité réduite à la seule matière. Les pérennialistes proposent une doctrine de la connaissance comme une succession d’épiphanies, où la vérité et la beauté apparaissent comme des aspects complémentaires de la même réalité ultime. Ils appellent de leurs vœux le rétablissement d’une vision spirituelle du monde, et la réhabilitation de la « science islamique » traditionnelle qui préservait l’harmonie de l’être dans la création. En revanche, les critiques de cette position radicale l’accusent d’un certain élitisme, et mettent en avant la difficulté à réaliser son programme dans les circonstances actuelles.

Les différents courants de la pensée musulmane contemporaine témoignent d’une activité de réflexion intense sur les rapports entre science et religion. Le monde universitaire musulman agit ici comme un melting pot où de nombreuses idées d’origine islamique ou occidentale sont ré-élaborées dans la recherche d’une synthèse. Les éléments fondamentaux restent ceux de la pensée islamique : l’affirmation répétée de l’unicité de Dieu qui unit à la fois la création et l’humanité, la nature ouverte du processus même d’acquisition de la connaissance du monde, qui est par essence illimité puisqu’il a pour origine et pour terme la connaissance de Dieu, l’étroite interconnexion de la connaissance et de l’éthique, enfin la responsabilité de l’homme sur terre en tant que vice-régent, qui doit user du monde sans en abuser et se comporter comme le bon jardinier dans le jardin. Par ailleurs, la métaphysique qui sous-tend l’épistémologie et l’éthique est profondément marquée par la dialectique du visible et de l’invisible.

Les phénomènes y sont les signes de l’action divine dans le cosmos. Dieu est d’ailleurs présent dans le monde, dont il ne cesse de « renouveler la création » à chaque instant (tajdîd al-khalq). L’articulation de cette affirmation avec la causalité, dans le déterminisme et l’indéterminisme de la science moderne, reste encore à élaborer.

La réflexion critique sur l’élaboration même de la science, comme activité marquée par une culture, est maintenant bien inscrite dans le débat. En revanche, il faut constater que les derniers développements de la science contemporaine, notamment ceux qui concernent l’incomplétude en mathématique, l’incertitude en physique quantique, l’imprévisibilité en théorie du chaos, ainsi que les interrogations de la biologie sur l’évolution, et des neurosciences sur la conscience, n’ont sans doute pas été assez médités. Ces développements peuvent en effet fournir d’intéressantes pistes pour briser la vision réductionniste et scientiste du monde, et constituent une sorte de pierre d’attente pour une métaphysique et une épistémologie qui puissent donner du sens à la science telle qu’elle se fait dans les laboratoires et instituts de recherche.

Il s’agit finalement de fournir un contenu au terme de « science islamique ». La question est la fois du domaine de l’éthique (personnelle et collective), de l’épistémologie, et de la vision du monde (on dirait en allemand la Weltanschauung) de nature métaphysique qu’elle présuppose. Chaque courant de pensée doit faire face, lors du passage de la théorie à la pratique, à des problèmes spécifiques qui résultent de sa position particulière, mais aussi des difficultés économiques et sociales du monde musulman.

En tout cas, il est indispensable de susciter rapidement, chez les universitaires et les étudiants du monde musulman, un intérêt pour cette question qui puisse dépasser le simple recours à la vulgarisation scientifique. Les musulmans doivent retrouver le goût de tous les ordres du savoir, conformément à l’ordre de Dieu. L’avenir de la contribution de la civilisation islamique au développement de la connaissance universelle dépend en partie de la réponse qui sera donnée à cet appel. Wa-Llâhu a’lam.

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26 commentaires

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  1. Bonjour Mouhib,

    Je pense que vous confondez métaphysique et religieux. La métaphysique est avant tout une branche de la philosophie et se distingue du religieux.

    On peut définir la métaphysique comme seulement ce qui est au delà des sens ou encore en posant un « être » au-delà des manifestations, des phénomènes physiques. Pour moi, c’est surtout ce qui est de manière plus radicale au delà des mots, en interprétant peut être mal et à ma manière Wittgenstein.

    La matière ne me parait pas être un concept métaphysique quoiqu’il en soit. Il renvoie bien à nos sens. C’est l’interprétation de sa nature qui montre à un moment donné un présupposé métaphysique, celui de Démocrite, qui nous renvoie à l’être. Plus précisément c’est un changement d’échelle qui nous fait passer d’une interprétation physique à une interprétation métaphysique. A l’échelle humaine, personne ne s’interroge sur la nature de la matière, solide, en ce qu’elle renvoie à une expérience sensible au quotidien, celle du toucher. A une échelle sub nucléaire, cette interprétation se révèle s’appuyer sur un présupposé métaphysique qui en même temps s’effondre : on s’attendait à des « atomes » stables de matière, on cherchait de l’être et on découvre un monde évanescent, un déploiement de phénomènes sans « être » saisissable. Mais on peut lui substituer une autre interprétation qui me parait physique et qui est vraie à toutes les échelles, celle d’Héraclite (« tout s’écoule ») : la matière est flux. Car même à l’échelle humaine on constate le changement. Il suffit de relier la matière au temps. On sauve par la même occasion l’immanence en se passant de la transcendance. On peut néanmoins en fournir une interprétation métaphysique : l’être est devenir ou encore considérer que l’être est toujours caché derrière le devenir que manifestent des étants. Mais surtout la matière comme le temps ou l’espace possèdent une dimension sensible mais aussi une dimension conceptuelle qui nous empêche de les définir de manière absolue. Car quand on rentre dans le langage, on n’est pas seulement confronté à des concepts un à un mais à un système qui leur donne leur sens : on ne comprend un concept qu’en relation avec d’autres.

  2. Mouhib,

    Si j’ai bien compris, vous êtes adepte de Sadr qui prétend que le raisonnement à la base de la science est le même que celui à la base de la foi, sur la base d’une conception étendue de la logique inductive. Pourquoi pas ?

    Mais si l’on regarde l’activité scientifique, elle ne produit que des “vérités” partielles, valables dans certains contextes et sous certaines conditions. Pourquoi la logique inductive aboutirait à une vérité absolue qui serait transcendante ? Et pourquoi la transcendance prendrait la forme d’un dieu unique et personnel ? Et quand bien même ? Pourquoi devrions nous en plus croire que nous sommes au centre des attentions de cette transcendance, que nous formerions un couple avec elle (le créateur et la créature destinée à l’adorer), que nous avons une âme, qu’elle survit à la mort, que nous attendent un paradis et un enfer dans l’au-delà en rétribution de nos actions ici bas ? En quoi la logique inductive nous ferait arriver à de telles conclusions ?

    Mais vous prenez peut être l’hypothèse que les révélations sont la preuve de la transcendance alors qu’elles sont peut être le fruit plus ou moins inspiré d’hommes, ceux que vous appelez les prophètes. Qu’ils disent à peu prés la même chose ne prouve pas plus l’idée d’une transcendance puisqu’ils s’inscrivent dans une filiation. Par ailleurs, il y a d’autres religions qui tiennent des discours différents en s’appuyant aussi sur des livres qui contiendraient également des “vérités”. Et ces religions sont plus compatibles avec mon esprit scientifique, effectivement positiviste et nominaliste. Je crois ainsi au pouvoir créateur de l’esprit ainsi qu’aux limites des concepts qu’il produit et l’amènent à buter sur des paradoxes en dehors même de toute réalité objective. Je ne sais pas s’il existe une réalité indépendante mais dans tous les cas, je crois qu’elle est elle-même paradoxale. Et si je fais un saut métaphysique, j’en viendrais sans doute à croire que l’esprit et la réalité sont de même nature, voire que l’esprit est la réalité. Ainsi Dieu ne pourrait être qu’une création de l’esprit, celle qui l’entretient dans sa toute puissance et le console de la mort. Dieu à l’image de l’homme n’est jamais qu’une proposition symétrique si ce n’est équivalente à l’homme à l’image de Dieu.

    • Merci pour cet échange Zarathoustra. Je n’ai ni de théories ni de modèles métaphysiques prêts à l’emploi. Je n’ai que des intuitions, et celles-ci sont à la base de la science. Et il me semble que ma foi en Dieu ne repose pas que sur l’invisible mais aussi, je dirais surtout, par mon expérience et l’observation du monde naturel et social.
      Cela peut être de simples chimères ou des hallucinations selon les uns, mais selon d’autres ces certitudes sont assises sur des fondements solides du point de vue des canons de la science elle-même.

      En outre, j’attire juste votre attention sur le fait que la matière comme moteur premier, comme socle ultime, est un postulat non moins métaphysique, non moins transcendantal. Vous me répondrez mais qui alors créé votre “postulat”.
      Justement, S. Hawking dans l’un de ses derniers ouvrages (lu en arabe), il posait la question de savoir qui aurait alors créé ce Dieu, origine du monde, posé comme postulat par les croyants? S’il avait lu la scolastique, il aurait su que l’être comme événement à partir du néant n’est pas l’être nécessaire, l’être qui n’est pas précédé par le néant.
      Bref, on ne peut séparer la physique et ses branches de la philosophie et de la théologie. C’est pour moi un non sens.

      Merci pour ces échanges fructueux.
      A bientôt
      Mouhib

  3. Mouhib,

    Merci de votre réponse. J’essaie de vous répondre demain. J’ai bien lu (enfin … diagonalisé) votre article en 3 parties a propos de Sadr sur mizane.

    Bonne soirée

  4. A propos de la “Shophia Perennis*”, voilà ce que j’ai trouvé et qui rejoint en bien des points l’idée que:

    ” la science moderne n’est rien d’autre que la « science islamique » autrefois développée par le monde musulman de l’époque classique (celui des califats umayyade et abbasside), et finalement transmise à l’Occident, dans l’Espagne du XIIIème siècle, grâce à des traductions qui permirent ensuite la Renaissance et les Lumières.”

    * Qu’est-ce que la Sophia Perennis ?

    Le monde est tissé de deux dimensions majeures, la rigueur mathématique et la douceur musicale ; les deux s’unissant dans une homogénéité supérieure qui relève de l’insondable Être même de la Divinité. [Racines de la condition humaine, Frithjof Schuon, p. 145-148]
    http://www.sophia-perennis.com/introduction-fr.htm

  5. Ismail Guiderdoni : « Guénon explique comment la civilisation occidentale moderne représente une anomalie, dans la mesure où elle est la seule civilisation de l’humanité à s’être développée sans se référer à la Transcendance. »

    Citer Guénon pour donner du poids à une réthorique n’est pas très futé.
    Le propos est très maladroit. Est-ce à dire que les Civilisations grecque, romaine ou égyptienne qui vouaient un culte aux divers divinités pondus par l’homme sont à ranger dans le rayon « Transcendance » ? Pharaon c’était de la Transcendance peut-être ? Quid de Jules Cesar qui recevait aussi les « murmures du ciel » ? Bref, « Transcendance » est devenu un mot fourre-tout.
    Pour le reste, quand on parle de « science islamique » c’est juste un non-sens. On tombe inévitablement dans le concordisme. Pourtant Nidhal Guessoum met souvent en garde contre le danger de faire du Coran un guide scientifique expliquant des phénomènes visibles ou invisibles. Le fossé entre Religion et Sciences (qui décrit le monde physique) s’est tellement creusé que tenter de concilier les deux n’est que pure aberration

  6. @Tahar. Je suis pleinement en phase avec vous pour l’essentiel. Les religions ne sont pas ce qui nous sauvera de la guerre ou d’autres formes de destruction. Elles savent parfaitement cohabiter avec ces dernières. La destruction comme la mort sont d’ailleurs dans l’ordre des jours, même si on peut s’en émouvoir à titre existentiel. Car l’impermanence est une loi (Héraclite disait déjà « tout change »), même si des religions promeuvent l’idée inverse de l’incorruptibilité, sous la forme d’un être suprême ou d’un paradis et nous permettent ainsi de juguler nos angoisses. Pour la dimension politique je m’en suis expliqué avec Mouhib dans un post à paraître.

  7. Mouhib.

    Je maintiens que l’enjeu est politique au sens où il s’agit d’un enjeu de pouvoir entre la science et la religion, votre religion. Ne considérez-vous pas ainsi qu’il faut subordonner toutes les activités humaines au sacré, dans le sens de votre religion ? Il s’agit donc pour moi d’un énième avatar de l’islam politique. Vous déplacez ainsi le débat sur des plans aussi éloignés que l’éthique (qui relève d’enjeux sociétaux) et l’éventuel malaise existentiel d’individus (aussi bien croyants que non croyants, scientifiques que non scientifiques), ce qui relève de la psychologie individuelle, voire d’une appréhension sociologique tout à fait contestable du type « on était bien plus heureux avant ». Vous suggérez ainsi que la religion, sans doute votre religion, est une « solution » à un « problème » de l’Occident qui dériverait finalement vers le « mal ».

    On ne discute pas en effet ici du rapport entre les religions au sens large et la science mais du rapport entre l’islam et la science, sous prétexte d’une faillite du monde occidental qui resterait à prouver en clarifiant déjà le point de vue que l’on adopte. Dans le cas contraire, vous rebondiriez sur ma référence aux spiritualités extrême orientales. Vous ne vous limiteriez pas non plus aux monothéismes abrahamiques. On pourrait en effet tout autant parler du chamanisme et de ses apports à la science. Le discours est donc orienté et biaisé d’entrée de jeu.

    Maintenant quel est l’interêt de revenir en arrière (car il s’agit bien d’un retour arrière) en réintroduisant l’hypothèse d’un démiurge dans la science ? Le mouvement scientifique s’arrête tout bonnement ? Mais à quel moment ? Au big bang pour dire qu’il provient de Dieu ? Qu’est-ce que ça apporte à la science c’est à dire à ce mouvement sans fin de recherche de connaissance ? Introduire Dieu c’est au final poser une limite conceptuelle ou éthique à la science, au nom d’une certaine croyance. Et se pose alors la question du choix de cette croyance plutôt que telle autre. A moins de diluer toutes les religions dans une tradition primordiale, il ne peut y avoir que débat, division et finalement combat à ce sujet. Et que faites vous des athées dans votre science islamique ? Vous ne croyez pas qu’ils ressentiront aussi un certain malaise existentiel ?

    • “L’islam politique” dites-vous pour argumenter, voilà une belle inquisition d’un autre temps. Vous ne faites que confirmer le manque d’ouverture de ceux-là qui appellent à l’excommunication du religieux et du sacré en dehors de la communauté des élus de la vérité absolue.
      Merci pour votre réponse. Je n’en retiendrai que le dernier paragraphe qui pose cependant des questions bien plus sérieuses que ce nom d’oiseau “islam politique”.

      À un de ces jours sur un autre article.

      • Mouhib. Dites moi concrètement qu’attendez vous de la science ? Qu’elle intègre vos croyances dans ses modèles et théories ? Quelles croyances ? Quels modèles et théories ? A un moment donné il faut être concret et sortir justement de l’idéologie.

        • Zarathoustra,

          J’attends de la science qu’elle soit dans une attitude d’écoute, d’écoute envers ceux qui ne partagent pas sa foi positiviste, mais qui veulent dialoguer, et d’écoute aussi envers ce monde, cette nature non plus en tant que substance à dominer et asservir à l’homme comme le stipule la dogme positiviste (cf. Le rationalisme cartésien) mais en tant que partie de l’être à étudier. Ses modèles et ses théories sont parfois d’ordre nominaliste et ne correspondent pas forcément au Réel, ce décalage créé la “crise écologique” (J.L Marion, un célèbre philosophe  très catho de l’académie française).
          J’attends surtout de la science moderne qu’elle prenne conscience qu’elle est une discipline étudiant une partie de l’être, et non pas l’être, le Réel dans sa totalité. Elle n’étudie qu’un “aspect” de la nature et inattentive aux autres dimensions de l’être. Pour ce faire il faut que la science se mette à penser, à se penser autrement, et l’épistémologie actuelle ne suffit pas, ou bien il faut enrichir cette épistémologie en mettant à plat les croyances originaires de la science moderne (ses sources philosophiques depuis l’antiquité, ses séquelles gardées des conflits avec le christianisme…).

          Il n’y a pas qu’une seule physique possible, il y a une “physique spirituelle” (Ch. Jambet, “L’acte d’être”, à popos de Molla Sadra, p. 215) qui n’occulte pas l’étude du monde sensible mais la replace dans un plan bcp plus large : “La physique sadrienne du mouvement n’est en rien une physique matérielle. Il s’agit d’une physique spirituelle, au sens où l’on parle d’exercices spirituels (…) pour faire culminer la conception de la causalité dans une physique des lumières, où la cause des phénomènes est systématiquement assignée à une réalité spirituelle. Cela a lieu à l’époque où, en Occident, s’opère la rupture décisive qui permet la conception de l’étendue et des forces matérielles. Le divorce entre les deux mondes est évident” (p 217). C’est Christian Jambet qui parle, pas un islamiste imaginaire qui plane sur les plateaux de BFMTV.

          Quant à la foi religieuse, elle peut être fondée sur une démarche inductive et expérimentale, donc scientifique et en atteignant une certitude objective similaire à celle qu’on atteint parfois dans l’étude de la nature (lire mon compte rendu de l’ouvrage de M. B. Sadr sur le site mizane).

          Bref, j’attends de la science qu’elle se pense autrement qu’elle ne l’a fait jusqu’à présent. Et bcp de scientifiques chevronnés s’inscrivent dans cette même perspective.

          Je m’arrête là. A bientôt.

          Mouhib Jaroui

  8. Je vois que les religieux athéenéens sont nombreux ici à défendre le scientisme. La perspective qui semble avoir échappé à tout le monde est que le monothéisme n’est en rien contredit par la science. C’est très loin d’être le cas pour l’islam et le Noble Coran. Je peux comprendre que dans leur vision scientiste du monde, ils croient détenir grâce à leur religion athéenéenne la bonne vision. Mais ceux qui ne voient pas où cette vision nous entraîne car immorale semblent être aspirituels sans aucune vision objective du réel.

    Je note néanmoins que certains ici commencent à reparler du christianisme sans le dénigrer. C’est bien mais si pour vous le clergé chrétien et ses valeurs humanistes sont en accordance avec la société occidentale de nos jours et ont permis l’éclosion de la modernité occidentale, revenez-y vite. Si pour vous les valeurs occidentales sont universelles, allez demander cela aux autres habitants de la planète dont nous profitons allégrement et charitablement de leurs ressources en escroquant femmes et enfants africains qui meurent de faim. Le matérialisme c’est tout pour sa gueule, regardez-nous, on est super bien. La sprititualité véritable c’est la vision du monde et de l’univers. C’est la prise en compte de l’humanité et pas uniquement sur le papier. Encore de nos jours, ce sont les sociétés musulmanes qui sont les plus accueillantes bien qu’en mauvaise posture économique, militaire et politique.

    C’est la libération de l’Homme chrétien du clergé dogmatique qui a permis, dans une redéfinition libre, sensée et scientifique de l’unicité de Dieu, la renaissance occidentale. La critique islamique explique justement que le christianisme devrait dire UN au lieu de trois et cesser de prendre des seigneurs en dehors de l’Unique tout autant d’arrêter de professer que Dieu aurait engendré. L’histoire a donné raison au Noble Coran.

    De nos jours, l’apologie de l’athéisme scientiste est en train de détruire nos sociétés avancées et plus largement le monde à cause d’un athéegrisme de plus en plus forcené et dogmatiquement idéologique qui pénètre dans toutes les théories scientifiques aboutissant à une nécrose lente mais certaine de l’esprit et de la diversité de pensée en science.

    Être laïc, c’est faire partie de l’esprit christique non clérical mais toujours sous domination spirituelle du clergé. Être laïque, c’est être athée sans aucune religion autre que l’athéisme. Les deux n’ont aucune capacité spirituelle au premier sens du terme et sont donc obligatoirement assimilés par le matérialisme et le scientisme. Être musulman, c’est être en concordance avec la laïcité en tant que droit, c’est avoir la véritable spiritualité de la laïcité : pas de clergé en islam, nulle contrainte en religion et à chacun sa religion.

  9. @Tahar. Absolument d’accord avec vous également. On sent bien qu’il y a un enjeu (politique comme toujours) pour l’islam à se positionner vis à vis de la science. L’inverse n’étant absolument pas vrai. La science n’attend rien de l’islam pas plus que les sociétés occidentales. On sent ainsi derrière les réflexions exposées par l’auteur plusieurs tendances chez certains musulmans : penser l’islam comme une solution aux problèmes du monde (pourtant on pourrait déjà s’interroger à bon droit sur ce qu’il permettrait de résoudre dans les pays où il prévaut) et penser l’Occident et sa « modernité » comme des problèmes pour l’islam (pourtant des études comme celles d’Askari tendent à montrer que les pays occidentaux seraient plus « en phase avec l’islam » que les pays musulmans en matière de développement économique et humain et ce, sans en passer par l’islam).

    • @Zarathoustra.
      Je ne croit pas qu’il y ait enjeu politique ici, l’auteur étant astrophysicien et me semble-t-il d’origine occidentale ; cela n’est pas une preuve de ce que j’avance mais de simples arguments pour dire que l’auteur pose de vraies questions aux scientifiques musulmans… ou alors l’auteur lui-même ne se positionnant pas clairement, trouve de ce fait des ponts entre science et religion, ponts pas du tout évidents ni réels, donc forcément d’ordre métaphysique ou, si on veut être méchant, carrément mythique.
      ”Métaphysique” n’est-il pas un terme gentil et savant pour ”esprit, âme, au-delà… etc.”, ce qui pourrait aussi bien être ”chimères, sirènes et autres fantômes…”. Car jusqu’à preuve vérifiable tout cela demeure croyance en la chose et en les gens qui l’avancent et l’affirment.

      Autrement dit ; la science produit scanners, avions, laptops… etc, Que produit la religion ? Que produit la métaphysique ?
      Au pire guerres et domination des uns par les autres. Au mieux fraternité et élévation de conscience (morale, vision, perception affinée…). Mais cela n’est pas spécifique ni à la religion ni à la métaphysique ou la spiritualité ; cela relève aussi de la psychologie, de la sociologie… et de la neurologie.
      Il existe des bases biologiques (neurophysiologiques) à la méditation, à la perception, l’empathie… etc, (cf. Antonio d’Amasio ; ”Self comes to mind” traduit par ,,L’autre moi” me semble-t-il.

  10. Je ne comprends pas la nécessité, pour l’auteur, de blâmer l’Occident pour “sa vision matérialiste et son indifférence à la morale” et “pour ses valeurs antireligieuses”. Ces propos sont injustifiés et montrent soit une méconnaissance du processus d’éclosion des valeurs occidentales, soit une volonté de biaiser la réalité.
    “Indifférence à la morale” ? Mais la morale occidentale, profondément inspirée par les racines chrétiennes, a simplement été sécularisée et “sortie” de sa coquille religieuse. Elle existe et a été constitutionnalisée dans les différents pays.
    “Valeurs antireligieuses” ? L’auteur confond le fait qu’en Occident, la religion a quitté de fait la sphère politique et publique, avec une prétendue valeur antireligieuse. C’est évidement un contresens, sauf à considérer que la religion ait à régir la vie publique.
    Quant au matérialisme, il existe bien ailleurs qu’en Occident, sans qu’il faille le considérer comme une caractéristique de l’Occident, mais comme une tendance de l’humanité.
    Ces assertions jette tout de même un voile de discrédit sur le texte.

    • @Didier. Absolument d’accord avec vous ! Vous m’avez retiré les mots de la bouche. Je préparais en effet un texte dans ce sens. Les principes moraux chrétiens se sont incarnés dans les lois et les valeurs universalistes de l’Occident. Ils vivent également dans les préoccupations éthiques tant philosophiques que scientifiques ou politiques comme l’écologie. La vérité c’est que la foi a titre individuel et la religion à titre collectif se sont intériorisés en Occident. Chez les musulmans c’est exactement l’inverse que l’on voit se produire, y compris à travers ce texte : la religion doit s’extérioriser, se démarquer et au final subordonner toutes les activités humaines à sa vision du monde.

    • @Didier,

      Je crois que vous n’avez pas saisi le sens et les implications de la sécularisation. Elle signifie l’autonomisation des différentes sciences (notamment) par rapport à la religion, par rapport au sacré et à toute considération métaphysique. De ce fait, le monde sensible est étudié du point de vue de l’immanence, dans un univers prétendument sans Dieu ni métaphysique, un univers qui ne s’explique que par lui même , par la matière uniquement, et certainement pas par un Démiurge.
      Et il est donc tout à fait normal que des chercheurs et des intellectuels religieux veuillent mettre les points sur les i, en rappelant  cette co-appartenance intime originelle entre l’étude du monde sensible et les considérations métaphysiques, autrement dit en remettant en cause cette scission qui repose sur une fiction, mais hélas performative et constituante, qui fait advenir une réalité étrange quand elle n’est pas hostile au sacré.

      Bcp d’hommes de science ressentent cette espèce de schizophrénie quand ils partiquent la science sans aucun rapport ni théorique ni pratique avec leur foi. Plus drôles sont ces scientifiques plus ou moins agnostiques qui, arrivés à un âge relativement avancé, se mettent enfin à se poser des questions métaphysiques, comme si ce qu’ils avaient étudié après tant d’années ne leur permettait pas de vieillir et mourir dignement. Car tel est le fond de la question, mes semblables, mes frères!

      • Je crains, mais je crains que ce soit vous qui interprétiez le mot “sécularisation” hors de sa signification admise, à savoir ” action à soustraire à l’influence des institutions religieuses des fonctions ou des biens”. Ce mot ne signifie rien d’autre et ne nécessite aucun ajout ou restriction pour le faire coller à une thèse. Je l’ai utilisé à bon escient.

  11. Ce qu’il faut comprendre par “pas assez médité” :
    C’est le réflexe musulman, devant toute nouvelle avancée scientifique, un retour aux sources s’impose, une réinterprétation des textes sacrés pour y trouver une concordance.

    • @Leo… peut-être, mais aussi peut-être pour dire qu’il est trop tôt pour en tirer des conclusions ; la question n’a pas été cernée dans sa globalité.
      Mais si par méditation il est entendu une certaine pratique religieuse-spirituelle-métaphysique…. alors le glissement n’est pas justifié, ce qui ne signifie pas d’emblée qu’il est faux, mais pour l’heure relève de la croyance ou de la foi, mais pas de la science telle qu’elle est définie.

  12. A la suite de la première partie de cet article je me suis demandé si vraiment pouvait exister un dialogue entre science qui admet ses limites et une religion qui ne le fait pas ; comme si fatalement on devait aboutir à la subordination de la science à la religion. Ce que semble confirmer cette deuxième partie.
    En effet, est avancé que les derniers développements de la science (incomplétude, incertitude, imprévisibilité et interrogations…) n’ont sans doute pas été assez médités. Que signifie cela ? Pas médité? Pas assez ?

    Ces développements peuvent en effet fournir d’intéressantes pistes pour briser la vision réductionniste et scientiste du monde, et constituent une sorte de pierre d’attente pour une métaphysique et une épistémologie qui puissent donner du sens à la science telle qu’elle se fait dans les laboratoires et instituts de recherche.
    ”réductionniste et scientiste” ? de la vision scientifique on glisse vers vision scientiste ? Ce n’est pas sérieux.
    ”peuvent fournir…” ? Rien ne le garantit ; ” pourraient fournir…” serait plus adéquat. Et pourquoi métaphysique ? Pourquoi pas : ” tout autre chose de complètement inattendu” ? de nouveau ? d’inimaginable… ? etc.
    Ce n’est pas parce que la science n’a pas de réponse à certaine question qu’elle devra les chercher chez les imams et les mollahs, car elle ne les a pas trouvé chez les pasteurs et les prêtres. Sauf s’il s’agit de scientisme !!!

    La vraie question est peut-être autre ; et l’auteur le confirme en disant ; ”Il s’agit finalement de fournir un contenu au terme de « science islamique ». -En tout cas, il est indispensable de…. (voir la suite dans le texte)

    Il semble donc qu’il ne soit en effet pas question de dialogue, mais de motiver les scientifiques musulmans à se définir et à se déterminer ; et si leurs visions du monde est autre que celle de la science, ils doivent absolument se positionner et contribuer aux questionnements de la science pour y apporter leurs propres éléments… faute de quoi, s’ils n’y apportent rien, c’est que peut-être, il n’y a rien à y apporter.

  13. Un bon panorama des différentes approches sur la question. Merci.
    J’irai rapidement droit au but sans introduction ni généralité.
    Dans la 1ere partie vous semblez admettre la distinction entre science et métaphysique (c’est comme ça que vous distinguez l’approche de cette vieille dame et le scientifique). Or depuis Aristote au moins, cette distinction n’existait pas vraiment. Dans sa Physique par exemple, il est question à la fin de cet ouvrage du “premier Moteur”, il est donc question de métaphysique au sens contemporain du terme et qu’il ne dissocie pas des objets en mouvement et corruptibles. Bien plus, dans “la philosophie theoritique”, dans le livre E de sa “Metaphysique” (titre donné après sa mort) il y place 3 sciences : les maths, la physique ET la “théologie” ou la “philosophie première” ou métaphysique dirions nous aujourd’hui. Avec une plus grande importance accordée d’ailleurs à celle-ci. Tout ceci pour vous dire que cette opposition entre science et métaphysique est assez récente et relève j’ai envie de dire d’un accident ou d’une contingence de l’histoire. Une opposition accentuée par Descartes selon H. Nasr mais aussi tjrs selon lui et à mes yeux aussi par le premier des sceptiques E. Kant (qu’il faut donc ajouter à votre liste, Nietzsche, Marx et Freud). Il n’est pas étonnant que H. Nasr parle de “méfaits de la philosophie” en qualifiant cette aventure désastreuse de “misosophie” (haine de la sagesse). Ironie du sort, des philosophes contemporains sont allés jusqu’à dire que la science moderne à pour origine la métaphysique et qu’elle “ne pense pas” (Heidegger).

    Donc, oui, il est plus qu’urgent de repenser l’épistémologie de la science moderne – la science hégémonique- à commencer par casser les frontières entre la métaphysique et l’étude du monde sensible en tant qu’il ne s’explique pas par lui même ni se suffit à lui même. Cela suppose également de ne plus distinguer raison théorique et raison pratique (la morale), point de raison théorique sans raison pratique, et donc cesser de dénigrer l’esprit normatif.

    Enfin pour répondre à l’aimable Zarathoustra dans la première partie du texte, certes les philosophes musulmans se sont bcp inspirés des grecs mais ils l’ont fait parfois de façon critique, après de longues lectures, je m’aperçois que ce contact était inévitable puisque chez les grecs il était question de dieux, de forme, d’eidos, de ousia, de noùs, de causes, de Moteur premier…autant de concepts-outils qui leur permettaient d’enrichir leur pensées propres, mais non sans égarement parfois (c’était le risque à prendre de cet emprunt qui est à mes yeux plus linguistique que doctrinaire), exemple de l’impossibilité pour Dieu de penser les choses particulières chez Aristote reprise par Avicenne et donc sorti de l’islam par Ghazali. Oui, ils n’ont pas fait que reprendre ce langage grec mais ils l’ont intégré à leur théologie propre, en opérant des ajouts, des suppressions et des critiques. C’est certain. Mais c’est ce que cet arrogant d’E. Renan ne voulait pas comprendre, c’est à cause de lui que cette idée reçue circule dans le monde entier (lire son Averroes et l’Averroisme). Et quand bien même ils n’auraient fait que traduire et commenter (ce qui est faux), il faut d’abord comme le remarque A. Koyré être soi même un fin philosophe pour traduire et commenter des écrits philosophiques d’une telle complexité (comme la Métaphysique d’Aristote qu’Avicenne a “lu 40 fois!”).

    Petite correction, IIIT dans lequel j’ai eu la chance d’étudier traite aussi des sciences de la nature, surtout de l’épistémologie applicable aux sciences dites dures, et pas seulement des sciences humaines. Une nouvelle génération issue des regrettés Farouqui et Alawani poursuit le travail en étant attentive aux questions plus actuelles sur la question.

    Allah al-âlim.

    Mouhib Jaroui

    • Bonjour non moins aimable Mouhib Jaroui 😉

      Vous connaissez mon point de vue. Sinon je le résume : les scientifiques s’approprient et innovent tout à la fois. C’est vrai à toutes les époques et dans toutes les civilisations. La question aujourd’hui n’est donc plus l’antériorité ou la supériorité de telle civilisation sur telle autre. Elle ne porte pas plus en définitive sur les scientifiques dans leur ensemble : ils continueront à s’approprier des éléments externes à leur discipline respective et à innover. Je pense en revanche qu’aujourd’hui cette appropriation ne passe pas par l’islam (qui a fait son temps de ce point de vue comme le christianisme) mais par les spiritualités extrême orientales. Car ce qui n’a pas été « assez médité » par l’islam est déjà prêt à l’emploi dans ces visions du monde et de l’homme. La question porte en fait sur les scientifiques musulmans qui risquent bien d’être ostracisés par leur communauté ou coupés d’elle, d’un côté, sur le monde musulman qui au lieu de rattraper son retard risque de régresser plus encore, de l’autre. La « renaissance islamique » que beaucoup de musulmans semblent appeler de leurs vœux pourrait donc bien consister à trancher le noeud gordien.

      L’entreprise du IIIT semble bien plus politique que scientifique. Intéressante intellectuellement, mais vaine dans la pratique pour ce que j’en comprends. J’ai lu, il fut un temps, également Popper, Kuhn, Feyerabend ou Lakatos. Mais surtout j’ai fait de la science. La science est un mouvement qui part d’un questionnement proprement humain et sans fin. La science est donc d’abord une entreprise humaine. Les scientifiques font la science, en faisant de la science et pas de la politique. Un scientifique ne participe pas d’une communauté nationale mais internationale. La science est ainsi devenu un langage universel par le biais des mathématiques entre autres et n’a pas vocation à devenir une nouvelle tour de Babel. La notion de science islamique n’a donc aucun sens pour moi. Que la politique instrumentalise la science, c’est incontestable comme le décrit Stengers. Qu’elle oriente aussi le champ des recherches à travers des soutiens par exemple financiers l’est tout autant. Mais si la philosophie peut être un lieu d’échange plus ou moins fécond entre la science et les religions, la politique restera celui de l’affrontement avec ses conséquences éventuellement désastreuses. Car vous le savez : « la guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens » (Clausewitz).

      Cordialement

      • @Zarathoustra,

        S’agissant de IIIT, c’est une association de chercheurs, docteurs et d’éminents penseurs. C’est une structure qui est née aux USA indépendamment des pays musulmans et indépendante financièrement.
        D’ailleurs c’est parce qu’elle a émergé aux USA qu’elle a connu un tel succès, loin de ces pays “musulmans” défaillants institutionnellement, donc strictement rien à voir avec le politique.
        Je ne vois même pas ce que la politique vient faire dans ces débats purement épistémologiques ( même si la science, y compris moderne, est loin d’être “neutre” comme le dit à tort l’auteur de l’article,  car les paradigmes au sens de Kuhn ne sont pas toujours  uniquement scientifiques, il faut lire un peu la sociologie des sciences ).

        Je crois peut être que vous voulez parler plutôt d’idéologie au lieu de ce terme inadéquat, “politique”. Dans leurs travaux initiateurs de l’islamité de la connaissance, ils sont clairs sur le fait qu’il ne s’agit pas de biaiser les théories scientifiques par des postulats religieux invérifiables, mais plutôt de faire le lien entre ces deux champs jusque là séparés, et parfois en conflits. La pensée religieuse a bcp à apprendre de la science moderne, de même que celle-ci a bcp à apprendre de celle-là. Les deux ont à y gagner. Si la pensée religieuse présente parfois des éléments idéologiques non scientifiques, la science moderne n’est pas moins idéologique au moins par son paradigme de l’immanence – une vision qui est au fond métaphysique – qui ne laisse aucune place au sacré dans ce monde quelque peu aliènant.

        Et pour finir, avec toute objectivité et sincérité, je peux vous assurer que les scientifiques d’aujourd’hui sont très probablement bien plus dogmatiques que les religieux. Aujourd’hui très peu de religieux remettent en cause les résultats de la science, en revanche peu de scientifique sont prêts à accorder un quelconque crédit au discours religieux sur le monde sensible, le même objet d’étude pourtant, à ceci près qu’il est rapporté au divin. Dogmatisme oblige du côté des scientifiques, hélas.

        Mais bon, s’il faut aux “scientifiques” encore un peu plus de temps pour gagner en maturité, pourquoi pas, l’éthique religieuse nous impose la patience et la persévérance 😉

  14. « Les musulmans doivent retrouver le goût de tous les ordres du savoir, conformément à l’ordre de Dieu ». Vous avez bien résumé le problème. Tant que les développements très intéressants que vous exposez n’auront pas été compris ni évalués en termes de conséquence pratique, le monde musulman sera à la remorque.

    En revanche, je pense que vous faites une erreur d’appréciation majeure concernant l’éthique de la science et plus généralement des sociétés occidentales. La morale chrétienne a diffusé et imprégné les sociétés occidentales. Elle s’incarne dans les lois mais également dans les valeurs universalistes laïques. Qu’elle se concrétise pleinement est une autre question. L’éthique a aussi toujours été un thème de prédilection de la philosophie. Elle est également une préoccupation dans le domaine de la science, notamment du vivant à travers les lois de bioéthique par exemple.

    Quant à la préservation de la nature en « bon jardinier » et la recherche d’une harmonie entre l’homme et son environnement, elle est de plus en plus prégnante avec le développement de la conscience écologique.

    Je pense donc au final que le monde occidental a au contraire intériorisé ses principes religieux, de même que les croyants ont intériorisé leur foi. Et cette intériorisation a produit de la profondeur. Les musulmans semblent eux de plus en plus préoccupés par l’extériorisation de leur croyance, l’ostentation de leur religion. On dirait qu’ils mettent en avant la surface, l’apparence, qu’ils sont captés par le regard de l’autre. Ce n’est ainsi pas la foi qu’ils cultivent mais des comportements qui ressemblent à des automatismes ayant valeur d’injonction, une orthopraxie qui viserait la conformité morale mais sert surtout à l’affiliation communautaire et au contrôle social. La notion d’effort semble suivre le même chemin : pas tourné vers soi mais vers l’autre qu’il cherche à dominer. Et ça c’est un problème en Occident.

  15. J’adhère à ces deux articles que j’avais déjà lu et qui ont été réécrits et améliorés. Leur nouvelle version est bien meilleure. Bravo à l’auteur, ce fut un savoureux moment. Pour moi, il n’y a pas d’opposition entre les différents courants énoncés et le constat historique demande à redire. Je suis néanmoins plutôt en accord avec ce texte. Et je ne doute pas que les balbutiements actuels soient très prometteurs. D’autant que la tâche n’est pas aussi ardue qu’on pourrait le penser. C’est juste une question d’éveil à mon sens.

    Je ne comprends pas le malaise face au verset de la lumière. On ne peut saisir ce miracle qu’en faisant de la science et pas autrement. Qu’avez-vous contre les acrobaties? On en fait tous les jours en science. Un grand scientifique est un grand acrobate. Tout est question de point de vue finalement. Il est inutile de penser que cela aurait été possible à partir du verset car il s’agit justement d’un miracle contemporain (calculable uniquement avec nos connaissances récentes) comme encore certainement beaucoup nous attendent. Bref, je ne suis pas convaincu qu’il faille mettre de côté ce type d’introspection et l’argument du risque de s’y limiter ne convainc pas car il est mal venu. Que quelqu’un s’y essaye, pourquoi pas, mais de faire croire que cela risquerait de devenir une norme est une démonstration sans fondement. C’est comme le miracle du pourcentage mer-terre 71%-29% dans le Noble Coran. En quoi quelqu’un qui aurait trouvé cela avant que nous le sachions scientifiquement aurait été un idiot? Je resterais donc très prudent, restons équilibrés et laissons chacun introspecter de la manière qu’il veut pour ensuite en critiquer le résultat qui certe ne sera pas jugé de méthodologie scientifique mais plus d’introspection coranique à partir uniquement de la lettre voire de l’esprit de la lettre dans une certaine optique. Si la spiritualité ne se résume pas à une quantification, en quoi celle-ci ne peut-elle pas inclure de quantification. Ne l’englobe-t-elle pas d’ailleurs. Nous en avons des preuves que ceci est possible et il me paraît impossible de s’y limiter. Restons simplement ouverts, rien n’est jamais figé. Dire qu’on risque de faire de la science à partir du Noble Coran est abscons.

    Très cordialement

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