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Russie : le Coran enseigné aux malentendants grâce à deux éducatrices musulmanes

A Moscou, dans la mosquée du Mont Poklonnaïa, les fidèles sourds et malentendants ne seront plus les grands oubliés de l’accès à la connaissance de l’islam, grâce à la volonté d’une femme, Jamila Zenina, interprète et traductrice en langue des signes. Qui mieux que cette éducatrice musulmane spécialisée, extrêmement sensibilisée à cette injustice, pouvait avoir l’art et la manière d’y pallier sans plus attendre ?

Inspirée par l’exemple précurseur de la cathédrale orthodoxe de l’icône de la Vierge-Marie de Tikhvine, où les messes sont interprétées en langue des signes depuis 1991, Jamila Zenina a décidé de prendre le taureau par les cornes et de dispenser, elle-même, des cours d’instruction islamique aux malentendants, ne se laissant pas décourager par un double écueil : trouver un local approprié et surmonter son inexpérience en matière de formation islamique.

"Je connais beaucoup de sourd et muets. Ce sont eux qui ont commencé à faire appel à moi pour venir traduire les messes dans les églises, les synagogues, les mosquées en langage des signes", explique-t-elle, en soulignant combien sa rencontre avec Ïoulia Zamaletdinova, diplômée de l’Université islamique de Moscou  et bénévole dans une association d’aide aux malentendants, fut déterminante.

De l’idée à sa matérialisation, il n’y avait qu’un pas à faire, et à deux, il fut franchi encore plus allègrement. En octobre 2012, les deux pionnières ont inauguré leurs premiers cours d’arabe et d’initiation à l’islam destinés aux musulmans malentendants, et furent très vite rejointes par une autre passionnée, Aïcha, elle aussi rompue au langage des signes, qui se lança, avec enthousiasme, dans cette aventure pédagogique inédite.

Tous les dimanches, une dizaine de jeunes élèves, qui ne communiquent qu’avec les mains ou par sms, bénéficient d’un enseignement unique, à l’image de Mouss, un étudiant à la faculté du sport, expert du taekwondo et issu d’une famille très pratiquante, qui a pleinement conscience d’être privilégié. "Certains médecins ont publié des articles scientifiques affirmant que, dans l’islam, un sourd est une personne inférieure. Que si dans une famille naît un tel enfant, c’est un grand malheur. Mais ce n’est pas vrai", clame Ïoulia Zamaletdinova dans les colonnes du journal Moskovskie Novosti.

"L’objectif premier de nos élèves est d’apprendre l’arabe pour pouvoir lire le Coran dans sa version originale. Car il est impossible de faire une traduction littérale du Coran", poursuit-elle, en précisant que certains, parmi leurs élèves, sont totalement sourds et muets.

Confortées par le succès de leur initiative, Jamila Zenina et Ïoulia Zamaletdinova caressent l’espoir que, dans un proche avenir, les prières dans les mosquées seront systématiquement traduites en langage des signes. Un souhait qui entend bien ne pas être un simple vœu pieux…

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