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Qui sont ces Syriens qui mendient aux portes de Paris et dans le métro ? (www.lesinrocks.com)

Depuis deux ans, les pancartes « Familles syriennes » fleurissent dans la capitale. Contrairement à une idée répandue, ce ne sont pas des Roms qui les brandissent mais bien des Syriens. Ils appartiennent à la communauté Doms, hors des radars associatifs.

Station Saint-Lazare, heure de pointe. La foule pressée s’engouffre dans les couloirs de la station. Au milieu du brouhaha parisien, des cris s’élèvent. « Syria syria ! » Au pied d’une colonne, au carrefour des lignes 12,13 et 14, une femme tient une pancarte « Famille syrienne ». Deux enfants l’entourent, dont l’un s’époumone d’une voix aigüe. Rares sont les gens qui s’arrêtent. La plupart n’y prêtent plus attention.

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Depuis près de deux ans, Parisiens et Franciliens les croisent régulièrement dans le métro ou aux portes du nord de la capitale, aux abords du périphérique. Souvent une femme et des enfants, parfois des familles entières. Ils brandissent des pancartes barrées des mentions : « SOS familles syriennes », « Familles syriennes help ». « Ça fait longtemps qu’ils sont là, on ne les voit plus, confie un homme en costard-cravate qui part travailler tête baissée. Mais est-ce qu’ils sont Syriens ? Je ne sais pas. »  D’un coup d’œil, on comprend vite qu’il n’est pas le seul à douter de leur nationalité. Beaucoup assurent que ce sont des Roms se faisant passer pour des Syriens. A tort.

Branche orientale des Roms

« Dans l’immense majorité, ils ne sont pas Roms mais bien Syriens, assure Olivier Peyroux, sociologue, spécialisé sur les migrations et la traite des êtres humains. Ce sont en fait des Doms. » L’ethnie dom, méconnue des Français, est la branche orientale des Roms. « Ils sont arrivés pour la première fois en France en 2014, raconte le chercheur. Ils vivent selon de fortes logiques clanique, très hiérarchisées. »

Jamais recensés, les Doms seraient entre 300 000 et un million selon les estimations, répartis sur le Moyen-Orient, essentiellement en Syrie et au Liban. Tous ne parleraient pas le dialecte domari.

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Les Doms sont partis dès le début de la guerre civile syrienne. « Ils sont neutres et plus ou moins considérés comme des traîtres par toutes les parties », analyse Olivier Peyroux. En revanche, n’ayant pas de marqueurs religieux appuyés, ils n’ont pas été ciblés comme d’autres minorités telles que les Yézidis en Irak.

Les Doms syriens ont d’abord fui principalement au Liban, en Jordanie et en Turquie. Si personne ne sait exactement comment ils ont atteint la France, une grande partie d’entre eux serait arrivée par l’Espagne. Certains seraient également installés par centaines, en Belgique et en Allemagne.

Branle-bas de combat

On les recense dans l’Hexagone pour la première fois le 17 avril 2014, aux abords de la capitale. 159 personnes s’installent dans un square de Saint-Ouen. « C’était le branle-bas de combat », se rappelle Michel Morzière, président d’honneur de l’association Revivre qui vient en aide aux réfugiés syriens. Il s’est occupé de ces familles il y a trois ans. “C’était la première fois que des réfugiés syriens arrivaient à autant d’un coup, tout le monde a été mobilisé : préfecture, Ofrpa, etc.” A l’époque, l’installation fait beaucoup de bruit, tous les médias nationaux couvrent cette arrivée massive. Mais aucune mention de leur appartenance à l’ethnie dom, à l’exception de Rue 89 qui dresse un portrait de cette minorité au mois de mai 2014.

« Des réfugiés syriens de l’association se posaient des questions, certains nous ont dit que ce n’était pas de ‘vrais’ Syriens, rapporte Michel Morzière. Mais ils avaient des passeports syriens, ils étaient Syriens, on n’allait pas commencer à faire de différence. » Adnan (le prénom a été modifié), un réfugié syrien arrivé de Palmyre les connaît bien pour les avoir aidés pendant un temps. « Dès le début, on savait qu’ils étaient doms. On l’a un peu caché pour éviter que les gens ne fassent des amalgames avec les Roms. »

La préfecture met alors en place un guichet unique pour recevoir les demandes d’asiles. « Plus de la moitié a refusé, se rappelle encore un peu effaré Michel Morzière. Et puis, ils sont partis. » Seule une vingtaine de familles accepte l’asile. Les autres disparaissent sans laisser de trace.

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