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Quand Fadela Amara courtisait Dominique Strauss-Kahn

Grand écart. En 2010, Fadela Amara, alors secrétaire d’Etat à la Ville et ex-présidente du mouvement féministe Ni Putes Ni Soumises, se disait prête à voter pour Dominique Strauss-Kahn dont le sexisme parfois violent était -pourtant- déjà notoire. Flashback.

De l’art du slalom et du reniement en politique. Après avoir abandonné ses camarades de gauche pour rejoindre Nicolas Sarkozy en 2007, Fadela Amara, devenue secrétaire d’Etat, est progressivement tombée en disgrâce aux yeux du président de la République. L’an dernier, alors que bruissaient les rumeurs d’un imminent remaniement ministériel, l’ex-militante socialiste avait jeté son dévolu sur la nouvelle star montante des sondages : Dominique Strauss-Kahn. Un aveu confessé le 26 mai 2010 au micro de Jean-Jacques Bourdin : « Moi, je trouve que DSK a des positions qui sont plus proches des miennes sur certains sujets ». A la question de savoir si elle pourrait voter pour lui aux prochaines élections présidentielles, elle a répondu, laconique : « Pourquoi pas ? »

Lors de cet entretien, Fadela Amara a tenu à préciser qu’elle était une « femme de gauche pragmatique » avant d’ajouter qu’il était hors de question pour elle d’apporter son soutien à Martine Aubry. La cause ? Une différence d’approche sur un sujet qui lui tient à cœur en tant que co-fondatrice du mouvement Ni Putes Ni Soumises : « J’ai un problème de fond avec Martine Aubry sur la question des femmes. J’ai du mal à entendre un parti de gauche, progressiste soi-disant, qui n’est pas prêt à voter la loi contre la burqa. Ça, c’est rédhibitoire chez moi »

Rétrospectivement, le paradoxe peut sembler cocasse : c’est en raison de son attachement à la « question des femmes » que Fadela Amara a rejeté Martine Aubry au profit de son potentiel rival, désormais éliminé pour une atteinte présumée à l’encontre de l’une d’entre elles. Problème : un tel soutien, émanant d’une personnalité s’affirmant comme étant en lutte contre le sexisme, était déjà saugrenu au printemps 2010. Dominique Strauss-Kahn, actuellement soupçonné par la justice américaine d’avoir commis un crime sexuel, affichait, à l’époque de cette déclaration de Fadela Amara, une réputation depuis longtemps ternie par « l’affaire Tristane Banon ».

Aujourd’hui éditrice indépendante et rédactrice pour le site Atlantico, cette jeune femme avait publiquement affirmé avoir subi en 2002 un harcèlement sexuel particulièrement agressif de la part de celui qui était encore secrétaire national du PS. Une accusation grave et relayée par la mère de la victime présumée, Anne Mansouret, conseillère régionale PS en Haute-Normandie.  A ce jour, l’affaire n’ayant pas été traitée par la justice, la présomption d’innocence joue toujours en faveur de l’ex-dirigeant du FMI.

Pour autant, cette affaire, connue du microcosme parisien, n’a pas empêché la « féministe » Fadela Amara de tenter de se rapprocher davantage de l’homme à la lourde réputation sexiste. C’était à l’occasion d’un colloque international organisé en novembre dernier au Maroc. A quelques jours de son éviction du gouvernement Fillon, l’intéressée a été aperçue par la presse locale en train de tenir plusieurs longs apartés avec Dominique Strauss-Kahn en vue d’une éventuelle collaboration pour les élections présidentielles de 2012. En vain, semble-t-il, puisque Fadela Amara s’est finalement ralliée au centriste Jean-Louis Borloo.

A l’assaut du HLM plutôt que du Sofitel

Sur les réseaux sociaux, les détracteurs de Ni Putes Ni Soumises s’étonnent depuis dimanche du silence de l’organisation à propos de cette sombre affaire de viol. Aucun communiqué n’a été encore publié à ce jour alors que d’autres événements de grande ampleur, comme l’annonce de la mort de Ben Laden ou l’attentat de Marrakech, font fréquemment l’objet de commentaires sur la page d’accueil de leur site. Un silence éloquent, au vu de la filiation idéologique et matérielle de NPNS avec le PS. Un silence qui n’a rien d’étonnant pour ses opposants qui ont toujours déploré la diabolisation exclusive de la figure du « jeune-arabo-musulman-de-banlieue » opérée, selon eux, par les pasionarias du mouvement. A cet égard, Dominique Strauss-Kahn n’a pas, en effet, le profil-type du sauvageon traqué d’ordinaire par NPNS et ses relais médiatiques.

Souvent comparé au « coup de tonnerre » du 21 avril 2002, cette nouvelle affaire DSK évoque davantage, et a contrario, la mystification du RER D  : en 2004, la classe politique et les éditorialistes avaient soutenu sans réserve les élucubrations d’une mythomane, Marie-Léonie Leblanc, qui avait prétendu avoir été agressée dans une rame de métro par des banlieusards basanés et antisémites. Illustrant le cliché efficace du barbare à la peau mate, le scénario était parfait pour séduire les esprits crédules mais au bout de quelques jours, l’histoire s’est avérée être un grossier mensonge.

Cette fois-ci, c’est la stupéfaction, l’embarras et le déni qui dominent dans l’Hexagone à propos de cette femme de chambre, issue du Bronx et d’origine africaine, qui accuse l’un des plus puissants notables français de l’avoir violenté. Au fur et à mesure que les heures passent, les informations accablantes, dans ce dossier-là, s’accumulent. Et alors, ironie suprême, que certains n’hésitent pas à verser dans un conspirationnisme inédit pour défendre coûte que coûte Dominique Strauss-Kahn, ce qui paraissait être une affaire irréelle devient de plus en plus tangible.

Quoiqu’il advienne de la procédure judiciaire, l’affaire DSK aura déjà révélé, au travers de la sidération des élites françaises qu’elle expose, le deux poids deux mesures auquel a droit tout délinquant selon qu’il soit « faible ou puissant » – comprenez « prolo basané venu d’ailleurs ou bourgeois séculaire et multi-réseaux ». Dans ces moments de confusion nationale, un recours pour se positionner demeure heureusement à la portée de tous : la consultation de l’oracle BHL. Dans un billet publié hier sur le site consacré à célébrer son personnage, Bernard-Henri Lévy ose reprocher au juge américain d’avoir « fait semblant de penser que Dominique Strauss-Kahn est un justiciable comme un autre ».

Étrange regret à peine camouflé quant à l’absence de tout traitement de faveur. Lyrique, le va-t-en-guerre-en-Libye veut aussi défendre à tout prix son « ami de vingt-cinq ans », quitte à le dépeindre, sans rire, en vaillant résistant en lutte contre les forces occultes de l’argent : « Le FMI, sous sa houlette, et pour la première fois dans son histoire, n’entendait pas sacrifier aux intérêts supérieurs de la Finance ». La plainte de la femme de chambre, un coup monté par d’obscurs oligarques hostiles au révolutionnaire DSK ? Enfin une bonne nouvelle  : les sceptiques du 11-Septembre n’ont plus le monopole du complotisme.

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