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Pour un vrai débat : quelle théologie musulmane ?

Depuis la date du 11 septembre, sur fond de suspens anticipant la riposte américaine dont il est encore difficile de mesurer l’impact sur le monde et sur une région de la planète déjà meurtrie par tant d’années de guerre et par tant de misère, nous voyons défiler, comme un message en boucle, des interventions sur le petit écran qui font apparaître alternativement d’un côté les talibans et de l’autre des musulmans de France. Pour être complaisant avec les premiers, il faudrait vraiment manquer de sens commun ou avoir une conception plus que dégénérée de l’islam, et quant aux seconds, il faudrait souffrir d’autisme spirituel pour se satisfaire de la réplique, sincère au demeurant mais creuse, qui consiste à avancer simplement que l’islam est une religion de paix étrangère à tous les méfaits du terrorisme. On sera même tenté ça et là de surenchérir sur le verset 32 de la sourate 5 (Al-Ma’idah) du Coran :

« Quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les Hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à tous les Hommes ».

Mais pense-t-on raisonnablement qu’un tel argument suffira à combler le fossé d’incompréhension à l’égard de l’islam, creusé par l’indifférence, l’ignorance ou le dédain occidental d’une part, et par les méfaits de certaines idéologies musulmanes chaotiques d’autre part.

A ce discours de déculpabilisation, d’ailleurs tout à fait compréhensible, se joint sur la pointe des pieds un discours d’édiles, se voulant plus rationaliste, qui distingue le bon du mauvais islam dans le souci d’éviter d’envenimer la situation, tout en laissant contradictoirement entretenir la paranoïa par des médias débridés friands d’émotionnel et de sensationnel et qui se font dirait-on un malin plaisir de réveiller la bête ancestrale.

N’allons-nous pas enfin distinguer au moins deux culpabilités ou plutôt deux impénitences : Premièrement, celle d’une politique ambiguë aux tragiques conséquences que les Etats Unis ont menée depuis longtemps et qui n’est qu’un passable secret de polichinelle. Ceux qui s’interrogeraient encore sur cette question pourraient découvrir avec intérêt les ouvrages instructifs de Noam Chomsky (linguiste américain, professeur au Massachusetts Institut). Et deuxièmement, celle d’une certaine théologie qui a nourri tacitement des générations de musulmans. C’est sur cette théologie que les musulmans qui ont eu l’occasion de s’exprimer en public devraient s’interroger mais sur laquelle ils ne se sont pas interrogés ou en tout cas pas assez, et certainement pas de manière assez claire.

Laissons le soin à nos frères américains endeuillés de tenter de comprendre leur propre drame, de tenter de dépasser les effets pour découvrir la cause, et ne débarrassons pas notre conscience aussi facilement en faisant reporter sur l’Amérique ou l’Occident tout le poids des pêchés du monde. De même, n’instrumentalisons pas le conflit Israélo-Palestinien en nous entretenant dans un esprit de « victimisation » de l’islam qui nous dédouanerait par procuration de toute introspection mentale et culturelle. Si tout était si simple, s’il suffisait de dire que l’islam est pacifiste pour qu’il le fût, alors comment des jeunes musulmans en sont-ils arrivés là ?

En quoi ont-ils trouvé la ressource mystique qui les a dévoyés au point qu’ils choisissent à la fleur de l’âge de se donner la mort en entraînant avec eux tant d’autres vies dans une hécatombe où ni le bien ni la vertu n’ont droit de figurer ? S’il suffisait d’une déclaration d’intention pour que l’islam apparaisse sous son meilleur jour, alors pourquoi tant de factions musulmanes entretiennent-elles un esprit de rivalité et de revanche sur tout ce qu’elles ont jugé profane ? Et quelle que fût la manipulation et d’où qu’elle vienne, comment le terrorisme peut-il se réclamer de l’islam s’il n’existait pas une lecture du Coran bien enracinée qui voudrait précipiter une Apocalypse en promettant l’Eden pour prix du martyr ? Déjà au XIe siècle, « la secte des Assassins » n’était-elle pas un instrument entre les mains de Hassan Ibn as-Sabbah pour recouvrer le pouvoir politique des Nizarites, branche iranienne des ismaéliens rivaux des Fatimides ?

Le vrai courage n’est désormais pas dans la lâcheté vile et aveugle du terrorisme, mais dans la capacité de remettre en question et d’affronter le discours théologien médiocre qui ne dit pas son nom et qui profite du terreau de la misère pour enrôler les humbles et les petits dans son illusoire manège de la mort, pour s’approprier le Coran et pour l’aiguiser comme une lance entre les mains de ceux qui se laissent duper. Et si cette théologie d’exportation, cette théologie guerrière du radicalisme revanchard, du fatalisme et de la destruction, n’est qu’un détail minoritaire et insignifiant, comment se fait-il qu’aucun dignitaire musulman, même en espace républicain, n’ose la dénoncer ouvertement ni désigner ses origines et en faire étalage alors que la mobilisation ou l’indignation sont somme toute assez rapides dès qu’une allusion discriminatoire sur l’islam est publiée ou prononcée.

D’où tient-on cette sensiblerie et cette tendance à l’auto-congratulation ? A moins que ce ne soit l’héritage de nos sociétés qui y ont trouvé à la longue un moyen de conservation.

Jusqu’à quand le Coran restera-t-il séquestré entre les mains de cette théologie moyenâgeuse qui s’applique à le momifier, que l’on n’ose évoquer qu’à demi-mot, et qui le prive de sa vie, de son dynamisme, et de l’esprit de réforme qui a marqué son avènement ? Jusqu’à quand continuera-t-on à revêtir la momie de ses meilleurs atours, et à rechercher aux problèmes du présent des solutions du passé ?

Mais tant qu’à ne pas être dupes, admettons franchement que des raisons économiques ne sont pas étrangères à tout cela…

Nous devrions saisir l’occasion de ces événements tragiques pour entreprendre une véritable réflexion de fond.

Puisse chaque être humain disposer de sa liberté de conscience pour être co-créateur de ce monde en bien. Puisse l’Islam de Paix s’accomplir. Amen.

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