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Pour quels partis les citoyens de confession musulmane voteront-ils demain ?

En cette période électorale intense, deux ans après l’accession au pouvoir de François Hollande et de son illusoire « changement », source d’un profond désenchantement, la France de 2014 vit au rythme des convocations aux urnes, à grand renfort de campagnes pleines de promesses et de prophéties contradictoires, qui ne sont pas de nature à éclaircir la ligne d’horizon, nationale ou européenne, et à faire reculer l’abstention record.

C’est dans ce contexte placé sous le signe du devoir civique à accomplir, alors même que la défiance citoyenne vis-à-vis des représentants du peuple est à son comble, que la question du  vote musulman se pose avec acuité, tant sur le plan de son poids électoral que de ses inclinations politiques.

Si, comme l’a mis en lumière une étude du Cevipof, le centre politique de recherches de Sciences Po, l’islam, seconde religion de l’Hexagone, représente environ 5% du corps électoral national, le cœur des Français de confession musulmane bat majoritairement à gauche, ou du moins battait à gauche lors de la présidentielle de 2012 pour 93% des votants (selon l’enquête réalisée par Opinion Way), François Hollande bénéficiant largement d’un vote sanction contre son grand rival et artisan détesté de la stigmatisation anti-musulmans : Nicolas Sarkozy. Totalisant seulement 7% des suffrages, ce dernier a récolté ce qu’il a semé pendant cinq années d’un mandat démagogique à l’excès, ne jurant que par le « diviser pour mieux régner ».

Deux ans après avoir donné les clés de la République « exemplaire » au président dit « normal », qui, jusqu’ici, s’est surtout illustré par son extraordinaire capacité à renier sa célèbre et présomptueuse anaphore, ainsi que par sa chute vertigineuse dans les sondages, le cœur des musulmans bat à l’unisson de la France : contre le parti de la rose.

Amèrement déçus par sa laïcité dogmatique et exclusive qui n’a rien à envier à la Sarkozie (circulaire Chatel interdisant les mamans voilées de sorties scolaires non abrogée, la charte de la laïcité à l’école…), par sa posture farouchement anti-voile personnifiée par le nouveau Premier ministre, Manuel Valls, qui en a fait un « combat essentiel », tout en minimisant l’hémorragie des actes islamophobes, mais aussi par « le mariage pour tous », par ses engagements non tenus notamment sur le front de l’emploi et concernant le vote des étrangers aux élections locales, et plus globalement par sa duplicité et ses manquements, à l’instar du retentissant scandale Cahuzac, les électeurs musulmans ne commettront pas deux fois de suite la même erreur.


 

Cruelle pour les uns, prévisible pour les autres, la désillusion envers la gauche caviar de la rue de Solférino ne pousse pas pour autant les Français de confession musulmane à choisir entre la peste et le choléra, en d’autres termes entre l’UMP et le FN. Massif et absolu, leur rejet de l’UMP, d’autant plus sous l’ère Copé de toutes les intrigues et malversations, reste inchangé, tandis que leur aversion pour le frontisme, chapeauté par son héritière Marine Le Pen,  et pour son nauséeux fonds de commerce islamophobe, ne les conduira pas à se jeter dans la gueule du loup de l’extrême droite, faute de mieux…

Si voter pour l’UMPS, la fameuse bipolarité à la française, revient à aller droit dans le mur, gageons que l’électorat musulman ne mettra pas non plus le cap à gauche toute ! La chasse aux sorcières, dont a été victime Ilham Moussaïd, la candidate voilée du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) aux élections régionales de 2010, à l’intérieur de son parti comme à l’extérieur, reste gravée dans les mémoires, tandis que de son côté, le Front de gauche, représenté par Jean-Luc Mélenchon, son ténor volubile et au verbe haut, ne rassemble pas non plus, discrédité par un laïcisme fervent qui a pour corollaire, l’hostilité au port du voile et au halal.

Dans un pays des Lumières qui ne sait plus à quel saint se vouer, les citoyens français de confession musulmane, dépités et dubitatifs, sont en proie aux mêmes doutes et interrogations que leurs concitoyens, dès lors qu'il s’agit de glisser le bon bulletin dans l’urne.

Portée sur les fonts baptismaux en septembre 2012, l’Union des Démocrates Indépendants (UDI), fondée par Jean-Louis Borloo, l’ancien président du parti Radical et ex-ministre de l’Economie, puis de l’Ecologie sous Sarkozy, qui a récemment laissé les rênes du parti à Yves Jego pour des raisons de santé, pourrait-elle constituer une alternative vers laquelle se tourner ? Si l’on en juge par le courage politique de Stéphane Paoli, le nouveau maire UDI de Bobigny, qui a fait basculer un bastion historique de la gauche dans le camp du centre-droit lors des dernières municipales, en plaçant en position éligible sur sa liste deux jeunes femmes voilées, au grand dam de ses détracteurs locaux, on pourrait se prendre à y croire…

Mais pour s’en convaincre vraiment, tout dépendra de celui qui incarnera l’UDI de l’après-Borloo, et portera haut ses couleurs et ses valeurs essentielles. Alors que des élections internes se tiendront au mois d’octobre pour introniser le futur président du parti, trois personnalités briguent actuellement ce fauteuil très convoité, parmi lesquelles figurent Yves Jégo, le président par intérim, Jean-Christophe Lagarde, et enfin Hervé Morin. Qui de ces trois candidats, de ces trois profils et parcours serait susceptible de capter, séduire, voire enthousiasmer l’électorat musulman hexagonal ?

Hervé Morin, ex-ministre de la Défense sous Sarkoy, semble se démarquer de ses deux principaux concurrents de par sa stature d’homme d’Etat. En effet, Yves Jego, député-maire de Seine-et-Marne, ne peut guère se targuer que de son poste de Secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer dans le gouvernement de Sarkozy, quant à Jean-Christophe Lagarde, simple député de Seine-Saint-Denis, celui-ci est disqualifié d’office par son soutien indéfectible à Hassen Chalghoumi, l’imam le plus médiatisé de France et de Navarre mais unanimement décrié par la base.

Autre point positif à mettre à l’actif d’Hervé Morin, il fait partie de ces rares hommes politiques français à n’avoir jamais cédé à la dérive droitière qui gangrène l’Hexagone et à s’être dressé contre l’islamophobie instrumentalisée à des fins électoralistes. L’avenir dira si cette singularité inspirera confiance aux Français de confession musulmane, dont la conscience politique et l’implication dans la vie de la cité sont d’autant plus accrues que le racisme anti-musulmans institutionnalisé suscite indignation et effroi.

Par la rédaction d'Oumma.com.

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