in

Pour assurer sa survie politique, Netanyahu veut la guerre

Le dirigeant israélien est-il en train de planifier une aventure militaire pour tenter de résoudre ses difficultés intérieures ?

La visite imprévue du Premier ministre israélien Binyamin Netanyahu à Bruxelles lundi pour rencontrer le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, qui assistait à une réunion de l’OTAN, évoquait une réunion similaire : celle que son prédécesseur Ehud Olmert a faite à Washington pour consulter les autorités américaines, peu de temps avant de bombarder le présumé réacteur nucléaire syrien près de Deir az-Zour en 2007. Comme Olmert, Netanyahu pourrait bien risquer de terminer sa carrière non seulement derrière des barreaux en étant reconnu coupables de corruption, mais également sous l’accusation d’échec militaire.

Netanyahu a déclaré que ses entretiens avec Pompeo devaient porter sur la présence iranienne en Syrie et plus précisément sur « les moyens par lesquels nous combattons ensemble l’agression de l’Iran – et de ses alliés du Nord », mais sa visite à la tête d’une délégation comprenant le chef du Mossad et son conseiller à la sécurité nationale avait peut-être un autre objectif : informer les États-Unis d’un important assaut militaire contre la Syrie et solliciter son soutien politique et diplomatique auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies, et peut-être aussi un soutien militaire.

Après des mois d’enquêtes approfondies, la police israélienne a annoncé qu’elle disposait de preuves solides impliquant Netanyahu et son épouse dans des affaires de corruption. La majorité de sa coalition à la Knesset a entre-temps ne tient plus qu’à un seul siège. Il pourrait donc être en train de planifier une nouvelle aventure militaire pour redistribuer les cartes et empêcher le procureur général de porter des accusations contre lui et pour lesquelles il pourrait encourir une peine de prison de sept ans.

Jeudi dernier, l’armée israélienne a lancé un barrage intensif de missiles, affirmant qu’elle prétendait avoir pour cibles des usines produisant des missiles avancés appartenant à l’Iran et au Hezbollah dans le sud de la Syrie. Mais l’attaque n’a pas atteint ses objectifs. Elle a été efficacement contrée par les défenses anti-aériennes syriennes, qui ont empêché les missiles d’atteindre leurs cibles. Le Hezbollah a insisté sur le fait que ni ses positions ni ses forces ni celles de l’Iran en Syrie n’avaient subi le moindre préjudice.

Le Hezbollah surveille de près les prises de position et le comportement des Israéliens et est préparé à toutes les éventualités, y compris à la possibilité d’un assaut à grande échelle contre le Liban et/ou la Syrie. La semaine dernière, il a publié une bande vidéo en arabe et en hébreu avertissant les Israéliens qu’ils regretteraient de lancer une telle attaque.

Ce qui inquiète le plus Netanyahu et les responsables militaires israéliens, c’est la présence sur le front du Golan de forces spéciales du Hezbollah, soutenues par des unités de l’armée syrienne et de la brigade Qods des Gardiens de la révolution iraniens. Ils craignent la réouverture de ce front maintenant que l’État syrien a recouvré sa souveraineté sur le sud de la Syrie après avoir vaincu les groupes armés contrôlaient la région, soutenus par les États-Unis et par Israël.

Il est difficile de dire à l’avance quelle forme une nouvelle attaque israélienne pourrait prendre. Mais il est à noter que lors du raid de jeudi dernier, cela s’était limité à lancer des missiles, craignant apparemment que tout avion de guerre risquait d’être abattu par des missiles russes S-300. Netanyahu aurait peut-être demandé l’autorisation du secrétaire d’État américain d’utiliser des F-35 ultra-sophistiqués, supposés capables d’éviter les S-300, lors de toute nouvelle attaque.

L’approbation des États-Unis est nécessaire pour l’utilisation de ces appareils, mais leur invulnérabilité aux missiles russes est discutable. Même s’ils pouvaient frapper leurs cibles sans être interceptés, l’armée israélienne est bien consciente du fait que le Hezbollah risquerait de se venger d’attaques de missiles dévastatrices.

Le mouvement du Hamas – peu équipé, sans expérience équivalente et assiégé dans la minuscule bande de Gaza – a réussi à tirer 480 missiles et obus contre les colonies de peuplement israéliennes en réponse au dernier assaut d’Israël. Netanyahu a été contraint de demander un cessez-le-feu et d’annuler les attaques au bout de moins de 48 heures. Imaginez ce qui se passerait si le formidable arsenal de Sayyed Hassan Nasrallah était lâché en direction de Jaffa, Haïfa et Tel Aviv ?

Nasrallah – dont les déclarations sont prises au sérieux par 80% des Israéliens, d’après les derniers sondages d’opinion – a été franc et direct dans son dernier enregistrement télévisé. S’adressant aux Israéliens, il a déclaré: « Si vous osez [nous attaquer], vous le regretterez ». Alors, vont-ils suivre ce conseil ? Ou bien leurs dirigeants auront-ils encore recours à une nouvelle agression pour contrer les difficultés politiques et judiciaires intérieures et compenser l’échec militaire [contre Gaza] ?

Nous ne pouvons qu’attendre. Mais nous pouvons être certains que si Netanyahou répète la folie de son prédécesseur Olmert, il partagera le même sort et risque une défaite encore plus impressionnante.

A1Abdel Bari Atwan est le rédacteur en chef du journal numérique Rai al-Yaoum. Il est l’auteur de L’histoire secrète d’al-Qaïda, de ses mémoires, A Country of Words, et d’Al-Qaida : la nouvelle génération. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @abdelbariatwan

Source: Chronique de Palestine 

8 commentaires

Laissez un commentaire
  1. A mon avis le seul ennemi public numéro un pour Israel, c’est la paix dans la région. C’est ce pourquoi, d’ailleurs, on dit à raison qu’ “Israel est en danger de paix”.

  2. Ma chère Anne Lion,

    Ceux qui ont fait le Bataclan, Strasbourg, Bruxelles, Charlie…. sont Français et n’ont jamais forcé “vos” frontières : ils sont nés en France et on a fait venir leurs parents/grands parents pour reconstruire la France à moindre frais…
    Quand à ceux qui “forcent” “vos” frontières, ce sont des syriens, libyens, africains du sahel… enfin tous ceux qui ont eus leur pays détruits par vos dirigeants…
    Car j’imagine que cela ne vous dérange pas trop que votre armée occupe le Tchad, le Mali, le Niger etc pour ses ressources énergétiques…
    Enfin, je ne vais pas m’étendre, cela ne servirait à rien….

  3. Entretemps ce ne sont pas les Israeliens qui essayent de forcer nos frontières , qui refusent, n’est ce que comme remerciement, de s’intégrer et d’élèver leurs enfants dans le respect des autochtones. Ce ne sont pas eux qui sont responsables pour le Bataclan, Nice, Zaventem, Strassbourg , le musée juif à Bruxelles, Merah, Charlie et j’en oublie.

  4. Autant que je sache…
    Nettanyaou a signé des accords de paix avec le Hamas contre l’avis de Lieberman, et de 75% de la population israélienne, qui souhaitait bombarder Gaza. Cela a entraîne un schisme politique entre la droite et l’extrême droite, qui risque de coûter cher à Bibi.
    Les ennuis judiciaires de ce dernier semblent réels, et pèseront d’autant plus lourd que l’homme a désormais des ennemis dans son propre camp.
    De là à supposer autre chose que des attaques symboliques contre le Hezbollah, j’ai comme un doute. Israël a en effet à faire, désormais, à un bloc chiite lié à la Russie, donc doté d’armes de haute technologie. Un échec militaire de Nettanyaou serait catastrophique pour lui juste avant les élections.
    Donc, je n’y crois pas trop.
    Je note aussi le fait que cet “arc chiite” lié à la Russie a virtuellement gagné la guerre avec l’occident. Enfin, la défection de l’AS n’arrange pas vraiment Israël. Dernier point: La politique militaire de Trump, jugée incohérente par le Pentagone (!), ne doit guère rassurer les israéliens, à la merci d’un revirement de dernière minute des américains, désormais envisageable.
    Bref, je pense que Bibi va brasser de l’air, et laisser tomber.

  5. Analyse qui ne donne aucun sens,Nathanyahou a refuse la guerre voulue par son ministre de la defense depuis il a demissionne,donc on est bien sur qu’il ne veut la guerre pour le moment,des tunnels ont ete construits par le hezbollah pas de guerre non plus,je ne sais pas sur quelle base ce Mr a ecrit cet article tout simplement il cherche a faire remarquer…

  6. Quel que soit ce que fait Netanyahu, quel que soit le jeu auquel il joue, parce qu’il joue un jeu, il est responsable de la mort de milliers d’êtres humains. Il a déjà perdu, sur la Terre. Il n’a plus qu’à attendre la miséricorde de Dieu, mais j’ai bien de la peine à comprendre comment elle va pouvoir lui être accordée. Netanyahu va lui dire, je suppose, que tout ce qu’il a fait, c’était des perturbantes pour inciter les occupants de la Palestine à s’accorder et intégrer les palestiniens. Il va lui dire que ce n’était qu’un jeu, qu’il a joué avec la vie des êtres humains pour une cause juste, comme un enfant. Je ne peux pas savoir ce qu’il va advenir de lui, mais je suis pessimiste, vous comprenez, il va être seul contre la souffrance infligée à des millions d’âmes au Ciel, et plus encore…

    • GERLIER : Ne perdez pas trop votre temps, a considérer ce qui va advenir des âmes, a moins, que Dieu vous ai dépêché sur terre, pour ce travail, chaque être humain, devrait avoir assez de travail, a gérer la sienne. Quand a ce monsieur, il n’ est ni le premier, ni le dernier, a jouer avec la vie des autres, l’ enfer comptes déjà pas d’ âmes égarées, mais, une chose est certaine, il y a encore de la place, notre créateur, a bien fait les choses, l’ enfer est immense, et, le paradis bien petit !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

John Tolan: “Les Européens ont parlé et réfléchi sur le prophète Muhammad dès le 12ème siècle”

Des Gilets jaunes en Algérie