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Percée de la finance islamique dans les pays francophones

Le monde de la finance est en constante ébullition et la dernière crise financière a certainement montré les limites du modèle dominant, celui de la finance dite « conventionnelle ». Face à ces tempêtes qui ont secoué le monde financier, l’Homme s’est naturellement interrogé sur la manière dont il pouvait les éviter à l’avenir. Remettant en cause ce modèle qu’il connait depuis plusieurs siècles, il s’est aussi penché sur les alternatives qui pouvaient exister. Dans le même temps qu’il recherchait des liquidités là où il pouvait les trouver pour sortir de cette profonde crise, il s’est aussi questionné sur la place que pouvait occuper l’éthique dans ce monde financier en souffrance. Le manque d’éthique a été la principale cause identifiée du réveil du volcan « Sub-prime » qui embrasa une partie de la planète financière, faisant tomber les plus grands.

De l’éthique à la morale, le pas est vite franchi facilitant ainsi l’acceptation d’une finance encadrée par un référentiel juridico-religieux, à savoir la finance islamique. Celle-ci s’est fait une place même dans les espaces géographiques où l’on ne soupçonnerait pas un seul instant son existence.

Les pays européens anglo-saxons, ceux du Khaleej et de l’Asie notamment du Sud-Est ont depuis deux, voire trois décennies, compris l’importance et l’impact de la finance islamique pour leurs économies. Chacun a mis en place une stratégie spécifique pour saisir toutes les opportunités offertes par ce secteur. Les études s’accordent toutes sur une croissance à deux chiffres de la finance islamique avec un taux de 16% enregistré pour l’année 2014.

Aujourd’hui, les pays francophones tentent de rattraper leur retard. De Bruxelles à Abidjan, ce sont des initiatives à différents niveaux qui voient le jour et qui permettent l’émergence en douceur, mais avec sérénité de la finance islamique.

Avec des aménagements de sa fiscalité, la France a, par exemple, réalisé en à peine deux années ce que le Royaume-Uni a fait en presque dix ans. Plusieurs institutions françaises se sont lancées avec des offres, certes encore limitées, qui intéressent un nombre de personnes grandissant. En quelques mois, une banque à taille très modeste compte déjà plusieurs centaines de millions d’encours de financement immobilier « halal ». En dehors de l’Hexagone, les grandes banques françaises se font remarquer pour leur expertise et savoir-faire en finance islamique et se voient décerner par la profession des Islamic Finance Award. Le Luxembourg déjà leader européen des fonds d’investissement sharia-compatibles a même utilisé, en tant qu’État, un instrument de financement islamique pour lever des fonds (Sukuk souverain émis en 2015 qui a rencontré un franc succès auprès des investisseurs). Plusieurs initiatives entrepreneuriales tentent de stimuler le voisin belge.

Mais c’est sur le continent africain que la percée de la finance islamique est la plus remarquable et remarquée. En 2015, le Royaume du Maroc a adopté une nouvelle loi bancaire qui intègre un chapitre complet dédié aux « Banques Participatives », terminologie retenue pour désigner les banques islamiques. Tournant historique pour le royaume chérifien. Ce sont près d’une dizaine de projets ficelés, sur les starting-blocks, menés par de grandes institutions, avec un staff formé depuis deux ans qui n’attendent plus que le feu vert des autorités. En Algérie, la chute des prix des hydrocarbures, principales sources de revenus du pays, a poussé le gouvernement à s’interroger sur ce qui pourrait permettre l’émergence d’une finance islamique. Mais les banques algériennes n’ont pas attendu les discours du gouvernement. Si deux banques islamiques seulement exercent depuis plusieurs années, plusieurs autres établissements publics et privés ont lancé leur propre projet et même commencé à former leurs personnels. En Tunisie, la Banque Centrale du pays a également fait le nécessaire sur le plan réglementaire pour les banques islamiques. Dans ce pays déjà surbancarisé, la banque Zitouna n’a pas non plus attendu pour prendre sa part du marché, en moins de 5 ans ce sont déjà près d’une centaine d’agences qui se sont ouvertes.

En Afrique de l’Ouest, le Sénégal, la Côte d’Ivoire poumon économique ouest-africain, et le Togo ont également émis des sukuk leur permettant de lever dans l’ensemble plus d’un demi-milliard de dollars en l’espace de deux années seulement. Les quelques banques islamiques qui exercent dans la sous-région sont entrées dans une dynamique de croissance et leur autorité de tutelle, la Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest, étudie les réformes réglementaires nécessaires pour mettre en place l’environnement juridique adéquat.

Cette percée de la finance islamique dans les pays francophones laisse présager un bel avenir, voire même un développement économique basé sur des bases plus saines que dans le passé ouvrant la voie à de nombreuses opportunités.

Autant d’opportunités que de segments…

La finance islamique ne se résume pas simplement au marché de la banque ou l’assurance islamique. Ce secteur financier islamique s’articule en autant de segments que dans la finance conventionnelle. En plus de la banque et l’assurance islamique, il existe aussi la microfinance, la gestion d’actif, la gestion de patrimoine, le private equity, les marchés boursiers (actions, sukuk, matières premières, métaux, etc…), mais aussi les autres solutions de financements pour tous les besoins des grandes entreprises non financières dans les secteurs de l’industrie, des technologies, de l’immobilier, de l’énergie, des services, etc.. etc.. Ces dernières étant également en recherche de diversification en matière de financement.

Autant d’opportunités que de métiers…

Par ailleurs, la finance islamique est aussi un secteur pluridisciplinaire. Là encore, le marché n’a pas besoin uniquement de « banquiers ou assureurs islamiques », mais il a autant besoin de spécialistes en communication, en marketing, en informatique, en droit civil et en droit musulman, en conseils, en ingénierie financière, en ingénierie commerciale, en courtiers, en experts-comptables, en fiscalistes, en chefs de projet, en informaticiens, en maîtrise d’ouvrage, en directeurs financiers, etc.. etc… En résumé, la finance islamique a besoin d’un capital humain solidement formé et conscient, qui va redonner toute sa place à l’éthique dans ce monde financier qui en manque véritablement.


 

L'auteur de cet article, Boubkeur Ajdir, propose une formation en présentiel à la finance éthique et islamique, pour plus de renseignements cliquez ici.

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