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Lettre émouvante de Nawel Ben Aissa, porte-voix de la contestation du RIF

Considérée comme le porte-voix de la contestation du Rif, Nawel Ben Aissa  a écrit cette émouvante lettre au monde, dans laquelle elle évoque les raisons de son combat dans une région du Maroc touchée par un chômage de masse et une montée du cancer. 

Je suis mariée et je suis mère de quatre enfants.

Je suis née, j’ai grandi sur cette terre du Rif. Cette terre broyée par la corruption, la marginalisation et l’injustice. J’ai participé à toutes les manifestations pacifiques, parce que je revendique mes droits, et les droits du Rif à la santé, à l’éducation et au travail.

J’aime cette terre généreuse et j’aime ses gens, rifains soient-ils ou pas. J’ai appris de mon père, homme modeste et démuni, à souhaiter le bien pour tous, à apporter mon aide à tous. Et ce sont là les traditions des Rifains.

Je revendique de simples droits, totalement inexistants au Rif. Le Rif est broyé par le cancer. Ici, dans chaque famille, vous rencontrez non pas un cas, mais des cas de cancer. C’est la conséquence de l’usage de gaz toxiques par l’occupant espagnol.

Le Rif est décimé par le cancer et la marginalisation. Nous n’avons pas d’hôpitaux capables de soigner toutes ces variétés de cancers. Dans ma demeure, de sorte à les rapprocher des soins, j’ai hébergé de nombreuses victimes de ce fléau venu de lointaines montages. Des zones montagneuses enclavées, dépourvues de routes et tenues hors du monde par la pauvreté et le dénuement. Des femmes broyées par le cancer, la pauvreté, qui ne subsistent que par la charité qui leur est donnée par les bonnes âmes. Voilà la réalité du Rif, broyé dans tous ses droits.

Je manifeste pour la justice. Je manifeste pour mes droits et ceux de mes enfants. Je manifeste pour que nous puissions avoir un hôpital à même de prendre en charge tous les malades. Je manifeste, parce que j’ai vu les larmes d’impuissance des cancéreux laissés pour compte ici au Rif.
Je manifeste pour ces familles dont je sais qu’elles n’ont même pas une bouchée de pain, car ici, il n’y a ni travail, ni ateliers, ni usines.

Je manifeste parce que je veux le meilleur pour ma patrie. Le meilleur se construit avec des écoles et nous n’avons pas d’université, alors nous écourtons prématurément nos parcours d’études.

Pour tout cela je manifeste. Je n’ai pas peur et je ne me cacherai pas, comme on me le demande. Ma protestation est pacifique et elle est de mon droit le plus absolu. Je ne me cacherai pas, même si cela doit conduire à mon arrestation.

Je te demande pardon ma mère adorée, pardon mon père adoré, mes très chers enfants, pardon à tous ceux qui m’aiment, pour la douleur que je risque de vous causer, mais je ne vais pas me terrer comme une souris.

Je manifeste pacifiquement pour une cause juste et si je venais à être arrêtée, comme c’est le sort de beaucoup, je sais que nous avons un Dieu qui sait ce qu’il y a dans les cœurs et qu’il ne nous abandonnera pas.

Je manifeste pour les rêves de tous les enfants du Rif, pour les mères du Rif qui espèrent le changement, rêvent d’une vie digne comme ils ne cessent de le scander dans la rue.

Liberté ! Dignité ! Justice sociale !

Je vous aime mes enfants. Je manifeste pacifiquement pour les droits broyés du Rif et je persévérerai jusqu’à mon dernier souffle.
Je ne me cacherai [terrerai] pas.

Texte de Nawal Ben Aïssa traduit de l’arabe par Mohand Bakir

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