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L’État islamique d’Iraq et Syrie et le projet sioniste

Que ce soit dans la presse ou sur internet, il ne manque pas d’analystes pour nous expliquer la nature de l’État islamique d’Iraq et Syrie. Tantôt donc il nous est présenté comme une déviance de l’Islam contemporain, tantôt comme une mise en œuvre de l’Islam éternel. Tantôt il s’agit d’un nouveau Khârijisme, tantôt d’une réactivation du modèle muhammadien. Une autre approche mériterait peut-être d’être envisagée, qui aurait autant sinon plus de chances d’être pertinente : voir dans le nouveau califat un remakeislamiste, en mode accéléré, du projet sioniste.

Certes, il y a des différences. L’État islamique d’Iraq et Syrie ne peut bien entendu se réclamer d’aucune déclaration de type Balfour, alors même que certaines sources évoquent une aide apportée par la CIA à la naissance du mouvement en Syrie. Le nouveau califat d’Abû Bakr al-Baghdâdî est par ailleurs un projet de société fonction d’une idéologie prétendant à l’universalité, non pas une entreprise d’occupation territoriale réservée à une tribu sémitique particulière, se présentant comme  élue de Dieu.

Plus profondes sont cependant les similitudes. Avec le nouveau califat né des Printemps Arabes comme avec le sionisme sous les empires ottoman et européens, on assiste à l’implantation violente, au cœur d’un Moyen-Orient pourri par la dictature, d’un État de « purs » faisant autant fi des frontières existantes que des populations locales. Dans les deux cas, la tendance est à l’éradication des communautés autochtones « différentes » : chrétiens, shî‘ites et Yézidis de Syrie et Iraq aujourd’hui, musulmans et chrétiens de Palestine naguère, à Deir Yassine, Sabra & Shatila, Gaza, etc.

Dans les deux cas, un même appel a été lancé aux diasporas de rejoindre les rangs de leurs organisations et groupements terroristes respectifs : Haganah, Irgoun, Isis et autres al-Qâ‘idas. Et cet appel d’être entendu par maints Musulmans en mal d’intégration dans l’Occident post-chrétien, victimes des politiques d’assimilation forcée et des pratiques de discrimination que l’on sait, comme il fut entendu de beaucoup de jeunes Juifs en proie aux pogroms tzaristes ou à la barbarie nazie montante. Par ailleurs, tout comme le projet Herzlien benéficia de l’appui financier de nombre de philanthropes juifs, beaucoup de Musulmans aisés, dans le Golfe et ailleurs, contribuent de leur poche au jihâd.

Dans le cas de l’État islamique d’Iraq et Syrie comme dans celui du projet sioniste, les autorités traditionnelles de l’Islam et du Judaïsme peinent quant à elles à reconnaître leurs religions dans le militantisme radical et le terrorisme de tels zélotes et ghâzîs. Qu’ils soient laïcisés ou croyants, ces zélotes et ghâzîs partagent cependant une même utopie – qu’elle s’appelle Eretz Israel ou Médine – et s’activent à en précipiter l’actualisation, fût-ce par la terreur…

Pour se justifier d’avoir fermé les yeux sur le terrorisme sioniste et, finalement, d’avoir béni la création d’Israël, l’Occident invoque parfois la nécessité d’expier ses propres crimes – l’antisémitisme et l’Holocauste. L’État islamique d’Iraq et Syrie ne peut manifestement pas se prévaloir d’un tel avantage ; ou, à tout le moins, pas encore… Dans un avenir plus ou moins proche, peut-être cette situation changera-t-elle, dans la mesure où l’islamophobie et l’anti-islamisme de plusieurs pays occidentaux y accroissent la normalisation de politiques d’extrême-droite.

Une alternative plus sage pourrait être, pour les empires coloniaux d’hier et d’aujourd’hui, de chercher à expier les crimes qu’ils ont perpétrés dans le Dâr al-Islâm, et continuent à y commettre,  en laissant les pays musulmans s’occuper eux-mêmes de leurs démons. 

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