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Les musulmans ont mille et une raisons d’être fiers

Dans son roman à succès intitulé Le Musée de l'innocence , l'écrivain turc et prix Nobel de littérature en 2006, Orhan Pamuk, parle avec éloquence de l'importance que revêtent les musées dans notre société.

''Avec mon musée, je souhaite apprendre aux Turcs mais aussi aux autres peuples du monde à être fiers de leur vie,'' écrit Pamuk. ''J'ai voyagé partout dans le monde et je l'ai vu de mes propres yeux: tandis que l'Occident est fier, le reste du monde vit dans la honte. Pourtant, si les objets qui nous font honte sont exposés dans un musée, ils deviennent aussitôt source de fierté.''

Le pouvoir des musées réside dans leur capacité à faire la lumière sur les accomplissements que l'histoire de la civilisation occidentale n'a pas nécessairement pris en compte. A Washington, deux musées très différents l'un de l'autre s'essayent à cet exercice en présentant des expositions qui mettent l'accent sur l'influence oubliée de l'islam.

L'exposition de la National Geographic Society révèle que le Moyen-Age n'était pas aussi sombre que nous l'ont fait croire les livres d'histoire. ''1001 inventions: L'âge d'or de la société musulmane,'' qui est présentée jusqu'à la mi-février, montre que la période qui s'étend de la fin de l'Empire romain à la Renaissance était riche en innovations et idées dans tous les domaines – médecine, mathématiques, cartographie, sciences, astronomie, agriculture, architecture et tant d'autres. Alors, pourquoi nos livres d'histoire n'en font-ils pas état? Comment cet apport a-t-il pu être ignoré?

Une raison peut être avancée, à savoir que ce chapitre de l'histoire humaine commune a été écrit dans une autre langue, l'arabe.

''Une amnésie de mille ans. Il faut remédier à cette situation'' déclare Salim T.S. Al-Hassani, le rédacteur en chef du livre de l'exposition et fer de lance du projet, lors d'un entretien à la National Geographic Society. ''En regroupant des modèles de l'histoire, nous pouvons influencer et inspirer les jeunes d'aujourd'hui.''

Parmi ces modèles, Jabir Ibn Hayyan, ''le père de la chimie'', Abbas Ibn Firnas, un des précurseurs de l'aéronautique, Al-Farabi qui inventa un ancêtre du violon et Abu Marwan Ibn Zuhr (Avenzoar), un pionnier de la chirurgie expérimentale dont les deux filles furent également médecins.

Grâce aux efforts d'Al-Hassani principalement, les gens dans le monde entier sont à nouveau inspirés et fiers de leur patrimoine. Avant qu'elle ne soit présentée à Washington, l'exposition a attiré plus de deux millions de visiteurs à New York, Londres, Los Angeles, Istanbul et Abu Dhabi. Elle a, en outre, obtenu un nombre record de visiteurs (plus de 72'000) lors de son passage, durant quatre semaines, à Doha.

Si la National Geographic Society est un musée bien établi dans le quartier touristique du centre-ville de Washington, il existe, de l'autre côté du fleuve, dans l'Anacostia, un musée plus récent, plus petit, qui retrace certains pans de l'histoire passés sous silence – l'influence des musulmans dans la société américaine. Le Islamic Heritage Museum qui a ouvert ses portes en avril 2011 retrace l'histoire des musulmans des Etats-Unis qui ont fait partie de ce pays depuis sa création – se cachant souvent sous nos yeux.

L'exposition présente des copies des registres de recensement avec plusieurs translitérations du nom de Mohamed, des photos de pierres tombales gravées avec un index pointé vers le haut, indiquant un enterrement musulman (le signe pour un seul Dieu) et les premiers écrits en arabe par des Africains amenés dans ce pays en tant qu'esclaves.

''Les gens pensaient qu'ils étaient illettrés,'' indique Amir Muhammad, le fondateur et président du musée en montrant, lors d'une récente visite, une page de calligraphie arabe écrite par un esclave. ''Ils parlaient juste une autre langue.''

S'il met en lumière la contribution de certains musulmans américains influents tels que Malcom X, le leader de Nation of Islam, ou Mohamed Ali, le boxeur, le musée est le plus efficace dans ses efforts visant à retracer la construction des mosquées et institutions islamiques aux Etats-Unis – parmi elles le Croissant rouge (1920), l'Association des étudiants musulmans (1963) et la Société islamique d'Amérique du Nord (1982) – et restituer l'identité disparue des esclaves musulmans, les libérant ainsi de la honte.

Les visiteurs du musée de Mohamed sont souvent surpris de découvrir que l'islam a de profondes racines en Amérique. Pour beaucoup d'entre eux, ces expositions sont une révélation. Toutefois, pour les musulmans qui visitent ces expositions et d'autres du même genre, l'expérience peut être source de fierté.

Vers la fin du Ramadan, Mussaret Anwar Sheikh, la directrice du département des sciences de l'éducation à l'université pour femmes Fatima Jinnah au Pakistan, s'est rendue à Washington avec son petit-fils pour rendre visite à des membres de sa famille. Interrogée sur ses visites durant son séjour, elle a énuméré les attractions touristiques habituelles.

Puis son visage s'est illuminé.

''Avez-vous vu cette exposition à la National Geographic Society?'' demande-t-elle. ''Mon petit-fils est ressorti émerveillé. Il a dit: ''Je suis musulman et je ne l'ai jamais su! C'est ce que j'ai vu de mieux à Washington.''

En partenariat avec le CGnews

http://youtu.be/eGrjVg7l_T8

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