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Les musulmans d’Allemagne veulent leurs jours fériés

Les sujets épineux donnant matière à débat, et à des joutes passionnelles, ne manquent pas Outre-Rhin, dès que l’islam est en question… A la faveur du long week-end pascal, un représentant éminent de la communauté musulmane d’Allemagne s’est rappelé au bon souvenir du gouvernement, en appelant à la reconnaissance juridique de deux grandes fêtes musulmanes, au risque de s’attirer les foudres de ses membres les plus conservateurs.

Les réactions courroucées de certains ténors politiques, proches de la chancelière Angela Merkel, n’ont pas tardé à fuser, à l’annonce de la requête émise par le président du Conseil central musulman, Aiman Mazyek (photo ci-dessus), qui a remis sur le tapis l’octroi de deux jours fériés, l’un au cours du mois sacré du Ramadan, et l’autre, lors de la célébration de l'Aïd el-Adha, la fête du sacrifice.

"Il ne s'agirait pas d'imposer ces jours de congés à tous les citoyens", plaide Aiman Mazyek, "mais d'offrir la possibilité aux musulmans de prendre des jours de repos à l'occasion des fêtes islamiques. Cela présenterait aussi certains avantages dans le monde du travail", estime ce dernier. Ainsi, dans le secteur public, tel que la police par exemple, "des policiers musulmans pourraient remplacer leurs collègues chrétiens, qui souhaiteraient prendre des congés pendant les fêtes de Pâques", a-t-il souligné.

Une demande tout ce qu’il y a de plus légitime, et qui serait selon Aiman Mazyek "un signe fort de la reconnaissance de l’Etat envers la communauté musulmane allemande, favorisant son intégration", mais qui se heurte encore et toujours à l’hostilité ambiante.

Comme en France, la reconnaissance juridique de l’Islam ne se passe sans susciter de vives polémiques chez le poids lourd européen. En 2010, le remarquable esprit de tolérance dont avait fait preuve l’ancien président Christian Wulff, en déclarant que « l’Islam appartient à l’Allemagne », avait provoqué un coup de tonnerre sur la droite de l’échiquier politique. Dans une parfaite synchronisation, après qu’Angela Merkel ait décrété l’échec du multiculturalisme allemand, paraissait, la même année, le brûlot islamophobe de Thilo Sarrazin, ancien homme politique et membre du conseil d’administration de la Deutsche Bank, au titre apocalyptique  « L’Allemagne court à sa perte », que les Allemands s'arrachèrent.

Wolfgang Bosbach, une grande figure de la politique allemande, membre de l’Union-chrétienne démocrate (CDU), s’est insurgé contre la demande d’Aiman Mazyek, clamant que l’Allemagne n’a « pas de tradition musulmane », tandis que son collègue du CDU, Patrick Sensburg, exhortait à « défendre et à renforcer » la tradition des fêtes chrétiennes.

Pourtant, certains Länder allemands, moins frileux, ont ouvert la voie en 2012 en octroyant aux musulmans des congés pour les fêtes religieuses. Hambourg, par l’intermédiaire de son maire, Olaf Scholz, a passé un accord avec les principales organisations islamiques locales qui donne des droits aux musulmans en ce qui concerne notamment l'instruction religieuse à l'école ou les rites funéraires, tout en leur offrant trois jours fériés. 

Une avancée qui a inspiré la ville de Berlin, dont le premier magistrat a introduit  la possibilité de poser des jours fériés musulmans dans les entreprises et les écoles de la capitale. L'État voisin du Bade-Wurtemberg, autre fief catholique dans le sud de l'Allemagne, gouverné par les Verts, lui a emboîté le pas, en se prononçant en faveur de cette initiative.

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