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Les médias américains ont favorisé la montée en puissance des groupes islamophobes

Caisse de résonance souvent anxiogène et d’une rare complaisance pour l’alarmisme anti-musulmans, les médias sous influence, d’ici et d’ailleurs, et en l’occurrence d’Outre-Atlantique, n’ont cessé, depuis le 11 septembre, de véhiculer et d’amplifier les peurs montées de toutes pièces, relayant sans modération les messages dévastateurs émanant d'organisations non-gouvernementales minoritaires, farouchement islamophobes.

A ce stade de la contamination médiatique, onze ans après les attentats qui ont chamboulé le monde, ce constat américain émis par le professeur Christopher Bail et publié dans la revue American Sociological Review ne constitue certes pas le scoop fracassant de l’année. Toutefois, il présente le grand intérêt de mettre en lumière l’ascension fulgurante de ces groupes marginaux considérés comme extrémistes,  grâce au fabuleux coup de pouce des médias qui leur ont offert des tribunes inespérées pour déverser leur haine de l’islam, leur permettant d’acquérir visibilité et respectabilité.

"Après le 11 septembre, la majorité des organisations à but non lucratif et non gouvernementales rivalisaient entre elles pour tenir un discours de l’apaisement envers l’islam et les musulmans américains,  mais mon étude montre que les journalistes étaient à ce point captivés par une petite poignée de groupes radicaux islamophobes, qu’ils les ont imposés sur le devant de la scène publique pour électriser les esprits", peut-on lire sous la plume de Christopher Bail, professeur adjoint de sociologie de l'Université de Caroline du Nord.

"Ces petits groupes sont ainsi devenus grands, éclipsant tous les autres dans les médias", indique Christopher Bail, ajoutant : " l’amplification institutionnelle de cette énergie émotionnelle a créé un « effet des extrêmes », qui a contribué à réaligner les réseaux inter-organisationnels et changé la trame du discours jusqu’ici dominant".

Le professeur Bail et son équipe ont ainsi analysé de manière comparative les 1.084 communiqués de presse produits par 120 organisations différentes, incluant plus de 50.000 transcriptions de télévision et articles de journaux produites entre 2001 et 2008. Le logiciel utilisé a établi des similitudes accablantes entre les articles du New York Times, USA Today, le Washington Times, CBS News, CNN et Fox News Channel.

"Nous avons ainsi découvert que les médias américains ont presque tous passé sous silence les condamnations publiques du terrorisme, dont le 11 septembre, émises par d'importantes organisations musulmanes aux États-Unis", observe Christopher Bail, poursuivant : "Si l’on combine le mutisme général sur ces condamnations avec l’exacerbation des peurs par les groupes de pression anti-musulmans, on aboutit à ce qui est arrivé : une représentation biaisée et irrémédiablement déformée de tous ceux qui oeuvraient pour réhabiliter l’image de l’islam dans la sphère publique".

Selon Bail, des organisations phares se disputent le leadership de la diffusion et banalisation des préjugés islamophobes, dont le Centre de politique de sécurité (dont le co-président d'honneur est un ancien chef de la CIA), le Middle East Forum (qui se fait fort de «protéger l'ordre constitutionnel contre les menaces du Moyen-Orient à travers des projets tels que l’horrifiant "Islamist Watch") et Stop à l'islamisation de l'Amérique,dont la figure de proue pro-sioniste n’est autre que la très voyante et fulminante Pamela Geller.

"La seule grande organisation musulmane américaine qui a réussi à se frayer un chemin pour atteindre les micros et les caméras, et dont la légitimité est incontestée, est le Conseil des Relations Islamiques (CAIR), qui lutte pour enrayer la surenchère islamophobe dans la sphère publique américaine», écrit Christopher Bail, qui reconnaît par ailleurs que les organisations islamo-américaines pâtissent d’un déficit de représentation au sein du processus politique. 

"Une seule grande organisation musulmane américaine a été conviée à participer aux audiences du Sénat et du Congrès sur la menace de radicalisation au sein de la communauté musulmane américaine", déplore-t-il, en précisant que son étude va au-delà du champ médiatique, et s'intéresse plus largement à l’influence grandissante des groupes de pression anti-musulmans dans les politiques publiques et l’opinion nationale.

Mais le sociologue émérite se veut résolument optimiste, croyant dur comme fer que la tolérance finira par l’emporter sur la déraison islamophobe aux Etats-Unis : "Je ne pense pas qu'il soit trop tard, la tolérance religieuse est profondément ancrée dans notre caractère national. Les musulmans ont toujours été une force positive dans l'histoire des États-Unis depuis le 19ème siècle. Avant les attentats du 11 septembre, les musulmans auraient pu être décrits comme une «minorité modèle», avec un niveau de vie et de scolarité au-dessus de la moyenne nationale. Ils étaient tellement discrets qu'ils étaient  systématiquement confondus avec les Latinos. Inutile de dire que les attentats du 11 septembre ont anéanti ces représentations. Cependant, si mon étude démontre la montée en puissance des groupes islamophobes consécutivement au 11 septembre, elle met également en relief le travail effectué par des coalitions interreligieuses pour déconstruire tous les préjugés savamment entretenus sur l’islam et sa violence",conclut Christopher Bail sur une note plus personnelle, porteuse d'espoir.

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