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Les lendemains difficiles d’une veuve courage, trois mois après le massacre de Christchurch

« Nous étions une si belle famille ». Derrière son doux sourire qui, par pudeur, masque sa peine et sa douleur, Ambreen Naeem, 45 ans, tente de se réinventer une vie à Christchurch, sans son mari Naeem Rashid, 50 ans, et son fils Talha, 21 ans, qui furent cruellement arrachés à son affection lors d’un vendredi 15 mars funeste.

Trois mois après l’inimaginable tuerie qui a fait couler le sang d’innocents dans deux enceintes sacrées musulmanes, sur une terre néo-zélandaise où, jusqu’ici, il faisait bon vivre pour elle et ses coreligionnaires, cette veuve courage s’est épanchée, dimanche 16 juin, au micro d’ABC News.

Elle a décrit la difficile reprise en main de son existence, sans les deux êtres chers qui ont laissé un vide immense derrière eux et alors que le traumatisme est profond. Contrainte de quitter son emploi dans une boulangerie pour veiller sur ses deux plus jeunes fils inconsolables et plus vulnérables que jamais, elle a décidé de déménager pour se rapprocher de leur école, mais aussi d’apprendre à conduire à seule fin d’être plus autonome.

 Ambreen Naeem et son époux, le regretté Naeem Rashid

Ambreen Naeem n’aura guère eu le temps de pleurer la perte de son époux, le pilier de la maison, ni de s’apitoyer sur son sort de mère accablée de chagrin. Son fils Talha, fauché mortellement quelques instants avant son père, était promis à un bel avenir d’ingénieur. La dure réalité, à laquelle elle avait l’obligation de faire face sans s’effondrer, l’ayant rattrapée très vite : elle était désormais chef de famille, devant tout gérer, y compris le budget familial qui était le domaine réservé de son mari.

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« Nous étions tellement heureux et fiers de la famille que nous formions. Nous avons fait de beaux voyages ensemble. Tout est tellement différent aujourd’hui, c’est très dur », a-t-elle confié, la voix étouffée par les sanglots, en ayant une pensée émue pour les 49 autres victimes de l’islamophobie barbare et leurs proches.

A l’évocation de l’acte de bravoure sacrificiel de son mari, professeur de son état – il s’est littéralement jeté sur le terroriste Brenton Harrison Tarrant, dès les premiers coups de feu, essayant de le plaquer au sol afin que les fidèles de la mosquée Al Noor aient le temps de s’enfuir – et de l’hommage poignant rendu par la Nouvelle-Zélande, Ambreen Naeem n’a pu retenir ses larmes.

« Je savais qu’il était très courageux, mais ce qu’il a accompli pour sauver des vies humaines est tout simplement exceptionnel ! C’était un être tellement bon, un enseignant très apprécié de ses élèves et il est mort en héros », a-t-elle déclaré, bouleversée, tout en brandissant l’insigne distinction que le Pakistan, son pays natal, lui a décernée.

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« Naeem est la quatrième personne au cours de ces 72 dernières années à avoir reçu la Médaille de la bravoure civile au Pakistan, la plus haute distinction qui soit », a-t-elle souligné non sans une pointe d’admiration. « C’est donc très spécial, surtout pour mes enfants qui grandiront dans le souvenir d’un père héroïque. La disparition brutale de mon époux et de mon fils avait un but. Ils aimaient leurs prochains, de toutes confessions et origines, et, dans la mort, ils ont réuni tout le monde », a-t-elle renchéri.

C’est dans les nombreux témoignages de compassion et de sympathie qui ont afflué des quatre coins de Nouvelle-Zélande, que Ambreen Naeem puise les ressources nécessaires pour reprendre lentement le cours d’une vie marquée du sceau de la tragédie. « Les gens qui ont de l’amour dans leur cœur sont les gagnants, ceux qui sont rongés par la haine sont les perdants », a-t-elle clamé en guise de conclusion, tandis qu’un sourire plein de douceur chassait ses larmes et illuminait à nouveau son visage.

             La peinture murale en mémoire de Naeem Rashid réalisée par l’artiste Paul Walsh

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