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Les confidences de l’ex-Premier ministre de Ben Ali sur les derniers instants du despote

Bousculant la grande Histoire sous les effluves révolutionnaires du Jasmin, la Tunisie célèbre en ce 14 janvier le premier anniversaire du premier écroulement d’un régime tyrannique arabe, qui a fait vaciller du trône le président Ben Ali, sa reine noire, ainsi que leur clan, sous le  cri de ralliement français devenu le slogan universel de l’insurrection populaire : « Dégage ! »

A l’heure d’une commémoration officielle résolument tournée vers l’avenir, à l’image du ballet diplomatique qui a vu se relayer à Tunis, depuis le début de l’année,  les chefs de la diplomatie française, Alain Juppé, italienne, Giulio Terzi Sant'Agata, et allemande, Guido Westerwelle, et qui est  marquée par la venue de l’émir du Qatar en vue de la signature d’importants contrats, l’ancien Premier ministre Mohammed Ghannouchi a choisi, pour sa part, de faire le récit des derniers instants d’un régime en pleine déroute, et du crépuscule d’un despote qui a révélé sa face la plus sombre.

"Le matin du 14 janvier j'ai appelé le président et lui ai dit ce qui se passait sur l'avenue Bourguiba" à Tunis, a confié, jeudi,  l’ex-Premier ministre sur la chaîne nationale tunisienne. 

"Ils n'arriveront à rien. Quitte à ce qu'on en tue mille, ou plus", lui aurait rétorqué Ben Ali. "J'étais sous le choc. Je découvrais un autre homme que celui avec qui je travaillais depuis des années", a poursuivi M. Ghannouchi, assurant qu’il avait tenté de dissuader le président mortifié et incrédule de riposter par  un bain de sang. Conseillant à ce dernier  de "mettre en oeuvre des mesures pour le développement et contre la corruption", Ben Ali aurait répondu laconiquement : "On en parlera après". Mohammed Ghannouchi affirme avoir décidé à ce moment précis de quitter son poste pour "ne pas être complice" d’un carnage.

Dans le courant de l’après-midi du jour fatidique, l’ex- Premier ministre apprend la fuite de Ben Ali et de son clan pour l’Arabie Saoudite par un coup de fil d’un haut gradé militaire :  "Ben Ali est parti, le pays est entre tes mains. Si tu n'assumes pas, il va y avoir un bain de sang".

La suite est connue de tous : à 19h, ce même 14 janvier, la nouvelle de la piteuse débandade du couple présidentiel tombe. Mohammed Ghannouchi sera nommé le surlendemain Premier ministre, prenant les rênes du pays temporairement  jusqu'au 27 février, date à laquelle il démissionne sous la pression de la rue.

Vidéo:

Des milliers de Tunisiens, hommes, femmes, enfants se sont rassemblés samedi 14 janvier sur l'emblématique avenue Bourguiba à Tunis pour célébrer le premier anniversaire de la chute de Ben Ali et de "la révolution de la dignité". Ambiance festive et revendicative.

 
 

 

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