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Le secret est en nous

En ce mois béni de jeûne et piété,  nous avons à nous souvenir que nous sommes responsables de notre devenir. Tel est le principe de la démarche raisonnable, qui s’inspire du fait que l’être humain est doté de la dignité et de l’intelligence créatrice, comme le signifient nos références fondatrices. Il y a lieu d’être à la hauteur de ce statut. Être confiant, ce n’est pas appréhender naïvement le monde, ni nier les difficultés. C’est honorer la vie et dialoguer pour contribuer au bien commun.

La volonté de surmonter les épreuves, de trouver des solutions aux problèmes posés et de réussir est un élan naturel. Elle a permit aux civilisations de naitre et d’évoluer. Notre monde à travers l’histoire a surmonté de grands défis, car des hommes et des femmes ne perdaient jamais espoir, sachant qu’au cœur des difficultés, des risques et des épreuves surgit ce qui sauve.

La diffusion continue de  nouveaux concepts comme celui de l’ouvert, sont possibles sur la base de la conviction que vouloir c’est pouvoir. Le désarroi de la jeunesse face aux échecs scolaires, au chômage, la montée de l’intolérance, la déformation de notre réalité, l’incompréhension entre l’Orient et l’Occident et le gap scientifique, sont des défis qui devraient nous amener à prendre des initiatives, à rechercher et à créer des voies opportunes pour contribuer au dépassement des difficultés.

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Par l’effort d’interprétation et le savoir, nous pouvons participer à bâtir et développer une société apaisée, d’autant que notre patrimoine civilisationnel a fait ses preuves. Il nous faut puiser à la fois dans nos références et toutes les sources universelles. Le savoir n’a pas de frontières. La voie du Prophète exige de rester confiant et vigilant, c’est la définition de la foi, iman, aman, foi et confiance sont de la même racine.

Tout comme salam, (paix), et islam, sont liés, car il ne suffit pas de croire, mais d’instaurer des relations de confiance de paix dans la société et d’œuvrer pour élever la condition humaine. Faire fructifier le monde, nous inscrire dans l’innovation permanente, la recherche du savoir, pour améliorer notre condition est une injonction musulmane: « N’oublie pas ta part en ce bas monde, et excelle, recherche l’excellence. »

Reconsidérer les difficultés, garder confiance en l’avenir et inventer de la connaissance, constitue  le chemin de ceux qui dignement ne renoncent ni au bonheur, ni au bien commun. Nos sources nous apprennent que rien n’est donné d’avance, mais rien n’est impossible. Au vu de la dureté de la vie, des incompréhensions, de l’ampleur des problèmes et de la complexité du monde, notre vocation d’être humain exige de nous surpasser. L’Emir Abdelkader disait rien n’est plus dramatique que de ne pas exercer l’ijtihad et l’intelligence humaine.

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Dans le monde entier, nous vivons une crise, mais en même temps se font jour des prises de consciences, des réalisations, l’esprit d’entreprenariat, des progrès scientifiques prodigieux, exponentiels et des signes d’espérances. Sont édifiantes les raisons qui me permettent de rester confiant pour participer à la réinvention d’une nouvelle civilisation.

Le citoyen de confession musulmane peut donner l’exemple, en se gardant du rigorisme et des reflexes de fermeture. L’optimiste responsable ne sous estime pas la dure réalité, il tient compte des épreuves de la vie et des conditions et étapes pour réussir. Sa marque est qu’il ne désespère jamais de l’humanité et plus encore se projette comme leadership. Il est une éthique et une sagesse pour ne pas fuir nos responsabilités.

Répondre par l’optimisme réfléchi au monde dans lequel nous vivons, en termes de vision stratégique, c’est continuer à rechercher le bien commun, le juste et le beau. Loin d’être un choix, c’est le premier des devoirs. Il ne s’agit pas de lendemains qui chantent, d’utopie, ni de paradis sur terre, mais de réunir les conditions d’une civilisation qui élève la condition humaine. Cela implique un savoir qui évolue dans un climat de liberté, en admettant une fois pour toutes que nul n’a le monopole de la vérité et que la diversité est une richesse.

Notre mission est d’éduquer à  la culture du respect du pluralisme, de l’espérance irrésistible et vigilante, tournée vers l’avenir, en tirant les leçons du passé et en repoussant sans cesse les limites de la connaissance. Voie médiane, du juste milieu, ni pessimisme, ni illusion, mais assumer nos responsabilités, par l’engagement concret. Cette posture implique l’acceptation du débat, les idées innovantes, le renouveau et la créativité, qui favorisent le progrès et le vivre ensemble. Il n’y a pas d’alternative à cette perspective.

L’optimisme est le compagnon du musulman pour favoriser la paix intérieure du cœur, et la paix sociale de la Cité. Il est la condition de la civilisation. Il n’est pas question d’espérer moins.

A notre époque, par delà des ignorances, des incertitudes, la marginalisation de la religion et la crise de l’humanisme, les raisons  pour le monde d’être  confiant sont réelles: la persistance de l’attachement à des valeurs éthiques, spirituelles, la liberté par l’ère du numérique et du virtuel, l’élévation de l’espérance de vie, le partage des connaissances, des arts et des cultures, la participation des femmes à la vie collective et l’aspiration des citoyens et des peuples à l’état de droit.

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Malgré toutes les crises et la montée d’extrêmes vouées à l’échec ; dix mille ans après l’apparition de la première civilisation, un futur prometteur s’annonce.
Les bénéficiaires seront les déterminés, créatifs, ouverts au dialogue, au partage, qui marqueront de leur label la civilisation de demain. La civilisation du futur n’appartiendra pas aux extrêmes, mais  à ceux qui ont confiance en eux et en autrui diffèrent, qui sont décidés à partager et anticiper demain, cette conviction spirituelle du vivre ensemble doit nous habiter. C’est ce dont nous avons le plus besoin, face à des enjeux majeurs.

Nous sommes confrontés en ce XXIème siècle à une situation intermédiaire entre la guerre et la paix, entre la barbarie et la civilisation, entre le recul et le progrès, il dépend de nous de faire pencher la balance du bon côté, et orienter la marche du monde dans la bonne direction. Tous, croyants ou non croyants, on ne peut se contenter de trouver un emploi et sortir des problèmes matériels, car il s’agit de se donner du sens, de faire jaillir une civilisation, le progrès est total où il n’est pas.

Tout en sachant que la « révolution » et « l’âge d’or » appartiennent à l’histoire, les peuples aspirent à la civilisation. Pour nous citoyens de confession musulmane, nous pouvons participer pour faire advenir ce monde nouveau, d’une cité juste, paisible, respectueuse de l’altérité et du bien commun. Avec optimisme réfléchi et vigilant, les élites, ont pour devoir de s’impliquer, de contribuer par l’autocritique et la critique constructive, à remettre à jour ce qui s’est fragilisé : le rapport de confiance entre les citoyens eux mêmes. C’est au cœur de la difficulté que surgit ce qui éclaire.

Il reste un avenir, d’une société libérée, apaisée, émergente, du vivre ensemble, si nous enseignons qu’il faut se garder du défaitisme et du populisme si néfastes. Ce que nos ainés ont apporté à l’histoire, ce que nos œuvres, aussi imparfaites soient-elles, et celles des générations montantes, féconderont le monde à venir. Aucun croyant, aucun humaniste, aucun progressiste, ne peut être pessimiste, car la foi éclairée et la raison audacieuse sont une source inépuisable.

Les approches découlant de l’idée de l’humanité livrée à elle même, ou de la loi du hasard chaotique n’existent pas dans notre religion et culture : « plaçant son espoir dans la miséricorde de son Seigneur, Dis : «Sont-ils égaux, ceux qui savent et ceux qui ne savent?», les êtres doués d’intelligence sont à même d’y réfléchir. »

Autant sur le plan individuel que collectif le secret est en nous. Plus nous serons confiant, malgré toutes les épreuves, et que nous donnerons priorité au savoir, au dialogue et au partage, sur la base de l’effort patient, de l’exemplarité, plus nous contribuerons à l’avènement d’une nouvelle civilisation fraternelle.

11 commentaires

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  1. Oui l’introspection c’est le connaît toi toi même que tous les philosophes depuis Socrate et tous les prophètes depuis Abraham conseillent ! C’est cela qui permet de transcender et de faire société fraternelle !

  2. Djesser vous voyez juste et vrai !
    La civilisation de fraternité a existé par le passé pas seulement en Andalousie ! Tout autour de la Méditerranée il y a des échanges et des synthèses magnifiques ! Aujourd’hui et demain par le dialogue et linterconnaissance il est possible comme le précise le Pr Cherif de faire société ensemble ! Tout le reste n’est que élucubration de polémistes…

  3. @ Djéser, allez, vous avez fait votre introspection alors montrez-nous le mode d’emploi de cette civilisation de la fraternité, décrivez-moi le projet, comment on fait en pratique, comment ça se passe? Allez, soyez concret, rien à faire de vos rêves et de vos veilles, gardez ça pour votre introspection et intériorisation, là il s’agit de future civilisation de la fraternité, donc un grand projet, ben c’est pas que de l’introspection, c’est de l’agir, vous agissez quand? En quoi mon objection à l’article ne serait pas pertinente? Autre chose que des sentiments, des je pense que?

    Croissant de lune.

  4. Très beau texte, il nous rappelle des vérités simples : la foi doit naturellement faire découler l’espoir, l’éducation et l’éthique dont nous aspirons tous doit produire des citoyens éclairés, enfin nos esprits collectifs qui aspirent au savoir et à la curiosité doivent constituer une civilisation; Celui qui ne comprend pas ou fait semblant de ne pas comprendre a surement besoin d’une introspection , comme le suggère l’auteur…

    https://renouveaudelislam.over-blog.com/

  5. Tout ça pour dire , ce que JFK avait dit,
     » ce n’est pas ce que la patrie peut faire pour vous, mais ce que vous, vous pouvez faire pour la patrie ».

    Normalement c’est l’homme qui fait la patrie et non le contraire.
    L’homme fait la patrie et la patrie fait bouger l’homme.

    Actuellement , partout dans le monde, c’est le contraire, des gens qui se prennent pour la patrie, font un modèle du citoyen et l’homme doit s’aligner sur ce modèle.

    Tous les modèles sont bons mais injustes.
    Injuste parce que les gens ne sont pas copie conformes.

    S’il y a un pays en ce monde, où l’homme ne singe pas son modèle, il perdra le respect en soi.
    Ceux qui refusent, il leur reste une porte de secours,
    Faire semblants pour pouvoir vivre.

  6. Oui, une civilisation de la fraternité universelle, mais comment je fais pour la faire exister, ça se passe comment? Oui faut une grande quantité d’optimisme et pas trop de lucidité, la concurrence aux ressources qui se raréfient laisse entrevoir au mieux une fraternité entre puissants, l’optimisme de l’auteur peut-il quelque chose contre la fraternité des puissants? Essayer de se fondre en eux? Bon enfin, j’arrête là, sauf si l’auteur daigne descendre de son optimisme pour nous donner la réplique et un peu son mode d’emploi de la vie.

    Croissant de lune.

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