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« Le Parti socialiste connaît un grave déficit d’implantation dans le salariat modeste »

L’élection du 6 mai 2007 a finalement vu la victoire de Nicolas Sarkozy. Comment analysez vous ce succès du candidat de droite (programme, profils sociologiques de son électorat etc,) et les principales raisons de la défaite du camp socialiste ?

Il est bien sûr fort difficile d’expliquer le résultat d’un scrutin comme celui-ci, qui est le produit de multiples facteurs, collectifs et individuels, structurels et conjoncturels. Ce qui frappe d’abord, c’est la très forte participation, qui s’explique probablement par la campagne de Nicolas Sarkozy, très dynamique, et notamment par son discours, très clair, très accessible et très percutant.

Une partie de l’électorat populaire, toujours difficile à conduire aux urnes, a sans doute été sensible à cette forme de campagne. D’ailleurs, on ne peut que constater que les employés et ouvriers n’ont accordé qu’une faible majorité à la candidate socialiste.

L’échec de celle-ci tient sans doute à des raisons liées au fait qu’elle ne faisait pas partie de la direction de son parti et qu’elle a conduit une campagne sur des thématiques qui n’avaient pas préalablement fait l’objet de débats et de votes en congrès. Mais c’est aussi le résultat d’une évolution durable qui a déjà produit les désaveux populaires de 2002 et de 2005. Le Parti socialiste connaît un grave déficit d’implantation dans le salariat modeste, notamment du secteur privé.

Son discours, souvent très policé et très consensuel, par peur de la démagogie et du populisme, est insuffisamment mobilisateur. Son analyse de la société actuelle et partant, son programme, comportent quelques fragilités, notamment pour ce qui concerne le travail.

Nicolas Sarkozy a beaucoup joué sur les thématiques nationalistes du Front National au cours de cette campagne électorale en surinvestissant les questions d’identité nationale et d’immigration. N’a-t-il pas de facto conféré une caution républicaine à ces thématiques en les banalisant quelque peu ?

Il ne faut pas réduire l’originalité du discours sarkozien à cette dimension. Elle est en effet beaucoup plus considérable : c’est la rupture avec la pratique de la droite depuis la seconde guerre mondiale, la rupture avec une droite complexée, faisant des concessions idéologiques à la gauche ; c’est la rupture, cette fois totale, avec le gaullisme.

L’idéal de la Résistance et de la Libération, l’idéologie de la décolonisation, les acquis de Mai 68… tout est balayé, au nom de la fin des « tabous » et de la « pensée unique ». Alors que pendant longtemps la droite ne se présentait pas pour telle (le gaullisme, le centrisme…), elle a commencé à le faire avec Jean-Pierre Raffarin, et la campagne de Nicolas Sarkozy a couronné cette véritable révolution culturelle.

A combien estimez-vous la part du ralliement de l’électorat traditionnel du FN sur le candidat Sarkozy au 1er et 2ème tours ?

On ne peut pas avancer de chiffres précis en la matière, mais il est clair qu’il a su réduire sensiblement le vote lepéniste à son profit.

Peut-on craindre avec la victoire du candidat UMP, un durcissement de la politique sécuritaire et un démantèlement du modèle social français ?

Il y a les annonces de la campagne électorale, et il y a la pratique effective après la victoire. Attendons pour voir ce qui se fera réellement.

Propos recueillis par Haoues Seniguer


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