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Le message d’espoir d’Hassina Zemmam, ostracisée à cause de son voile

Elle a vaincu son angoisse, mêlée d’incompréhension, qui ne la quitte plus depuis l’humiliation subie le 18 septembre dernier, Hassina Zemmam a remporté, au terme de six mois de démarches, une double victoire, sur elle-même mais aussi sur le racisme anti-musulmans désinhibé qui a discriminé, rabaissé et profondément meurtri une citoyenne et cliente comme les autres, à ce petit détail près qu’un voile entoure délicatement son visage. Un détail rédhibitoire, à Marseille comme ailleurs en France.

Cette mère de famille comblée, à la vie bien rangée, connue pour son dévouement auprès des personnes âgées, et dont les enfants sont scolarisés dans un collège catholique, avait contacté notre site au mois de novembre, encore sous le choc de  sa matinée cauchemardesque passée dans un salon de coiffure de la cité phocéenne. Nous aurions pu intituler notre récit « chronique de l’islamophobie ordinaire », tant l’ostracisme mortifiant qui a frappé Hassina Zemmam, impensable il y a encore quelques années, s’est tristement banalisé à l'échelle nationale, laissant des séquelles psychologiques incommensurables.

Rejetée à cause de son voile par un directeur d’une école de coiffure qui n’a pas mâché ses mots pour le lui signifier et la pousser dehors, se moquant qu’elle ait réglé sa coupe de cheveux dès son arrivée, comme exigé par l'établissement, c’est une Hassina Zemmam qui a repris confiance en elle, fière et heureuse d’avoir réussi à transcender ses peurs et ses doutes, qui nous a recontactés pour nous relater l’évolution de son affaire et adresser un beau message d’espérance à l’attention de tous les Oummanautes.

S’armant de courage, à défaut d’avoir toutes les armes en mains pour poursuivre en justice son agresseur, Hassina Zemmam, qui avait préalablement consulté son imam à titre de conseil,  n’aurait pu concevoir de baisser les bras devant l’adversité et de ne pas se battre pour la défense de ses droits bafoués. "Ce fut un viol psychologique !", s’indigne-t-elle. "Le jour où cet homme m’a humiliée publiquement, je lui ai dit que cela ne s’arrêterait pas là. J’ai tenu parole, et pourtant je n’en dors plus, je me suis repliée sur moi-même, je suis suivie depuis par un psychologue qui a pu constater combien cette affaire m’a affectée, je suis d'ailleurs sous anti-dépresseurs, avec toutes les répercussions que l’on imagine au sein de mon foyer. Je suis heureusement entourée par l'affection des miens. Il faut que les agressions verbales ou, pire encore, physiques contre les femmes voilées cessent enfin ! Jusqu’où cette haine va aller ? Nous avons le droit de nous habiller selon nos goûts, selon nos choix, ce n’est pas nous qui troublons l’ordre public et qui enfreignons la loi !", clame-t-elle avec un regain d’énergie.

Sur le long chemin de la reconnaissance de son statut de victime, une rencontre s’avéra déterminante pour la Marseillaise d’adoption, c’est celle avec Samira Adda, une juriste spécialisée dans la défense des droits, qui l’a soutenue dès les premiers instants,  jusqu’à la confrontation tant attendue avec le directeur du salon de coiffure qui a eu lieu, le 19 février, dans le grand commissariat de police de Marseille.

Epaulée également par le CCIF, Hassina Zemmam s’est présentée, fébrile, au rendez-vous, mais munie de textes de loi, notamment sur les fondements de la laïcité,  préparée à affronter son agresseur et sa version des faits qui, sans grande surprise, déforma la réalité sans état d’âme. Sidéré par la convocation policière dont il était l’objet, l’homme, âgé d’une soixantaine d’années, se révéla très prévisible : il a formellement reconnu Hassina Zemmam, mais a tout nié en bloc.

L’a-t-il contrainte à se dévoiler pour avoir le droit de rester dans son salon ? Pas du tout, il voulait juste vérifier la qualité de ses cheveux avant de la coiffer, omettant de dire qu’il avait été appelé à la rescousse par deux coiffeuses qui refusaient de s’occuper d’Hassina Zemmam, la faisant lanterner dans une pièce pour la décourager, pendant que les autres clientes passaient devant elle. L’a-t-il obligée à quitter les lieux en lui reprochant vertement de porter le voile ? Pas du tout, il ne comprend même pas pourquoi le ton est monté… Et l’on en passe et des meilleurs !

Loin de se démonter, Hassina Zemmam, qui a puisé en elle des ressources inespérées, a su argumenter avec calme, énonçant sa vérité posément et efficacement, ce qui a fortement impressionné la femme inspecteur de police qui a supervisé la confrontation. Celle-ci lui en a d’ailleurs fait part en privé, à l’issue de l’entretien, tout en souhaitant consulter les documents juridiques sur lesquels Hassina Zemmam s’était appuyée pour réhabiliter une liberté individuelle fondamentale qui lui a été si brutalement déniée.

Quel sera l’épilogue de l’affaire ? Pour l’heure, Hassina Zemmam l’ignore, mais l’essentiel à ses yeux était de parvenir à porter plainte, à se faire entendre, à être prise au sérieux, et à faire reconnaître son statut peu enviable de victime de discrimination religieuse dans la patrie des droits de l’Homme, dont la loi de 1905, clef de voûte de la laïcité française, n’en finit pas d’être dévoyée. "Il faut se battre pour préserver ses droits mais aussi pour mieux les connaître !", insiste-t-elle, avec une pensée particulière pour toutes les lectrices d’Oumma.com.

Propos recueillis par la rédaction d'Oumma.com.

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