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Laïcité: François Hollande, favorable à une loi dans le secteur public de la petite enfance

Jusqu’où ira le dévoiement de l’esprit de la loi de 1905, ou en d’autres termes jusqu’à quels confins de l’espace public hexagonal s’étendra le principe de la neutralité religieuse et par là-même l’invisibilité des musulmans, dans une République recroquevillée dans un dogmatisme laïc guère éclairé ?

Dans son grand oral d’hier soir sur France 2, François Hollande a désavoué l’empressement à légiférer à tout prix contre le voile qui anime son très partisan ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, en précisant qu’il y aura bien un projet de loi pour préserver la sacro-sainte laïcité à la française – guettée par moult périls imaginaires, savamment exacerbés à droite comme à gauche – mais a minima, dans le service public de la petite enfance uniquement.

Pour le chef de l’Etat en chute libre dans les sondages, avoir un Sarkozy bis à ses côtés, qui fait du voile son cheval de bataille avec la même fougue qu’un Copé, entré en croisade contre le niqab, équivaut à trahir sa promesse de changement… A moins qu’elle ne s’inscrive dans la continuité de la diabolisation de l’islam poussée à son paroxysme sous le règne de son prédécesseur, sinistre artisan de la division nationale et de l'islamophobie.

Ce serait donc uniquement dans le cadre « d’une crèche associative bénéficiant de financements publics » que s’appliquerait une loi similaire à celle du 15 mars 2004 dans l’enceinte scolaire, François Hollande, bon prince, pardonnant à Manuel Valls sa saillie verbale qui remettait en cause la décision de justice prise par la Cour de Cassation dans l’affaire de la crèche Baby Loup, mais aussi et surtout qui enfreignait sans complexe la règle d’or de la séparation des pouvoirs.

"Pour que personne ne se sente discriminé, ou lésé, ou atteint, je souhaite que nous puissions trouver un texte qui fasse consensus, a expliqué le président. Je demanderai donc au Premier ministre (…) de réunir les groupes parlementaires pour qu'un texte puisse être voté", a déclaré l’actuel locataire de l’Elysée.

Dépasser les clivages dans une France qui a empoigné tous les voiles comme autant d’épouvantails utiles masquant la déliquescence du pays, et dans un gouvernement qui tire à hue et à dia en la matière, quelle gageure !

Quand l’ambitieux Manuel Valls a jugé nécessaire de légiférer, le ministre de la Ville, François Lamy, a appelé à la «prudence», tandis qu’une autre voix socialiste s’élevait pour s’insurger contre la perspective d’une énième loi de la « stigmatisation », en la personne du député de la Seine-Saint-Denis Razzy Hammadi.  Ce dernier a fait entendre sa différence clairement en prévenant qu’il ne voterait aucun texte de loi sur le sujet, lançant à l’adresse de Manuel Valls : "On ne s'est pas débarrassé du sarkozysme par la porte pour le faire rentrer par la fenêtre!"

Le quinquennat de Hollande, aujourd’hui soumis aux fortes zones de turbulence de la défiance généralisée, saura-t-il se démarquer de la surenchère anti-voile attisée par son ministre de l’Intérieur ? Une brèche politicienne dans laquelle se sont engouffrés, comme un seul homme, certains ténors de l’UMP, à l’instar de Jean-François Copé, François Fillon, Christian Jacob et Éric Ciotti, qui ont déposé dès jeudi un texte permettant aux entreprises privées d'inscrire le principe de neutralité religieuse dans leur règlement intérieur. 

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