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Le divorce en hausse chez les musulmans américains

Dans une société occidentale, où la banalisation du phénomène du divorce se mesure à l’aune de chiffres édifiants, – un mariage sur trois se fissure presque inexorablement -, soulevant à la fois des questions cruciales sur ses causes profondes, tout en mettant en relief l’évolution des critères relatifs à la stabilité conjugale, les musulmans américains ne sont pas épargnés par cette fragilisation des couples.

Des mariages de plus en plus tardifs, des ruptures de plus en plus précoces, avec ou sans enfants, tels sont les rythmes familiaux qui cadencent la vie de nos contrées, et qui emportent dans ce tourbillon des nouveaux comportements face au mariage, à la sexualité et à la parentalité, 31% des musulmans Outre-Atlantique, ainsi que l’a démontré une récente étude conduite par le Dr.Ilyas Ba-Yunus, professeur de sociologie à l'Université d'État de New York.

Mêmes maux, mêmes effets, force est de constater que les divorces sont sur la courbe ascendante dans la communauté musulmane américaine, Aly Lela, l’imam de l’Assocation islamique du Grand Détroit Rochester Hills, en ayant identifié les raisons principales :

"Il y a des tas de raisons qui conduisent à ce triste résultat, certaines sont externes, liées à la société et la culture américaines, comme le matérialisme, l'individualisme, la relation entre les sexes et la pornographie, etc… D’autres sont internes, et relatives à une compréhension musulmane  de la structure familiale qui a changé,  où l’on confond les valeurs, entre enseignement religieux et héritage culturel. L’implication des parents dans la vie matrimoniale de leurs enfants est jugée pesante et inutile, voire même envenimant les choses, la mauvaise compréhension des objectifs élevés que représente le mariage, qui s’accompagne de la méconnaissance des devoirs et obligations des conjoints, du bon comportement de l’époux, qui doit agir en mari dévoué, et de l’épouse, qui se doit d’être une femme responsable, sans oublier la violence verbale et domestique, les différences culturelles, l’absence de spiritualité au profit de l’aspect juridique du mariage, privilégiant une approche sans âme mais très matérialiste, sont autant de facteurs qui détruisent le fil, aujourd’hui ténu, du mariage", analyse-t-il.

L'imam Taha Hassane, qui officie au sein du Centre islamique de San Diego en Californie, observe cet échec des mariages musulmans dans les mêmes termes : "Je crois que l'augmentation du taux de divorce au sein de la communauté musulmane est due à un manque de compréhension du but du mariage et sa signification."

Alors, comment anticiper les conflits qui peuvent surgir et briser les couples ? Les deux imams Aly Lela et Taha Hassane n’ont de cesse de vanter les mérites de la consultation prénuptiale : "Le conseil prénuptial est très important", insiste Aly Lela, tandis que l'imam Hassane souligne : "Exiger l'intervention d'un conseiller pré-mariage avant de sceller le contrat va diminuer le taux de divorce."

Les contrats prénuptiaux jouent également un rôle clé dans la  préparation pré-maritale. L'imam Kavakci, membre de l'Association islamique du nord du Texas, délivre à tous les couples qui ont l'intention de se marier dans sa mosquée une entente prénuptiale. Ils peuvent alors légaliser et consigner noir sur blanc les obligations, les droits, les règles, les responsabilités, et les attentes de chacun, et ce dès le début du mariage. Cette clarification revêt l'intérêt de prévenir plutôt que de guérir, tout en pesant juridiquement: "Dans les tribunaux, ce contrat est applicable", a-t-il déclaré, en précisant qu’il  se tient à la disposition des juges pour les éclairer sur ce document et son application locale, le cas échéant.

Le mode de vie américain, l’obsession de posséder des biens pour vivre « heureux », au détriment de l’élévation de l’esprit et de l’aspiration à Dieu, l’incommunicabilité entre les deux époux, les ravages de l’adultère et de la pornographie, auxquels s’ajoutent les inévitables vicissitudes et amères désillusions de la vie, ont forcément des répercussions sur l’intimité du foyer, ce havre de paix et de transmission des valeurs spirituelles et morales par excellence. Difficile de se sentir deux, quand on peine à ne former qu’un, dans un monde qui peut s'avérer particulièrement déstabilisant.

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