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La série “Muslims like us” débarque au Royaume-Uni en créant la polémique

Ses producteurs, imperméables aux critiques qui fusent, sont convaincus de tenir là un concept en or, audacieux comme seule la télévision britannique a l’art d’en créer, la série « Muslims like us » vient de débarquer sur la petite lucarne cathodique de l’autre côté de la Manche, s’invitant dans les foyers de manière retentissante.

Cette télé-réalité d’un genre nouveau, censée faire les heures divertissantes mais aussi instructives de la BBC2, met en scène dix candidats de confession musulmane, sélectionnés pour incarner la diversité qui caractérise les 2,7 millions de sujets musulmans vivant dans le royaume de Sa Gracieuse Majesté.

Tordre le cou au préjugé tenace d’une communauté monolithique, tel est l’un des objectifs majeurs de cette immersion inédite dans l’islam, devant les objectifs scrutateurs des caméras dont on est assuré qu’elles ne perdront pas une miette de la confrontation des points de vue en vase clos, durant neuf jours, dans l’intimité d’une maison située en plein cœur du York.

« Mettez dix musulmans britanniques dans une maison, qui ont des visions du monde différentes, et appuyez sur "enregistrer". Ce qui émerge est un débat passionnant, des désaccords honnêtes, de l’humour et des moments plus profonds qui révèlent ce que signifie être musulman au Royaume-Uni aujourd’hui », promettait la chaîne, avant que ne souffle sur elle la tempête médiatique.

Pour personnifier cette diversité musulmane et permettre au public d’en appréhender les différentes composantes, la production a misé sur un casting de choc, se voulant briseur de clichés et sans tabous, mais n’est-il pas précisément en train de les raviver ? Là est la question qui fâche et divise chez nos proches voisins britanniques.

Parmi ces dix volontaires à avoir accepté de se prêter au jeu figurent notamment un comédien à la tête d’un refuge de sans-abris, un top model, une prof très pieuse déplorant qu’on la juge comme "la musulmane qui a mal tourné", un gay, une femme de 76 ans, et un ex-boxer proche d’Anjem Choudary, un prédicateur radical, aux côtés duquel il apparaît sur des vidéos cautionnant les exactions de Daech. Abdul Haqq, de son vrai nom Anthony Small, est un musulman converti qui a été acquitté l’année dernière après avoir tenté de rejoindre l’Etat Islamique en Syrie. Bien que son passeport lui ait été confisqué par les autorités britanniques, ce dernier a annoncé la couleur aux producteurs : s’il le récupère, il partira.

Personnage dérangeant, la présence d’Abdul Haqq n’en finit pas de défrayer la chronique, au grand dam du producteur, Mobeen Azhar, qui essuie une volée de bois vert pour en avoir fait l’intrus indésirable de la série. « Il est important pour quelqu’un comme Abdul Haqq d’être vu comme un personnage réel, pour comprendre d’où il vient », se justifie-t-il, en insistant sur le fait que l’immense majorité des musulmans condamne sans réserve l’extrémisme, ses abominations et ceux qui les commettent au nom de l’islam.

« Il très important pour moi que cette voix soit représentée, mais surtout contestée. Il y a des gens dans ma propre famille qui ont des points de vue radicaux. On s’assoit autour de la table et on en parle. Nous aurions eu tort de ne pas l’avoir », plaide avec force Fatima Salaria, directrice éditoriale de la BBC, en estimant que faire abstraction de cette opinion, aussi jusqu’au-boutiste et dogmatique soit-elle, aurait été irresponsable.

Passionnante pour les uns, indécente pour les autres, c’est peu dire que la série « Muslims like us » scinde le Royaume-Uni en deux camps irréductibles. Seul l’avenir dira si l’audace de sa création « so british » s’avérera au final payante… 

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