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La police de New York promet de protéger les droits des musulmans

Après avoir, tout au long d’une décennie post-11 septembre sous haute tension, davantage suspecté, épié, filé, traqué les citoyens musulmans qu’elle ne les a protégés, piétinant le grand principe de la présomption d’innocence à mesure que son espionnite aiguë percevait un terroriste en puissance derrière chaque fidèle, la toute-puissante police de New York en aurait-elle fini avec son Big Brother oppressant qui a réduit en miettes les droits civiques d’administrés éternellement dans le viseur ?

Sur la sellette pour avoir trop tiré sur la corde jusqu’à ce qu’elle rompe, le fleuron de l’institution policière américaine semble redresser la barre, vers plus de légalité, de justice et un sens du discernement plus aiguisé, ses œillères opaques tombant avec la dissolution récente de la Demographics Unit, cette unité secrète fustigée pour ses graves dérives mêlant la CIA par les défenseurs des libertés civiles, certains membres du Congrès, ainsi que les associations musulmanes.

La célébration du Ramadan 2014 ferait-elle des miracles au sein du NYPD ? On aimerait y croire, même si l’on subodore que des considérations plus prosaïques ont dû prévaloir pour amorcer une nouvelle ère, celle de l’apaisement et de la confiance, où les musulmans ne seront plus tenus à l’œil, mais regardés avec un œil neuf, voire même vus d’un bon œil…

C’est en tout cas à l’approche de ce mois béni que le commissaire de police de la Cité qui ne dort que d’un œil est apparu animé des meilleures intentions du monde, au cours d’une réunion pré-Ramadan organisée le 19 juin au siège social de Manhattan, à laquelle étaient conviés d'éminents représentants de la communauté musulmane.

Finie la surveillance de tous les instants dans les mosquées, les universités, aux abords des domiciles et des lieux de travail, révolu le temps des taupes en embuscade ou en tenues de camouflage, terminée la suspicion généralisée qui fait de chaque musulman un coupable idéal ! William Bratton l’a assuré et promis avec une belle force de conviction qui a peut-être convaincu les esprits les plus réceptifs et laissés perplexes les plus sceptiques, adeptes de la philosophie de Saint Thomas « Je ne crois que ce que je vois » : l’heure est venue de traiter équitablement ces citoyens plus habitués à ce que l’on les surveille qu’à ce que l'on veille sur eux, plus habitués à être pointés du doigt, discriminés et diabolisés qu’à être respectés et jugés dignes de confiance.

"Nous sommes ici pour célébrer avec vous votre mois saint par excellence", a déclaré en préambule William Bratton, l’homme du renouveau du NYPD. "C'est un moment de réflexion sur soi et sur la relation intime et privilégiée avec Dieu. . . la sûreté et la sécurité sont des bénédictions, grâce auxquelles la foi s’épanouit. Vous avez ma promesse, en ma qualité de commissaire, que nous ne ferons rien pour détruire ce lien de confiance avec vous, et que tout sera mis en œuvre pour le consolider. Vous avez aussi ma promesse que toutes nos actions se conformeront au strict cadre légal et constitutionnel, sans jamais l’enfreindre, et qu’elles seront menées de manière efficace et respectueuse", a martelé ce dernier devant un auditoire suspendu à ses lèvres.

On ne le sait que trop, les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent, et les nombreux dirigeants musulmans qui ont bu les paroles de William Bratton ont été suffisamment échaudés pour ne pas les prendre pour paroles d’évangile… Diplomates mais pas crédules, ceux-ci ont d’abord loué les propos du commissaire de police, suffisamment rares pour être salués, avant d’exiger des gages de réassurance quant au coup d'arrêt définitif donné à l’espionnage intensif dont ils ont été les proies faciles.

"Nous sommes des gens pacifiques et nous nous chargeons de chasser les brebis galeuses au sein même de notre communauté. J'encourage sans cesse mes coreligionnaires à me dire si quelque chose de mal se produit. Je serai le premier à en référer à la police. Nous n'avons pas besoin d’informateurs. Venez à nous !", a lancé l'imam Adebole Sanusi, qui officie au sein de la mosquée Masjid Rahmatillah, située à Staten Island.

Ce à quoi, Mustapha Senghor, président du Centre culturel islamique de Harlem, a renchéri, en s’exclamant : "C’est de confiance dont nous avons cruellement besoin ! Nous souffrons de la défiance générale partout et à tout moment de notre vie quotidienne, dans les aéroports, sur les autoroutes, alors que nous faisons partie de vos citoyens les plus fiables, animés par un vrai sens des valeurs morales. Nous ne sommes pas des alcooliques qui conduisent des voitures, et quand les trafiquants de drogue et les revendeurs nous voient, ils déguerpissent. Nous rendons votre vie plus facile."

Tout ouïe, William Bratton a écouté avec une extrême attention, presque religieusement, les interventions de ses hôtes de marque, avant de présenter non sans fierté le petit guide pédagogique spécial Ramadan, destiné aux fonctionnaires de police, qui a été conçu pour répondre au mieux aux requêtes pressantes de la communauté musulmane en matière de recrutement de policiers compétents, compréhensifs, respectueux et familiarisés avec les grands fondements de l’islam et ses cinq piliers essentiels.

"Effectivement, former certains policiers s’avère indispensable", a insisté Mustapha Senghor, ajoutant : "Nous avons tous eu, un jour, maille à partir avec certains fonctionnaires de police, pas tous bien sûr, qui aiment réellement l’affrontement et font tout pour arriver à cette extrémité que nous réprouvons vivement."

Pour conclure cette rencontre libératrice et fructueuse qui va sans nul doute cristalliser de grandes attentes au sein de la communauté musulmane New Yorkaise, le mot de la fin de William Bratton résonna d’un cri de ralliement : tous unis contre l’extrémisme ! Celui-ci a en effet exhorté les différentes personnalités du culte musulman à faire cause commune avec la police pour inciter la jeune génération à rester sur le droit chemin. Une exigence que les musulmans de Big Apple, dont les libertés fondamentales ont été longuement bafouées, pourraient légitimement retourner au plus prestigieux Département de police des Etats-Unis, entaché par une lutte anti-terroriste qui a outrageusement flirté avec l'anticonstitutionnalité.

Par la rédaction d'Oumma.com

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