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La mort tragique d’un étudiant zimbabwéen, agressé à l’arme blanche, suscite une vive émotion en Algérie

Sa bourse d’études universitaires en poche, Prosper Ndudzo, un jeune zimbabwéen de 22 ans, s’était envolé pour l’Algérie, le cœur léger et l’envie de réussir chevillée au corps, mais il était loin d’imaginer que la mort, violente, l’attendrait au tournant à Sidi-Amar, en ce début d’année funeste.

C’est dans cette commune, située au cœur de la wilaya d’Annaba où il se perfectionnait en électromécanique, que le drame s’est noué mardi 5 février, au cours de la soirée, sous les yeux impuissants de l’un de ses camarades.

Très affecté par la fin tragique de son ami, ce témoin-clé de l’agression de Prosper Ndudzo, qui l’avait accompagné pour faire quelques courses, a relaté péniblement le déroulement des faits, jusqu’aux paroles poignantes qu’il prononça dans un dernier souffle de vie sur son lit d’hôpital : « Je dois parler à mon père » et « Que Dieu te bénisse ».

« J’étais avec Prosper, parce que le resto était fermé et nous avions décidé d’acheter quelques légumes et du poulet. À l’aller, nous sommes passés devant trois personnes qui étaient assises. À notre retour, elles étaient toujours là. L’un d’eux, le plus grand, s’est mis debout et a marché devant nous, il a fait comme s’il passait mais il s’est retourné vers moi. […] il a voulu s’accrocher à moi alors je l’ai boxé, et quand je me suis retourné pour regarder derrière moi, j’ai vu que les deux gars avaient déjà pris Prosper », a-t-il raconté à la presse algérienne.

Poignardé à la cuisse et à la poitrine, le malheureux étudiant du Zimbabwé gisait dans une mare de sang, tandis que ses agresseurs avaient détalé comme des lapins, non sans lui avoir préalablement dérobé son téléphone portable.

« J’ai essayé de le traîner et je l’ai mis au milieu de la route. J’ai essayé d’arrêter les véhicules mais ils passaient toujours. Ils ont vu que Prosper était couvert de sang mais ils ont refusé de s’arrêter », a expliqué son camarade, encore sous le choc. « Prosper m’a dit : j’ai été poignardé. J’ai vu que beaucoup de sang sortait de sa cuisse », a-t-il ajouté, la voix étranglée par le chagrin.

Il aura fallu l’intervention secourable de deux étudiants maliens pour que la victime de cette agression odieuse soit enfin transportée d’urgence à l’hôpital. Hélas, trop tardivement, car « Prosper n’était déjà plus conscient », comme l’a vivement déploré son ami.

Que ce soit la police ou l’ambulance, leur absence de réactivité a eu de graves conséquences, accuse aujourd’hui le témoin de l’agression. Sa consternation n’en fut que plus grande en arrivant aux urgences, lorsqu’il réalisa, atterré, le peu de cas que le personnel soignant de l’hôpital d’El-Hadjar faisait de son camarade. « Tout ce qu’ils ont fait, c’est bander son pied et le mettre dans une chambre », s’est-il désolé, avant de dénoncer : « Les médecins n’ont même pas pris soin de lui ».

Et de poursuivre, les yeux remplis de larmes en évoquant les derniers mots déchirants de son ami : « Prosper me disait ‘je dois parler à mon père’. Il essayait de se rappeler du numéro de son père, mais il a perdu conscience avant de s’en souvenir. J’ai continué à lui dire ‘’on va appeler ton père, continue à parler s’il te plaît’’, et il m’a dit ‘’Que Dieu te bénisse’’. Ce furent ses dernières paroles ». Prosper Ndudzo s’est éteint le 6 février, après avoir succombé à ses blessures irréversibles.

La triste nouvelle de son décès s’est vite répandue parmi les étudiants étrangers en Algérie, suscitant stupeur et colère notamment au sein de la communauté estudiantine issue des pays subsahariens, après avoir appris les circonstances du drame.

Loin d’être indifférente au destin foudroyé de l’étudiant zimbabwéen, la population algérienne a fait part de sa profonde émotion, teintée d’indignation. Ils furent nombreux à rendre un vibrant hommage au regretté jeune homme sur les réseaux sociaux, en partageant largement plusieurs photos de lui.

Jeudi dernier, une clameur de protestation s’est élevée dans le ciel d’Annaba, montant des rangs des étudiants étrangers de l’université locale, qui s’étaient rassemblés en mémoire de leur camarade assassiné lâchement et arraché cruellement aux siens. Au premier plan figurait son ami proche et grand témoin bouleversé de l’agression qui lui fut fatale.

Un témoignage très touchant

Publiée par Cheick Kounandi Bamba sur Jeudi 7 février 2019

10 commentaires

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  1. Horrible ôter la vie d une personne , j espère qu’ ils seront attrapés et condamnés comme il ce doit. . Que dieu donne du courage à sa famille.

    • Les assassins doivent certes, payer mais également, les personnes qui n’ont pas prêté assistance, le personnel de l.hôpital et les médecins qui n’ont pas fait leur devoir

  2. Je suis algérien d’origine , et je condamne cette acte ignoble et cruel , qui tue une vie c’est comme tuer l’humanité , car il brise une chaîne . je souhaite que le ou les assassins soits rattrapé par la justice et qu’il paies leurs crime…

  3. Paix à son âme,
    Son assassin ne le connaissait même pas, un paumé comme il y’en a tant dans nos rues qui voulait juste voler un portable histoire de payer sa dose et qui va avoir le temps d’y réfléchir à perpète.
    Bref, un crime crapuleux, c’est horrible pour la famille du gosse et pour ses amis mais ça aurait pu être n’importe qui d’autre.
    En revanche, les allégations de mauvaise prise en charge sont gravissimes si elles devaient être établies.

    • Cela est très triste…

      Je remarque que, lorsqu’une dame portant un voile se fait agresser, vous criez à l’islamophobie (Cemwé en tête), mais lorsqu’un noir est poignardé chez vous, vous relativisez:
      “c’est un paumé qui voulait sa dose”
      “mauvais endroit au mauvais moment”
      “crime crapuleux, mais ça aurait pu être n’importe qui d’autre”
      etc.
      Je ne dis pas que ce crime est raciste, je constate simplement que l’analyse diffère selon vos intérêts, démontrant votre militantisme forcené et les œillères qui vont avec.

      Je souhaite beaucoup de courage à ses proches.

  4. Al haraj, al haraj… Quel indignité, tuer sans droit et en plus un jeune étranger qui a reçu hospitalité d’Etat et à qui on devait simplement paix et sécurité…
    Nos paroles ne le ramèneront pas à la vie ni même à ses parents.

    “Quiconque tue celui autorisé à séjourner en Terre d’Islam, ne sentira pas l’odeur du Paradis alors que son odeur se ressent même à une distance de quarante ans”

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