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Hommage rendu par la direction du MRAP à Mouloud Aounit lors de ses obsèques

C'est avec beaucoup d'émotion et une immense tristesse que je t'adresse Mouloud, au nom du collège de la présidence du MRAP, ces quelques mots d'au revoir. Au revoir et non adieu, car ce que tu as apporté est ineffaçable. D'abord je voudrais redire à Annie, à Manon, à Aurélien et à toute ta famille combien nous partageons sa douleur. Manon, Aurélien, votre peine est immense mais vous pouvez être fiers de votre père.

Les dizaines et dizaines de messages individuels, de militants ou personnalités, d'associations, de partis  qui parviennent chaque jour au MRAP prouvent , si besoin était, l'ampleur de l'amitié qui t'est portée et la perte immense laissée par  ton départ.

Depuis ton adhésion au MRAP à l'âge de 24 ans, jusqu'à tes derniers instants, tu n'as cessé de te battre avec détermination contre toutes les formes de racisme, contre toutes les injustices, pour l'égalité. Durant ces 35 années, ta vie est intimement liée à celle du MRAP et de ces combats. Président de la fédération 93, tu deviens en 1989 Secrétaire Général du Mouvement, puis Président en 2004. Le Congrès national de 2011 te nomme à l'unanimité, par ovation, Président d'honneur, en reconnaissance de ton engagement sans faille.

Tu as consacré ta vie à l'humain, à  ses droits, à  sa dignité, à  son respect. Pour toi,  il n'y avait ni dimanche, ni jours fériés, ni congés. Disponible à tout instant,  tu apportais la même passion, la même détermination à vaincre la bêtise, la haine, l'intolérance, qu'il s'agisse d'une seule personne victime du poison raciste ou d'une injustice à l'échelle nationale ou internationale. Le droit des peuples, de tous les peuples sans aucune exception, à disposer d'eux mêmes était pour toi un principe universel incontournable.

Tu savais associer ce mélange entre la réflexion, l'analyse et la solidarité quotidienne envers toutes les victimes.

Je ne peux rappeler ici toutes les luttes que tu as  menées . De ton combat inlassable pour que justice soit rendue aux victimes du 17 octobre 61, à ta présence aux cotés des sans papiers, des Roms, de la Palestine à Mumia Abu Jamal à qui tu avais rendu visite dans le couloir de la mort, nous ramenant un témoignage à ton image, profond et émouvant.

Je me souviens des visites que nous avons faites ensemble aux parents qui venaient de perdre un fils fauché par la haine raciste, c'était la sincérité de ton émotion que tu leur portais en même temps que ta colère et ton besoin de justice.

Depuis la marche des beurs de  1983 , tu n'as jamais cessé d'être au côté de cette jeunesse issue de l'immigration trop souvent bafouée, stigmatisée, rejetée, tu te battais sans relâche pour que l'égalité ne soit pas un mot vide sur les frontons de nos mairies mais devienne réalité dans tous les domaines de notre société, politique, sociale, culturelle. Avec ton ami Michel  Tubiana, Président de la Ligue des droits de l'Homme, tu as été l'un des initiateurs du combat pour que le droit de vote soit enfin accordé à tous les étrangers vivant sur le sol français.

Tu as été parmi les premiers à dénoncer avec courage l'islamophobie montante, forme nouvelle du racisme née de la honteuse théorie du « choc des civilisations » et exacerbée par les droites extrêmes.  
        
Tu voulais que le MRAP soit la voix des sans voix, de tous ceux qui n'avaient aucun droit, sans papiers, sans logis mais aussi de ceux que nos gouvernants voulaient faire taire, Kurdes, ou résistance iranienne. Tu ne cédais ni aux pressions ni aux menaces que tu recevais, y compris lorsqu'il s'agissait de menaces de mort.

Je me souviens du jour où tu t'es enchaîné aux grilles de l'ambassade d'Iran pour protester contre l'exécution programmée d'intellectuels juifs ; je me souviens de ton engagement aux côtés de tes frères algériens victimes de la barbarie intégriste ; je me souviens de la lettre à tes soeurs afghanes, « les linceuls ne sont pas faits pour les vivants »,  lettre que j'ai toujours gardée tant elle était émouvante  et sincère, ; je me souviens de ton combat pour arracher à la mort Safya ou Amina au Nigeria.

Tu ne baissais jamais les bras, je me souviens de ce rassemblement devant l'ambassade d'Afghanistan où nous n'étions qu'une dizaine (c'était avant le 11 septembre, peu de monde se souciait alors du sort du peuple afghan). Devant mon découragement tu m'as dit «nous n'étions qu'une dizaine dans les premiers rassemblements devant l'ambassade d'Afrique du Sud pour exiger la libération de Mandela, aujourd'hui Mandela est libre, il ne faut jamais renoncer  même si nous sommes qu'une poignée à dénoncer l'intolérable». Jamais renoncer, même la terrible maladie qui t'a frappé n'a pu te faire renoncer à tes combats, à tes engagements. Avec un courage exemplaire tu as continué inlassablement, jusqu'au bout, ton combat pour la dignité humaine en même temps que celui contre le mal qui te minait mais n’abattait pas ta volonté de témoignage et de lutte.

Tu laisses hélas un combat inachevé. Je ne sais plus qui a dit « la mort n'existe pas tant que dure l'idée ». A nous de faire vivre tes idées et de poursuivre tes engagements.

Tu seras présent, Mouloud dans chacun de nos combats futurs. Tu seras présent aux côtés des sans papiers lors de la manifestation du 1er septembre que la coordination nationale des sans papiers en lutte propose de te dédier.  Tu seras présent le 17 octobre sur le Pont St Michel pour dire le refus de l'oubli, le devoir de vérité et de justice, tu seras présent le 1er mai pour rendre hommage à Brahim Bouarram et à toutes les victimes du racisme. Lorsque l'Etat palestinien existera enfin à côté de l'Etat israélien, tu seras présent. Lorsque la liberté fleurira à Téhéran, tu seras présent. A chaque fois que la liberté, la justice, le droit, la paix triompheront, tu seras présent, à chaque recul du racisme, tu seras présent et si Mumia sort enfin de sa prison, tu seras présent.

Merci, Mouloud, d'avoir éveillé les consciences et semé l'espoir, merci pour ton dévouement et ton courage.

Tu nous as quittés, mais tu restes dans nos mémoires et dans nos coeurs,

Aubervilliers le 16 août  2012

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