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Face à l’islamophobie, construire un nouveau Nous de gauche

Le chemin de l’austérité et de la rigueur emprunté par plusieurs gouvernements européens humilie les peuples en les asservissant chaque jour davantage. Cela a pour effet de les diviser en alimentant en eux l’angoisse des lendemains difficiles de précarité et de chômage, et aussi la peur de la menace d’un ennemi intérieur qui s’est cristallisée depuis le 11 septembre 2001 autour de la figure imaginaire du musulman envahissant.

Cela se traduit concrètement partout en Europe par une forte poussée de sentiments nationalistes, xénophobes et islamophobes qui profitent à l’extrême droite. C’est cette classe politique oligarchique – de droite comme de gauche – qui dans son silence complice hier soutenait les dictatures dans le Sud et adhérait à la thèse du choc des civilisations, qui aujourd’hui projette des grilles d’analyses d’un autre temps colonial, en parlant d’automne intégriste dans le monde arabe.

Elle démontre ainsi son arrogance et son incapacité à prendre la mesure historique des printemps arabes ou encore du mouvement des Indignés. C’est encore cette même classe politique en France qui, en 1983, ethnicisait dans les quartiers populaires la marche pour l’égalité et contre le racisme, en la qualifiant de marche des beurs, alors qu’il s’agissait d’une lutte à caractère républicain. C’est enfin cette classe politique qui use de manœuvres électoralistes pour draguer l’électorat frontiste : du débat de l’identité nationale à droite en 2010 jusqu’à la récente proposition de loi du PS au Sénat, visant « à étendre l’obligation de neutralité à certaines personnes et structures accueillant des mineurs », finalement suspendue.

Le Front de Gauche doit construire de manière critique et exigeante une réponse politique alternative et montrer ainsi qu’une autre politique est possible en Europe. Nous devons mieux comprendre la colère légitime du peuple qui monte dans le pays. Nous ne pouvons pas rester sourds au rejet d’une classe politique au pouvoir qui est incapable depuis des années aux yeux du peuple de répondre à la question sociale dans plusieurs territoires abandonnés de la République. Le Front de Gauche doit, à mon sens, impérativement dépasser la posture de résistance dans laquelle il est confiné actuellement et briser ainsi le plafond de verre politique que lui assigne aujourd’hui le système politico-médiatique.

Il doit apporter, dans la perspective des prochaines élections présidentielles, un message profond d’espoir, de respect, de dignité et de confiance retrouvés entre les citoyens. Ce message nous devons le porter dans les quartiers populaires comme dans les campagnes, en métropole comme en outre mer, en France comme dans le monde.

Au delà, la responsabilité politique qui nous incombe est de construire un nouveau Nous de Gauche.

Un nouveau Nous de Gauche qui comprend le sens de la diversité politique dans ses nuances et sa complexité idéologique et non pas une diversité exotique, gadgetique et cosmétique qui confirme les injustices du système politique actuel. Un nouveau Nous de Gauche qui comprend que notre principale richesse est notre diversité politique et la solidarité de nos luttes.

Un Nous de Gauche sur des bases républicaines, sociales et écologiques en rupture avec le capitalisme et non pas une caution républicaniste, socialiste et écologiste à l’ordre injuste d’un monde austeritaire. Ce n’est qu’à ce prix que le Front de Gauche deviendra un véritable Front Populaire capable de répondre aux aspirations fondamentales des peuples plongés dans des crises historiques majeures.

Cette année 2012 sera une année de choix décisifs pour les peuples. Il s’agira pour eux de redevenir les sujets libres de leur histoire en sortant de l’impasse de l’austérité et de la rigueur imposées par leurs gouvernements qui utilisent la crise comme prétexte. Inspirés par les printemps arabes et le mouvement des Indignés, ils ne tarderont pas bientôt à se lever partout en Europe pour refuser cette « voie de l’humiliocratie et de la peurocratie », pour reprendre l’expression du sociologue marocain Mahdi Elmandjra.

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