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Dalil Boubakeur : “Je me rapproche de ceux qui travaillent”

A J-1 du jour des grandes probabilités, la tension est à son comble entre les différentes composantes de l'Islam de France. Alors que la polémique se centrait sur la date du premier jour du mois sacré, la Mosquée de Paris a fait sensation en démissionnant du Conseil français du culte musulman (CFCM), à la veille du début du Ramadan. Oumma.com a interrogé Dalil Boubakeur,  recteur de la Grande Mosquée de Paris, afin de connaître les raisons de cette prise de distance.

Pourquoi la Grande Mosquée de Paris se retire-t-elle du CFCM ? Y songiez-vous depuis longtemps ?

D. Boubakeur: C'est une longue histoire qui a commencé dès la création du CFCM,   nous avions d'ailleurs mis en garde les initiateurs de ce conseil. Nous savions que les critères requis pour la formation du CFCM allaient susciter à terme des divergences, des séparations, ou pire encore des oppositions de nature ethnique, nationale, voire de compétition religieuse, ce qui est absolument contraire à la vision d'un culte apaisé et représenté en France. Le critère du mètre carré pour les lieux de culte, comme étalon de l'importance de la représentation, nous a été dès le début extrêmement préjudiciable. Lorsque nous avions 4 ou 5 représentants dans les conseils d’administration, les autres en avaient 25.

La volonté de M. Sarkozy a été de me désigner, malgré la minorité que je représentais, président du CFCM. Me rendant compte de cette discordance, j'ai voulu démissionner, mais le ministre de l'Intérieur a refusé. Nous nous sommes retirés une première fois en 2008, cependant  M. Guéant a insisté pour que nous revenions, nous assurant alors qu'il veillerait lui-même à une réforme susceptible de répondre à nos exigences.

Est-ce par lassitude face à une réforme qui tarde à venir que vous avez décidé de partir ?

D. Boubakeur : L’absence de représentation, de débats, de convergences de vue, le critère du mètre carré qui fausse tout, même les autorités reconnaissent qu'il y a là une vraie discordance, sont autant de raisons qui ont précipité ma décision.

Paradoxalement, si tout le monde s’accorde sur la nécessité de réformer cette instance, des résistances subsistent pour que ce soit impossible. Dans ce climat, nous préférons la clarté de l'UOIF et tant que ces résistances existent, nous sommes obligés de nous aligner sur la position de ceux qui ont déjà dit «non». Nous sommes las de la mise à l’écart de nos délégués sur certains sujets, nous aurions souhaité travailler en concertation, car la Mosquée de Paris a une longue expérience de l'Islam de France, notre présence est symbolique et historique. On ne peut pas parler de culte musulman en France en excluant la Mosquée de Paris.

Faut-il comprendre que vous allez vous rapprocher de l'UOIF (Union des organisations islamiques de France) ?

D. Boubakeur: Je me rapproche de ceux qui travaillent. Le fait que l'UOIF a été la première composante à quitter le CFCM, à exprimer son désaccord, pour d'autres raisons que les nôtres, nous rapproche indéniablement. L’UOIF compte des cheikhs internationaux en son sein, je ne jette pas la pierre comme cela a été fait durant le congrès du Bourget, même si cela fait peur à une certaine presse ou à la classe politique, je n'ai rien vu d’illégal à cela.

Je n’ai pas le même vécu de l'Islam que l'UOIF, puisque l'Algérie n'a pas tout à fait les mêmes traditions, ni les mêmes visions de l'Islam telles que celles qui prévalent en Orient et en Arabie. L'UOIF est composé de musulmans très rigoureux pour lesquels j’éprouve respect et fraternité, notamment pour El Hadj Brez Touhami qui est un homme que j'estime beaucoup. Je suis profondément musulman et désireux de me rapprocher de mes frères qui pratiquent leur religion  avec rigueur.

Malgré votre prise de distance, les composantes de l'Islam de France seront-elles toutes présentes le jour de la «nuit du doute»?

D. Boubakeur: La nuit du doute s'est toujours passée à la Mosquée de Paris depuis 1922, elle touche les fidèles et non les organisations. Il y aura des imams, des cheikhs, des associations et tous ceux qui décideront de faire la veillée avec nous.

Pensez-vous qu'avec la fin de l'ère Sarkozy l’existence du CFCM est compromise?

D. Boubakeur: Le CFCM ne continuera à exister que grâce à la participation des fidèles et des mosquées. Dans les régions, il y a une articulation qui se fait très difficilement, l'argent ne rentre pas, lorsque normalement il doit être perçu. L'UOIF, le RMF (Rassemblement des musulmans de France), la Mosquée de Paris, les Turcs, les Tablighs (mouvement religieux littéraliste), les Africains, toutes ces fédérations doivent trouver un terrain d’entente et parvenir à un équilibre. Même si le critère du mètre carré est injuste, Mohamed Moussaoui est lui-même victime de cet excès d'avantages.

Avez-vous également démissionné de votre fonction de Président d'honneur?

D. Boubaker: Jusqu'à un nouvel accord, une nouvelle structuration, je suis et reste recteur de la Mosquée de Paris, ce qui est en soi une lourde charge. Tant qu'il n'y aura pas de nouveaux engagements, c’est un retrait total.

Pourquoi avoir choisi d’annoncer votre retrait à la veille du Ramadan ? Est-ce pour donner une dimension encore plus symbolique à votre décision ?

D. Boubakeur: Le mois du Ramadan est le mois de l'engagement de chacun d’entre nous. Nous voulons signifier, par notre départ, que le culte musulman mérite une réflexion sérieuse. Pour la détermination de la date du Ramadan, nous ne pouvons pas être dans le registre de l'hypocrisie. Nous avons besoin de vérité, et pour moi, la vérité se situe plus dans la position de mes frères de l'UOIF.

Entretien réalisé par Loulou Charaf

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