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Caroline Fourest et “l’imam de Drancy”, contre la majorité des musulmans et des Français?

On ne peut donner des leçons de dialogue aux arabes et aux juifs, comme le fait Caroline Fourest dans sa tribune « L’imam de Drancy à Tel Aviv » du 8 juin dernier, sans être exemplaire dans l’éthique du débat démocratique. Et c’est là où Caroline Fourest échoue à nous convaincre. Dans son ode à Hassen Chalghoumi, le clerc musulman sarkozyste soutenu à bout de bras par le député-maire de Drancy Christophe Lagarde, la chroniqueuse soutient que les « détracteurs » de M. Chalgoumi sont « une poignée d’excités » auteurs « d’intimidation intégriste ».

Nous sommes ceux qui ont lancé le 6 juin 2012 l’appel à la démission de M. Chalghoumi. Nous sommes ceux qui ont distribué des tracts aux fidèles des mosquées de Drancy et de ses environs. Comme Caroline Fourest le sait mais qu’elle se garde de dire, nous sommes des citoyens de foi ou de culture musulmane, exerçant des métiers divers, porteurs d’engagements variés, unis par notre volonté de restaurer la dignité bafouée de musulmans qui se voient imposer par les pouvoirs en place un représentant qui cumule les fautes politiques et morales.

Si, contrairement à ce qu’affirme Caroline Fourest, la mosquée de Drancy est désertée par la plupart de ses fidèles, c’est parce que la plupart des musulmans de France, comme la majorité des Français, s’est positionnée d’emblée du côté du peuple tunisien en lutte pour ses droits, alors que M. Chalghoumi soutenait sans honte le dictateur déchu Ben Ali.

Peut-être que, du point de vue de Mme Fourest, cela ne constitue par un tort : elle avait elle-même affirmé qu’il fallait « séculariser puis démocratiser », autrement dit soumettre le droit à l’expression des citoyens musulmans à leur adhésion aux idées de Mme Fourest sur la stricte séparation entre le religieux et le politique. Il s’agit là d’un sujet de débat passionnant, mais encore faut-il que le débat soit sincère. Où est cette sincérité quand elle omet de mentionner que M. Chalghoumi a soutenu M. Sarkozy jusque dans ses derniers meetings, mélange grossier du religieux et du politique, alors même que les musulmans de France, comme l’essentiel des Français, étouffaient dans le climat malsain de surenchère xénophobe entretenu par le président sorti ?

Enfin, n’en déplaise à la chroniqueuse, les musulmans de France sont comme la plupart des citoyens européens convaincus que la politique du gouvernement israélien est une menace pour la paix. Il est donc logique de critiquer la participation de Hassen Chalghoumi, Caroline Fourest et Alain Finkielkraut à un événement organisé à Tel Aviv qui ne dénonce à aucun moment la colonisation et les autres violations du droit international.

Si nous luttons contre le maintien forcé d’un représentant musulman qui ne nous représente pas, nous ne nous arrêtons pas au seul cas de Hassen Chalghoumi, qui n’est qu’un cas emblématique, pour ne pas dire caricatural, des manipulations des pouvoirs en place pour retirer aux musulmans majoritairement issus des milieux populaires et de l’immigration post-coloniale leur potentiel critique sur les contradictions du discours républicain. Ainsi, nous avons également soutenu la mobilisation populaire qui a mené à la chute de Hakim El-Karoui, maintenu par Bertrand Delanoë à la tête de l’Institut des Cultures d’Islam de Paris, alors même qu’il conseillait le président Ben Ali dans sa gestion du soulèvement tunisien.

Notre mobilisation pour la démission de Hassen Chalghoumi se fonde sur des principes et des valeurs que manifestement Caroline Fourest ne partage pas. C’est son droit. Mais il nous semble essentiel, pour que le débat puisse nous permettre à tous de progresser dans le sens du respect et de la justice, de garder, dans la contradiction, un minimum d’honnêteté.

Pour signer l’appel à la démission de Chalghoumi, cliquez ici !

Signataires de cette tribune :

Omar Alsoumi, professeur, membre du Mouvement de la Jeunesse Palestinienne (PYM), Abdelaziz Chaambi, président de la Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie (CRI), Nabil Ennasri, président du Collectif des Musulmans de France (CMF),   Rachid Id Yassine  , sociologue et anthropologue, Souad Khaldi, traductrice, Youssef Girard,historien, Madjid Messaoudene, conseiller Municipal de Saint Denis, Nadir Dendoune, écrivain et journaliste,  association Union Pour la Tunisie (Unit*T), Karim Azouz, militant associatif

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