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Australie : les musulmanes voilées témoignent pour lutter contre l’islamophobie

Loin d’elles l’idée de se complaire dans une position victimaire que des esprits malveillants leur objectent pour mieux minimiser ou nier le fléau de l’islamophobie, mais elles ne peuvent plus taire leur sort peu enviable de victimes désignées de ce racisme tristement ordinaire, les musulmanes voilées de la lointaine Australie brisent le silence dans lequel elles tendent à se murer pour témoigner au grand jour de cette violence, mâtinée de sexisme, qui s’abat sur elles avec une force décuplée.

Sous leur voile empli de pudeur et de dignité, elles sont nombreuses à relever courageusement la tête dans le cadre de meetings qui libèrent leur parole, déterminées à vaincre leurs peurs paralysantes (l'effroyable agression d’une jeune femme de 26 ans insultée, rouée de coups, puis poussée hors d’un train en marche par une femme hante encore les mémoires), se refusant à croire que le havre de paix multiculturel australien, où leurs rêves de félicité avaient les couleurs de l’arc-en-ciel, n’est plus qu’un mirage dont l’illusion s’est brutalement dissipée. Et pourtant…

"Si les gens savaient vraiment ce qu’est l'islam, ils réaliseraient aussitôt que les médias les trompent éhontément en dépeignant une vision d’épouvante", s’est insurgée dans les colonnes de Sydney Morning Rehab Ayoubi, une directrice d’école maternelle particulièrement alarmée par les récentes agressions islamophobes qui ont pris pour cible des coreligionnaires voilées, franchissant un nouveau palier dans l'abjection.

Jeunes et moins jeunes, elles disent Stop aux rhétoriques incendiaires, aux amalgames ravageurs, et aux apprentis sorciers de tous ordres qui jettent constamment de l’huile sur le feu, au premier rang desquels le Premier ministre Tony Abott, ce pyromane en chef, s’est définitivement discrédité à leurs yeux, à l’heure où il conviendrait d’éradiquer urgemment l’hydre de l’islamophobie et non de favoriser sa résurgence des plus funestes, dans un climat ambiant électrisé par les abominations commises par l’Isis.

Alors que les mots de l’apaisement, fébrilement espérés, sont inaudibles dans le vacarme politico-médiatique où seules résonnent les sommations à s’indigner ou à se désolidariser (une réalité qui semble si proche et familière…), les Australiennes revêtues du voile qui, après avoir cristallisé des tensions, déchaîne désormais les plus viles pulsions, ont décidé de mettre des mots sur leurs propres maux et sur un mal qui ronge en profondeur la société environnante.

Reem Hakem (photo ci-dessus), l’heureuse maman d’une jolie jeune fille de 14 ans, ne pouvait plus garder pour elle l’odieux incident qui s’est récemment produit sur le chemin de l’école, quand un homme d’âge mûr s’est mis à proférer des insultes racistes d’une obscénité inouïe à l’encontre de sa fille, laquelle serrait très fort la main de son petit frère aussi terrorisé qu’elle, pour accélérer le pas vers leur domicile. Mais c'était sans compter le sadisme de l’inconnu, âgé d’une quarantaine d'années, qui a alors poussé la provocation jusqu’à sortir de sa voiture pour marcher à côté d’elle, la narguant avant de lui lancer un « F…Off » agrémenté d’un affreux doigt d’honneur. Outre l’insupportable récit de cette agression islamophobe caractérisée, le pire pour cette mère de famille, habitée par l’anxiété, fut sans conteste d’entendre sa fille lui confier qu’elle pensait qu'une telle animosité était « normale » quand, comme elle, on porte le voile… "Cela m’a brisé le cœur que ma fille me dise cela", a-t-elle témoigné, bouleversée, devant un auditoire qui lui prêtait enfin une oreille attentive et bienveillante, mesurant l’ampleur des dégâts causés par l'irrésistible propagation de la haine anti-musulmans.

Encouragées à ne pas capituler devant une chasse aux sorcières qui frappe de tous côtés, et  dont on ignore jusqu’à quelles extrémités elle peut culminer, incitées à sortir de l’ombre pour prendre la parole, s’indigner, condamner, et appeler les pouvoirs publics à reconnaître leur statut de victimes et agir toutes affaires cessantes, les Australiennes voilées sont doublement entrées en résistance, à la fois contre les passages à l’acte islamophobes dont elles sont les proies de prédilection, et l’islamophobie structurelle qui contribue à les légitimer, sous le soleil trompeur d'un îlot de prospérité où il fait moins bon vivre qu'auparavant.

Par la rédaction.

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