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Allemagne: une fausse information sur “l’incendie d’une église aux cris de Allah Akbar” crée un vif émoi

Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose… de profondément enraciné dans les esprits, comme reste gravé dans les mémoires, les plus impressionnables et les moins bien informées, le Nouvel An 2015 à Cologne et à Hambourg, prétendument assombri par les harcèlements et viols commis par des réfugiés, au détriment de la vérité qui, elle, a été totalement atomisée par la propagande délétère.

En novembre dernier, le tribunal de Hambourg avait annihilé les effets ravageurs de cette calomnie islamophobe et xénophobe, enfin le pensait-on, en désavouant la police allemande, sur la sellette pour avoir « trafiqué les accusations et les preuves », mais aussi les médias, pointés du doigt pour avoir brodé une histoire d’horreur à l’heure des contes de Noël.

Un an plus tard, le site américain Breitbart dirigé par le peu recommandable Steve Bannon, l’idéologue incendiaire de l’extrême droite US, promu haut conseiller et chef de la stratégie à la Maison Blanche par son champion et grand ami Donald Trump, s’est chargé de raviver les traces indélébiles laissées par cette calomnie anti-réfugiés Outre-Rhin.

Expert dans l’art de jeter de l’huile sur le feu, il s’est fait un malin plaisir de colporter de fausses rumeurs, toujours aussi dévastatrices, à partir d’informations diffusées par le quotidien allemand Ruhr Nachrichten et consciencieusement déformées par ses soins : le départ de feu, sans gravité et rapidement circonscrit, aux abords d’une église est ainsi devenu, sous sa plume électronique maléfique, « une église à Dortmund incendiée par des étrangers aux cris de Allah Akbar ».

Avec en exergue le sous-titre frissons garantis « Une foule de 1.000 hommes attaque la police, met le feu à l'église la plus ancienne d'Allemagne, au cours de la nuit de la Saint-Sylvestre », l’infâme site de Steve Bannon a fait frémir les réseaux sociaux à la vitesse de la lumière, suscitant une immense émotion en Allemagne.

« Ce qui est dangereux, c'est que ces messages se répandent incroyablement rapidement et qu'il est très difficile de les retirer », s’est alarmée la ministre régionale de la Justice de Hesse, Eva Kühne-Hörmann, sur la chaîne de télévision n-tv. « Ces fausses informations peuvent tellement se répandre qu'elles ne font même plus l'objet d'un démenti », s’est-elle désolée, alors que plusieurs magazines allemands de renom lui faisaient écho, s’insurgeant contre les mensonges éhontés distillés comme un venin par le site Breitbart.

Devant l’effervescence malsaine qui s’est emparée de la cybersphère et l’avalanche de commentaires orduriers, ponctués d’appels au meurtre anti-musulmans, qui a englouti tout sens du discernement, la police locale s’est fendue d’un communiqué afin de rétablir la vérité menacée, une fois encore, de finir ensevelie.

« La nuit de la Saint-Sylvestre à Dortmund a connu un déroulement plutôt dans la moyenne voire calme », a indiqué  la police, en relatant « un rassemblement de 1.000 personnes » sur le parvis d'une église et « l’utilisation inappropriée de feux d'artifices du Nouvel An ».

Une version des faits officielle très éloignée de celle, tétanisante, inventée de toutes pièces par l’abject site américain Breitbart chapeauté par le non moins vil Steve Bannon, l’éminence grise du nouvel homme fort de Washington.

Si l’on devait s’émouvoir de quelque chose en ce tout début d’année, à en avoir des sueurs froides, c’est bien de la prochaine incursion de Breitbart en France et en Allemagne, selon les sombres présages de la presse allemande, à l’approche des scrutins décisifs qui redessineront le paysage politique des deux poids lourds européens.

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