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Algérie : quand l’immolation, drame de la désespérance, conduit derrière les barreaux

Drame absolu de la désespérance sociale, étincelle fatale qui transforme en torche humaine, à la fois sacrifice et ultime geste de dignité face à l’autocratie, la misère, le chômage, l’isolement, le dénuement,  l’immolation par le feu se répand comme une traînée de poudre dans nos sociétés, provoquant effroi et saisissement.

De l’autre côté de la rive méditerranéenne, l’inoubliable passage à l’acte de Mohamed Bouazizi a enflammé le cours de l’histoire tunisienne, tandis que chez son voisin limitrophe, l’Algérie, les immolations s’enchaînent, et il n’est plus rare de brûler à l’âge de tous les possibles pour s’extraire de l’inextricable, face à la pénurie d’emplois, à la paupérisation, à des administrations kafkaïennes, et à un pouvoir despotique.

Un pouvoir, accaparateur de richesses, qui est enfin sorti de sa torpeur non pas pour regarder en face ce phénomène alarmant, non pas pour l’ériger en cause nationale et mettre en place une politique salvatrice de prévention, non pas pour y remédier en résolvant les maux cruciaux de la société algérienne, preuve de ses échecs, mais pour châtier les candidat(e)s à l’immolation…

Avis aux désespérés qui seraient tentés de s’asperger d’essence et d’empoigner un briquet, si par malheur ils survivent, la loi ne leur fera pas de cadeaux ! Voilà comment l’Algérie traite les siens et leur mal-être, sans la moindre empathie pour ces citoyens conduits au désespoir par une politique économique et sociale désespérante.

«Des nouvelles instructions ont été données aux différents services de sécurité de procéder à l’interpellation de tous les candidats téméraires à l’immolation et le suicide et sa présentation devant la justice», peut-on lire sur le site Algérie360, selon une source sûre. 

Après les amendements proposés au Code pénal en 2008, où il est relevé notamment, l’incrimination de «la sortie illégale du territoire national» qui est passible d’une peine pouvant aller à six mois, le gouvernement persiste et signe. Toute personne suicidaire, qui sortira indemne de son immolation, sera poursuivie par la justice. La peine encourue est de 3 à 4 ans de prison ferme. La durée d’emprisonnement est divisée par deux pour le cas de «suicidaire» mineur au moment des faits. Cette mesure coercitive est d’ores et déjà appliquée.

Quelle curieuse gestion d’un profond mal de vivre algérien, qui se manifeste aussi à travers le nombre croissant de candidats à l’aventure maritime, prenant la mer, au risque de leur vie, dans des embarcations de fortune, et dont on peut déjà prédire sans trop s’avancer qu’elle va droit dans le mur…

"La répression et l’exclusion ne sont pas viables et ne pourront rien devant l’irrépressible mécontentement aussi fort que le malaise social, très profond", s'inquiétent de nombreux psychologues en Algérie. Combien faudra-t-il d’immolations, d'hommes et de femmes, pour que le gouvernement de Bouteflika éteigne ces flammes de détresse en apportant les réponses économiques et humaines idoines, attendues si désespérément ?

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