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Agression du TGV Toulouse-Lyon, un déplorable emballement politico-médiatique

La psychose aiguë de l’antisémitisme, dont certains soufflent constamment sur les braises, ferait dérailler n’importe quel TGV pour conduire la République tout droit dans le mur de la haine, aveugle et en l’occurrence montée de toutes pièces.

Depuis une semaine, la classe politique française a embarqué comme un seul homme à bord du TGV Toulouse-Lyon, sous la pression de lobbies criant à l’agression antisémite, alors que la nation prenait le train en marche, sans s’enquérir des tenants et aboutissants de l’affaire. Grave erreur…

Face à ce nouvel emballement politico-médiatique qui nous a imposé sa version du train de l’horreur, avec dans le rôle de la victime, un adolescent juif de 15 ans prénommé Lior, témoin direct dans l’affaire Merah et scolarisé dans le lycée juif Ozar Hatorah de Toulouse (lieu de la fusillade du « tueur au scooter »), et dans la peau des agresseurs, deux jeunes gens de 18 ans, d’origine maghrébine, au casier judiciaire vierge, qui se rendaient dans un centre de recrutement militaire à Lyon, l’incrédulité et l’extrême prudence auraient dû prévaloir. Mais au diable la présomption d’innocence et toutes les précautions d’usage, quand il s’agit de clouer au pilori deux arabo-musulmans et d’affoler le bon peuple en dénonçant un débordement de violence forcément antisémite !

Le TGV reliant Toulouse à Lyon a-t-il été le théâtre d'une altercation d'une brutalité inouïe décrite par la victime présumée, Lior, lequel affirme avoir été roué de coups après avoir passé un coup de fil à son frère ? Un simple appel téléphonique, le seul énoncé du prénom juif de son frère ont-ils été la cause de l'attaque sauvage dont il fut l'impuissante proie ?

La République, qui en d'autres circonstances serait plus soucieuse de la véracité des faits, n’y a vu que du feu, comme d’habitude, Manuel Valls cautionnant ce récit sans sourciller, en appelant "à combattre toutes les résurgences de ce mal profond qu'est l'antisémitisme qui est une offense aux valeurs et à l'histoire de notre République", martelant également : "les instructions de vigilance et de fermeté dans la lutte contre les actes antisémites seront renforcées".

Alors que les esprits s’échauffaient et que les jeunes agresseurs présumés étaient placés en garde à vue, des témoignages contradictoires de passagers ont jailli, comme une source vivifiante de vérité, personne n’ayant entendu d’insultes à caractère antisémite. Et pour couronner le tout, nous apprenons aujourd’hui qu’un des « voyous », « racaille », « sauvageons »  ou autre synonyme qu’affectionne la République, a porté plainte contre la victime pour coups et blessures, victime qui, en outre, voyageait sans titre de passeport, comme l’a rapporté un article de Médiapart.  

L’affaire du TGV Toulouse-Lyon n’en finit plus de rebondir, notamment à travers l’interview de Yassine, l'un des infortunés protagonistes de ce fait divers, le Montpelliérain de l'étape, qui s’est confié sans détour au quotidien de sa région Le Midi Libre. Voici l’intégralité de l’entretien qui apporte un éclairage édifiant sur ce qui était en passe de devenir le train fantôme de l’antisémitisme… Reste à savoir si nos médias et ceux qui nous gouvernent, si prompts à hurler avec les loups, sauront reconnaître leur terrible bévue.

Interview réalisée par Le Midi Libre

Pourquoi avez-vous pris le TGV pour Lyon mercredi ?

Avec mon collègue, on devait passer des tests pour rentrer dans l’armée. J’ai arrêté les études en troisième, depuis j’ai toujours travaillé. Je voulais entrer dans l’armée pour devenir maître-chien, dans l’infanterie. On a pris le TGV de 17 h 24 à Montpellier, on était dans le wagon 15, un duplex.

– Comment est survenu l’incident avec ce jeune homme ?

Une heure après le départ, j’entends un jeune qui parle constamment dans son portable, alors qu’on n’a pas le droit de téléphoner depuis les wagons. Il y avait un bébé qui dormait à côté. Je me retourne pour lui demander de parler moins fort, il me fait un geste de la main, style : “Va parler dehors”. Au bout de dix minutes, il recommence, je me retourne encore, il me fixe pendant dix secondes et me fait un signe de la tête, genre : “Viens dehors”.

– Que se passe-t-il alors ?

Je sors dans le sas, il me suit et dit : “J’ai que 15 ans mais j’ai pas peur de toi”. Je recule, il m’envoie un coup de tête, je lui envoie une droite, il se jette sur moi au niveau de la ceinture. Je l’attrape à la tête, on tombe, il est sur moi, il m’attrape les testicules, mon collègue fonce pour nous séparer, ça dure 40 secondes et un monsieur nous sépare. Il l’a mis dans le wagon et le jeune m’a dit : “T’es mort, t’es mort !”

– Et ensuite ?

On était à 10 minutes de Valence, la sûreté ferroviaire est montée, je leur ai dit : “S’il porte plainte, je porte plainte.” Le jeune a dit : “Personne porte plainte et chacun rentre chez soi, c’est mieux comme ça.” On est ensuite arrivés à Lyon, on est allés à la caserne, le lendemain on a fait nos examens médicaux, tout était bon, on pouvait faire ce qu’on voulait à l’armée. A 11 h, la police est venue nous chercher.

– Comment s’est passée la garde à vue ?

C’était la première fois de ma vie. Quand la police est venue, j’ai compris que c’était pour la bagarre, mais on n’était pas au courant des propos antisémites qu’il avait rajoutés. On ne savait pas que ça avait pris des proportions aussi intenses. La première audition a été déterminante : si un de nous avait menti, on était cuits. On a dit la vérité tous les deux. Ils ont compris que ce qu’on disait était cohérent et que les témoins confirmaient ce qu’on disait.

– Avez-vous été confrontés ?

Oui, le jeune a essayé de mentir, en disant qu’il était monté avec un billet, alors qu’il était en fraude, et qu’il a eu une amende.

– Qu’en est-il de vos blessures ?

Lui, il a des marques au dos, c’est sûr, mais je ne l’ai pas ouvert. Moi il m’a pété le nez, j’ai encore mal et je saigne quand je me mouche.

– Et ces accusations d’antisémitisme ?

Les témoins ont dit que je n’ai pas eu de propos antisémites, mais c’est vrai qu’il y a eu un moment dans la bagarre où on n’était que tous les deux. Moi, je sais que je n’ai rien dit. Lui raconte qu’on l’a agressé parce qu’on a entendu le prénom de son frère, mais comment il s’appelle, son frère ? A l’heure qu’il est, je ne connais pas leur prénom à eux deux.

– Quelles conclusions tirez-vous ?

Je retiens qu’on est rien dans ce monde et qu’à tout moment tout peut basculer dans votre vie. Je retiens que je préfère mettre une gifle, une bonne grosse tarte à quelqu’un qu’insulter un juif.

– N’est-ce pas déplorable de se battre dans un train ?

Oui. Ce qui me chagrine énormément, c’est que j’aurais pu passer mes tests, rentrer à l’armée, et servir la France. Et voilà ce qui nous arrive, à cause de ce jeune qui nous accuse de l’avoir insulté. Ce qui énerve dans cette société d’aujourd’hui, c’est que deux Français qui se battent, c’est 24 h de garde à vue, deux arabes qui se battent, c’est 24 h de garde à vue. Mais si c’est un arabe et un juif qui se battent, tu peux prendre dix ans.

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