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Une étude sur l’islam européen insiste sur la stabilité des relations entre “l’Etat et l’islam”

Pour Jonathan Laurence, professeur de sciences politiques à Boston, la création essentielle d’un « islam européen » passe par l’affranchissement des tutelles des pays d’origine, la condition sine qua non pour parvenir à la « citoyennisation » des musulmans enracinés en Europe, dont l’autonomie dans la formation et la rémunération des imams, ainsi que dans la construction des mosquées, sera le signe de leur pleine et entière citoyenneté.

C’est à la lumière d’une étude comparative, réalisée de 1998 à 2011, à l’échelle de quatre pays européens, la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, et l’Italie, focalisée sur les relations entre l’Etat et la « mosquée », que Jonathan Laurence a analysé les enjeux cruciaux des instances représentatives de l’islam, à la fois pour les musulmans eux-mêmes, mais aussi pour les Etats.

Dans un entretien accordé au magazine La Croix, Jonathan Laurence a livré le fruit de son analyse.

Jonathan Laurence :  L’institutionnalisation des relations entre l’État et la mosquée est aussi inévitable que souhaitable, des deux côtés. Plusieurs millions de personnes d’origine musulmane vivent en Europe : l’enracinement de leur culte dans les institutions locales et nationales est dans l’intérêt de tous. Une instance représentative est le complément naturel d’une pleine citoyenneté.

Par ailleurs, un État ne peut se passer d’un partenaire administratif légitime pour accorder à l’islam les mêmes droits – et le même contrôle – qu’aux autres religions. Retarder cette étape a des conséquences très concrètes : la multiplication des expressions religieuses dans l’espace public, qui peut alimenter la perception publique d’un échec de l’intégration et un cycle d’incompréhensions mutuelles.

Pourquoi avez-vous choisi ces quatre pays, France, Grande-Bretagne, Allemagne et Italie ?

À eux quatre, ils couvrent les principales sources de flux de migrants d’origine musulmane en Europe de l’Ouest. Tous observent chez eux la générosité de la Ligue islamique mondiale (créée par l’Arabie saoudite), mais aussi l’islam exporté d’Algérie, du Maroc, du Pakistan ou de la Turquie, ainsi que les trois grandes branches de l’islam politique actuel : le Tabligh, Mili Görus et les Frères musulmans. Et tous se sont dotés, au tournant des années 2000, d’un conseil représentatif de l’islam, certains plus décentralisés que d’autres, certains associant musulmans et personnalités qualifiées non musulmanes…

La plupart ont souffert d’instabilité chronique et de sous-productivité. Mais la faute est partagée : d’un côté, on demande aux organisations musulmanes à la fois de démontrer leur malléabilité face aux pouvoirs publics et de conserver la légitimité de la rue et, ce, alors qu’elles n’ont pas à être démocratiquement élues : aucun autre interlocuteur cultuel ne l’est.

De l’autre, l’État doute de sa capacité à avoir prise sur les branches les plus extrêmes et donc les exclut du dialogue. Il doit avoir confiance dans ses institutions qui, par le passé, ont déjà démontré leur capacité à « digérer » des mouvements radicaux, d’extrême gauche par exemple, et à accompagner leur évolution.

Quel bilan dressez-vous de ces expériences ? Quelles sont les raisons de leurs succès et échecs ?

Ces conseils ont déjà porté quelques fruits quant à la « domestication » et la banalisation de l’islam : de la nomination d’aumôniers pour l’armée ou les prisons à la création de formation pour les enseignants de religion à l’école ou à la signature de « chartes de valeurs ». Même si la formation locale des imams reste insuffisante, la préparation des candidats au départ de Rabat ou d’Ankara s’est répandue, tout comme les séminaires d’acclimatation à l’arrivée.

Et les gouvernements européens continuent à sous-traiter les détails de l’observance religieuse aux représentants de l’Algérie, de Turquie, d’Arabie saoudite ou du Maroc, ce qui retarde le processus de création d’un « islam européen »…

Dans cette période critique de tumultes dans le monde arabe, la contribution des Européens à l’émergence d’une relation stable entre l’État et l’islam est capitale : « les absents ont toujours tort ».

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