Pluralisme et communautarisme dans la citoyenneté moderne (partie 1/2)

Cette montée identitaire peut être attribuée à une conjonction de différentes causes. La première est bi

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mercredi 12 décembre 2007

Pluralisme et communautarisme dans la citoyenneté moderne : remarques méthodologiques

Introduction : l’effritement de la notion de citoyenneté

La notion de citoyenneté moderne peut être considérée comme la grande conquête des sociétés humaines. En effet, à la différence de la notion grecque de citoyenneté qui avait un caractère restreint à une catégorie de la population de la cité, la notion moderne est englobante.

C’est sous l’influence de la philosophie libérale anglaise (Locke et Hume), des Lumières européennes et des grands principes de la Révolution française qu’elle a finalement permis l’intégration de tous les membres d’une société dans un même corps politique sans exclusion aucune du fait de la race, de la religion, du sexe ou de l’appartenance ethnique et familiale.

Toutefois, l’on assiste aujourd’hui à un effritement du langage et des concepts qui ont bâti la notion moderne de citoyenneté. Ce qui semblait évident à la fin de la Seconde Guerre mondiale et dans le sillage de la fin du cauchemar nazi, ainsi que de la décolonisation puis de la décomposition progressive du stalinisme à la soviétique, est de plus en plus remis cause par différents phénomènes idéologiques et politiques qui caractérisent ce que les philosophes et politologues appellent la post-modernité.

L’on pourrait aussi ici évoquer les malaises divers de société que suscitent la globalisation économique et le recul de la croyance dans les bienfaits du système de l’Etat nation, hérité du XIXè siècle européen et dont le modèle à fait le tour du monde.

En effet, l’effet corrosif de la globalisation économique sur l’ensemble des sociétés et les bouleversements socio-économiques qu’elle entraîne sur tous les territoires et terroirs, défait l’idéalisme qui sous tend les solidarités citoyennes, au profit de manipulations d’identités primaires, religieuses ou ethniques.

La globalisation permet d’ailleurs une « marchandisation » de la manifestation de ces identités, à travers des politiques de la mémoire que développent les groupes humains déracinés et fragilisés par les progrès de la globalisation. La différence devient objet de consommation, dans l’affirmation de soi et le rejet de l’autre, en dépit de siècles de vie commune sur un même territoire.

Les sociétés se « libanisent » ou se « balkanisent », termes ayant servi de repoussoir jusqu’à il y a quelques années, au gré des pulsions et des fièvres identitaires soulevées par les bouleversements de la scène mondiale. Le retour du religieux et de l’ethnique font sensation, remplacent la réflexion politique et les vieux systèmes idéologiques, devenant de la sorte aussi redoutables et totalisants qu’ont pu être ces systèmes autrefois.

Le malaise affecte aussi considérablement la vie internationale et remet en cause les règles classiques du droit de la guerre et de la paix et de l’égalité des nations dans le cadre du système des Nations Unies. Ce dernier devient de plus en plus le jouet d’ambitions géopolitiques et laisse l’application du droit international être infiltrée par des considérations religieuses et idéologiques, au point d’en faire une instrumentalisation de plus en plus scandaleuse.

Le rêve d’Emmanuel Kant d’une morale sociale, étatique et internationale auquel tout être raisonnable ne peut que se plier semble au bout de sa course. La nouvelle morale civique prêche le droit à la différence et surtout le droit à l’affirmation de ces différences dans l’espace public des sociétés, affirmation impensable, il y a quelques décades seulement.

L’existence de communautarismes religieux ou ethniques et leur insertion dans un « multiculturalisme » institutionnalisé devient l’objet de nombreux débats un peu partout, débats parallèles à ceux qui se développent à propos des bienfaits ou des méfaits de la globalisation économique.

Aussi voudrions-nous ici tenter d’esquisser une critique épistémologique de ces débats afin de bien cerner les véritables enjeux qui se posent aujourd’hui à la plupart des sociétés. Pour cela, il faut d’abord examiner le contexte historique dans lequel situer la signification de ces débats, avant d’expliciter les concepts les plus employés dans ces débats, pour tenter ensuite de cerner les problématiques pertinentes permettant de sortir d’une instrumentalisation très forte des problèmes identitaires dans le champ politique des différents Etats, mais aussi dans les relations entre Etats.

Auparavant, cependant, il n’est pas inutile de rappeler les données du contexte historique et les origines intellectuelles dans lesquels se déroulent les réflexions sur le pluralisme, le communautarisme et le multiculturalisme.

A. Contexte et origines historiques

Rappelons ici rapidement le contexte mondial qui a favorisé la montée des idéologies et des mémoires de type identitaire. Il s’agit ici de vision du monde qui désormais se ferme sur une division binaire entre « eux » et « nous », le monde fermé et clos de la communauté religieuse ou ethnique ou d’un ensemble de sociétés qui se définissent par une « civilisation » et des valeurs communes, d’un côté, et l’extérieur « hostile », menaçant par sa « barbarie », voir « persécuteur » ou « oppresseur ».

A l’espérance de fraternité universelle succède le pessimisme qui appelle la demande de garanties, de protections, de quotas, des institutions séparées et officielles pour que les membres de la communauté puissent se sentir représentés dans l’espace public.

Cette montée identitaire peut être attribuée à une conjonction de différentes causes. La première est bien connue. Il s’agit de l’effondrement progressif des idéologies universalisantes et laïques qui a débuté durant la dernière période de la Guerre froide, au cours de laquelle d’ailleurs les Etats-Unis ont eu pour politique de soutenir les mouvements religieux (fondamentalistes ou non) pour mieux déstabiliser l’emprise ou l’influence des partis communistes, en particulier en Europe de l’Est et dans le monde musulman.

Par ailleurs, de nombreux intellectuels marxistes se reconvertissent dès cette époque dans l’analyse des mouvements de « retour » du religieux ou des « revendications » et de séparatismes à base ethnique, en les considérant exclusivement comme le résultat de l’oppression exercée par les régimes révolutionnaires et totalitaires athées.

De plus, l’homogénéisation des modes de vie à travers le monde sous l’impact de la société de consommation et de la globalisation économique n’est pas sans aviver des résistances culturelles, en particulier chez les exclus des nouveaux modes de la croissance économique et de circulation de la richesse[1].

Ces résistances se traduisent souvent par des rétractations identitaires que stimulent des mouvements politiques radicaux, anciens ou nouveaux, tels les mouvements d’extrême droite en Europe ou certains mouvements fondamentalistes musulmans dans le monde arabe et musulman. Comme déjà évoqué, la globalisation favorise la consommation et la marchandisation d’identités[2].

Enfin, en Europe, sous l’impact de l’augmentation considérable du nombre d’émigrés venant d’autres continents (Afrique et Moyen-Orient notamment), on découvre le modèle multiculturaliste à l’anglo-saxonne, tel que théorisé et décrit par Charles Taylor[3] qui mêle indistinctement les problèmes de différences de langue, de religion et de culture, avec ceux des différences de sexes ou ceux de la reconnaissance de l’homosexualité, comme avec ceux de populations d’origine totalement minorisées par la colonisation européenne des Amériques. Cette approche globale, totalement confuse, qui se réclame des principes démocratiques, ne facilite pas la réflexion.

C’est dans ce contexte multiforme que beaucoup d’auteurs considèrent l’héritage des Lumières et de la Révolution française comme dépassé. L’ère « post-moderne » exige selon eux des aménagements aux conceptions austères et uniformisantes de la morale républicaine qui sépare avec rigueur l’espace privé de l’espace public où des particularismes ethniques ou religieux ne peuvent s’exprimer.

Dans cette optique, la démocratie doit s’adapter à ces formes nouvelles de communautarisme. Pour les apprivoiser, ne vaut-il pas mieux les institutionnaliser et les admettre, reconnaître le pluralisme sous toutes ses dimensions dans l’espace public, au lieu de se raccrocher aux vielles divisions purement politiques et idéologiques traditionnelles entre une droite, un centre et une gauche qui auraient perdu toute valeur signifiante ?

A notre sens, cette nouvelle conception de la démocratie a pour fonction de légitimer les bouleversements économiques et les hiérarchies sociales nouvelles que crée le mouvement de globalisation économique. Les inégalités grandissantes, ayant leur source dans les nouveaux modes de distribution de la richesse et des revenus, ne peuvent plus être justifiés facilement par des arguments économiques sérieux ; aussi, le fait de les attribuer exclusivement à des différences culturelles, religieuses ou ethniques ou nationales ou raciales permet de cacher les absurdités dans lesquelles nous vivons.

Faire que croire que l’inégalité aurait pour source majeure ces différences est bien plus reposant pour l’esprit que le combat pour la justice, l’égalité de chances économiques et le respect de la dignité humaine au-delà de toute appartenance de type essentialiste.

Aussi n’est-il pas surprenant que les études académiques et les médias se concentrent de plus en plus sur les questions d’identité, de mémoire, de multicultarisme à accommoder, et cela dans un désordre conceptuel peu commun.

B. Le flou des langages et des concepts du multiculturalisme

Les réflexions sur le multiculturalisme et le pluralisme se déroulent dans la plus grande confusion conceptuelle et méthodologique. D’un côté, l’abus de termes devenus interchangeables, tels que ceux de communauté, peuple, nation, culture, religion, civilisation, à qui il est attribué une valeur heuristique et totalisante, ne permet pas vraiment de préciser de quel problème ou de quel malaise il s’agit dans le fonctionnement du pluralisme qui caractérise toute société.

Trop souvent, en effet, on oublie que le terme même de « société » implique par définition l’expression de divers pluralismes. La société est, de par sa nature, plurielle. Lorsqu’elle ne l’est plus, nous entrons dans d’autres types de caractérisation du groupe humain qui peut être tribal, communautaire ethnique et linguistique ou étroitement religieux, ou exclusivement un groupe rural et régional.

Mais ces groupes fermés existent de moins en moins du fait de l’urbanisation grandissante du monde depuis deux siècles, de la multiplication des phénomènes migratoires, de la généralisation progressive de l’éducation ; en revanche, la généralisation de la télévision par satellite en permettant à chacun où qu’il se trouve sur la planète de continuer de se rattacher quotidiennement à son lieu d’origine ancestrale est devenu un instrument fondamental des résurgences de la « mémoire » et de la manipulation des identités.

Il s’agit d’évolutions nouvelles qui compliquent la question de la gestion du pluralisme dans les cités modernes vers lesquels affluents de nouveaux groupes humains de toutes origines géographiques, sociales et culturelles et qui sont encouragés de la sorte à conserver leurs habitudes sociales, leurs mythologies ethniques et communautaires. La citoyenneté et le civisme à base républicaine ne jouissent plus du large consensus dont ils ont été l’objet dans les démocraties européennes ou aux Etats-Unis.

Un autre facteur de complication réside dans la tendance à absolutiser les différences, si minimes soit-elles, à les analyser sans cesse, à en faire des absolus de nature essentialistes, voir même le sujet privilégié de recherches académiques ou de reportages. Ceci ne simplifie guère la réflexion sereine sur la façon dont on peut utilement poser les problèmes de pluralisme dans les différentes sociétés d’aujourd’hui.

La sociologie américaine a entraîné une consécration de l’usage immodéré du terme de la différence dite « ethnique ». Qu’il s’agisse de simples différences liturgiques ou dogmatiques entre différentes églises chrétiennes, même si elles se réclament toutes du protestantisme, de l’affiliation à une autre religion comme le judaïsme ou l’islam, de la couleur de la peau, de la différence de sexe, de l’origine nationale d’immigrants (hispanophones, germanophones, arabophones) : tout cela est classé comme différence ethnique.

Au Liban, ne ressasse-t-on pas à loisir l’expression de « mosaïque d’ethnies et de communauté, même si la grande majorité des Libanais parle la même langue, écoute la même musique, goûte la même poésie ou littérature, mange la même cuisine, se comporte souvent avec le même incivisme ?

Peuple, ethnie, communauté, religion, culture, civilisation, différence de sexe, groupes historiquement opprimés par différence formes de colonialismes ou par des survivances d’organisations sociales fortement hiérarchisées et rigides (le système indien des castes) : le multiculturalisme et l’ethnisme entendent tout organiser et régenter, faire de la gestion de la « différence » le centre des affaires publiques.

Les expressions telles que « intégration » et « assimilation » ont pris une coloration négative dans les conceptions de la démocratie post-moderne, de même qu’aux Etats-Unis on évoque beaucoup moins le fameux « melting pot ». La mode est à la valorisation de la différence qu’elle soit appelée communautaire ou ethnique ou nationale ou différence d’univers culturel, de valeurs morales et sociales, de « civilisation », terme encore plus équivoque que tous les autres[4].

Pourtant, la langue française est la langue de la précision et l’on ne saurait employer tous ces termes de façon interchangeable. La sociologie européenne, notamment de source allemande, a consacré autrefois la division entre « communauté » et « société », la première étant « fermée », la seconde étant « ouverte ».

Mais les modèles purs, les types idéals à la façon de Max Weber, n’ont jamais existé. Toute organisation de la vie sociale urbaine est par essence plurielle, elle est le résultat de longues maturations dans la mise en place de codes de bonne conduite, de règles de politesse entre personnes que différencient les niveaux d’instruction et de culture, les origines géographiques ou religieuses, les niveaux de richesse et de revenus.

Les plus grandes confusions viennent de la « sacralisation » consciente ou inconsciente de la notion de « peuple » ou de « nation ». A ce sujet, il semble que plane sur notre culture le poids de l’archétype biblique où un peuple est soit « saint » et « élu », soit « maudit », par ce que résistant au message de la parole divine.

Les progrès de la laïcité et de la sécularisation des sociétés n’ont fait que transférer la force émotionnelle de cet archétype sur la conception dite laïque de la « nation » et de sa souveraineté et de son exceptionnalité[5].

Aussi, la « nation » privée d’Etat propre est condamnée à rester une « communauté » ou une « minorité » qui constitue alors l’appartenance exclusivement valorisante, le lieu de « chaleur » où l’individu se ressource, retrouve le paradis perdu de ses racines originelles. La recherche d’un Etat incarnant la « communauté nationale » ou l’affirmation bruyante de la nécessité de droits spécifiques dans la société étatique dont relève la ou les communautés minoritaires, marginalisées ou opprimées devient une dynamique qu’il est difficile d’arrêter.

Les « équivoques sémantiques »[6] sont ici plus que nombreuses et l’interchangeabilité des concepts entretient toutes les confusions. Nous ne pouvons dans ce cadre limité qu’évoquer rapidement les difficultés et les confusions dans les vocabulaires employés sans définition préalable et précaution méthodologique.

La triade peuple/nation/civilisation

Une civilisation est-elle attachée à une nation exclusivement ou peut-elle être transnationale ? La nation est-elle un être concret définissable et délimitable et est-elle le support exclusif d’une civilisation ? Une nation sans Etat qui sert de soutient à sa culture et à ses arts est-elle une nation ou n’est-elle qu’un peuple, une ethnie ou une communauté ? Autant de questionnements utiles avant d’employer l’un au l’autre de ces différents concepts.

Notons ici l’incongruité de parler de « civilisation occidentale » ou « orientale », alors que la notion d’Occident et d’Orient n’est même pas précisée et alors que dans chacune de ces deux méga-identités de type imaginaire recouvre des civilisations différentes (françaises, allemandes, italiennes, etc…, d’un côté, iranienne, turque, arabe, etc…, de l’autre).

Car qu’est-ce qu’une civilisation, sinon les œuvres littéraires et artistiques que produisent les sociétés dans une langue donnée, ainsi que les grandes institutions sociales et politiques, et dont des éléments peuvent être exportés à d’autres sociétés voisines, tout comme une civilisation peut assimiler des éléments d’une autre société ?

En ce sens, toute civilisation s’appuie sur une culture, toute culture exige l’existence d’une langue, le véhicule d’expression et de communication de la société. Elle s’appuie aussi sur des institutions officielles politiques et sociales qui véhiculent et consolident la culture. Sans ces institutions, la civilisation se réduit à la culture, voir dans certains cas au folklore, et au véhicule linguistique dans lequel elle s’exprime.

Il est difficile à un peuple sans Etat de transformer sa culture en civilisation, voir même de préserver sa culture et sa langue. Aussi, la recherche d’un Etat est-elle une recherche constante, dans un monde où la forme étatique s’est généralisée et où l’Etat pour gérer plus facilement la société dont il a la charge peut avoir tendance à ignorer la pluralité des cultures, voir même des religions.

Mais la notion de peuple est confuse, car le peuplement d’un territoire est très souvent issu d’un brassage d’éléments d’origines ethniques ou religieuses ou tribales différentes. De plus, les peuples ne sont ni figés, ni immobiles dans l’histoire. Les Grecs modernes ne sont plus ceux du Siècle de Périclès ou de l’Empire byzantin, les Italiens ne sont plus les anciens Romains, les Arabes d’aujourd’hui sont bien différents de ceux de la conquête islamique, les Libanais ne sont plus des Phéniciens, les Irakiens ne sont plus des Babyloniens, les Egyptiens ne sont plus ce qu’ils étaient du temps des Pharaons…

Les juifs ne sont « un peuple » que dans l’acceptation spirituelle et religieuse du terme, car entre un paysan yéménite ou un artisan marocain ou un commerçant iranien ou irakien ou turc de religion juive et un avocat polonais ou un intellectuel russe ou allemand ou un banquier londonien ou américain de confession juive, les terreaux culturels et ethniques sont totalement différents, et c’est pourquoi le sionisme a voulu créer une « nation » juive avec son Etat national par delà toutes les différences culturelles des différentes communautés juives de par le monde[7].

Cette expérience ne semble d’ailleurs pas prête à réussir, tant sur le plan d’une émigration de tous les juifs vers leur Etat « national », que sur celui des rapports avec les sociétés voisines et les habitants de la Palestine historique qui continuent de revendiquer leur Etat et leur droit de retour, consacré par les Nations Unies.

Parler du « peuple de France » est aussi une image quasi-mystique que Michelet a porté à sa perfection dans son histoire de la Révolution française à une époque où la France reste encore très diverse ethniquement et régionalement. Elle est utile pour construire un Etat fort, mais elle ne correspond à aucune réalité précise tant que l’homogénéité culturelle et linguistique n’est pas réalisée.

Contribution au Colloque « Citoyenneté, projet d’Etat pour une nouvelle société », 15-17 mars 2007, Université du Saint-Esprit Kaslik, Liban



[1] Voir à ce sujet, Ahmed HENNI, « Fin de la modernité ? Une mutation capitaliste : le retour des sociétés de statut et de rente », Les Temps Modernes, septembre-octobre 2006, n° 640.

[2] On peut rappeler ici qu’au XIXème siècle, la vague d’industrialisation et la généralisation de la laïcité qui traverse l’Europe donnent lieu à toute la littérature romantique à la recherche de « l’authenticité » perdue et au concept wébérien très populaire de « désenchantement ». Le célèbre pasteur protestant Herder, dans son œuvre, sera le chantre romantique du génie des « peuples », de nature essentialiste, figé à jamais dans l’histoire . Sa vision sera renouvelée au XXè siècle par celle de Spengler qui décrit le génie des « civilisations » et leur concurrence en termes d’expansion et de déclin.

[3] Charles TAYLOR, Multiculturalisme. Différence et démocratie, Flammarion, 2005 (titre d de l’ouvrage original paru en 1992 aux Etats-Unis : « Multiculturalism and the Politics of Recognition », Princeton University Press).

[4] Sur ce thème, on se reportera utilement à l’ouvrage collectif Les équivoques de la civilisation, sous la direction de Bertrand BINOCHE, Champ Vallon, Paris, 2005.

[5] Voir sur ce thème Georges CORM, Orient-Occident. La fracture imaginaire, La Découverte, Paris, 2002.

[6] Expression due à Bertrand Binoche dans la préface de l’ouvrage cité ci-dessus en note 3.

[7] Sur ce point, voir Alain DIECKHOFF, L’invention d’une nation. Israël et la modernité politique, Gallimard, Paris, 1993.

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Auteur : Georges Corm

Consultant auprès de divers d’organismes internationaux, ancien ministre des finances de la République Libanaise (1998-2000), Georges Corm est également l’auteur de plusieurs ouvrages dont « Histoire du Moyen-Orient. De l’Antiquité à nos jours » paru aux éditions La Découverte.

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