Samedi 26 mai 2012
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Pluralisme et communautarisme dans la citoyenneté moderne (partie 1/2)

Cette montée identitaire peut être attribuée à une conjonction de différentes causes. La première est bien connue. Il s’agit de l’effondrement progressif des idéologies universalisantes et laïques qui a débuté durant la dernière période de la Guerre froide, au cours de laquelle d’ailleurs les Etats-Unis ont eu pour politique de soutenir les mouvements religieux (fondamentalistes ou non) pour mieux déstabiliser l’emprise ou l’influence des partis communistes, en particulier en Europe de l’Est et dans le monde musulman.

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Pluralisme et communautarisme dans la citoyenneté moderne : remarques méthodologiques

Introduction : l’effritement de la notion de citoyenneté

La notion de citoyenneté moderne
peut être considérée comme la grande conquête des sociétés humaines. En effet,
à la différence de la notion grecque de citoyenneté qui avait un caractère
restreint à une catégorie de la population de la cité, la notion moderne est
englobante.

C’est sous l’influence de la
philosophie libérale anglaise (Locke et Hume), des Lumières européennes et des
grands principes de la Révolution française qu’elle a finalement permis
l’intégration de tous les membres d’une société dans un même corps politique
sans exclusion aucune du fait de la race, de la religion, du sexe ou de
l’appartenance ethnique et familiale.

Toutefois, l’on assiste
aujourd’hui à un effritement du langage et des concepts qui ont bâti la notion
moderne de citoyenneté. Ce qui semblait évident à la fin de la Seconde Guerre
mondiale et dans le sillage de la fin du cauchemar nazi, ainsi que de la
décolonisation puis de la décomposition progressive du stalinisme à la
soviétique, est de plus en plus remis cause par différents phénomènes
idéologiques et politiques qui caractérisent ce que les philosophes et
politologues appellent la post-modernité.

L’on pourrait aussi ici évoquer
les malaises divers de société que suscitent la globalisation économique et le
recul de la croyance dans les bienfaits du système de l’Etat nation, hérité du
XIXè siècle européen et dont le modèle à fait le tour du monde.

En effet, l’effet corrosif de la
globalisation économique sur l’ensemble des sociétés et les bouleversements
socio-économiques qu’elle entraîne sur tous les territoires et terroirs, défait
l’idéalisme qui sous tend les solidarités citoyennes, au profit de
manipulations d’identités primaires, religieuses ou ethniques.

La globalisation permet
d’ailleurs une « marchandisation » de la manifestation de ces
identités, à travers des politiques de la mémoire que développent les groupes
humains déracinés et fragilisés par les progrès de la globalisation. La
différence devient objet de consommation, dans l’affirmation de soi et le rejet
de l’autre, en dépit de siècles de vie commune sur un même territoire.

Les sociétés se
« libanisent » ou se « balkanisent », termes ayant servi de
repoussoir jusqu’à il y a quelques années, au gré des pulsions et des fièvres
identitaires soulevées par les bouleversements de la scène mondiale. Le retour
du religieux et de l’ethnique font sensation, remplacent la réflexion politique
et les vieux systèmes idéologiques, devenant de la sorte aussi redoutables et
totalisants qu’ont pu être ces systèmes autrefois.

Le malaise affecte aussi
considérablement la vie internationale et remet en cause les règles classiques
du droit de la guerre et de la paix et de l’égalité des nations dans le cadre
du système des Nations Unies. Ce dernier devient de plus en plus le jouet d’ambitions
géopolitiques et laisse l’application du droit international être infiltrée par
des considérations religieuses et idéologiques, au point d’en faire une
instrumentalisation de plus en plus scandaleuse.

Le rêve d’Emmanuel Kant d’une
morale sociale, étatique et internationale auquel tout être raisonnable ne peut
que se plier semble au bout de sa course. La nouvelle morale civique prêche le
droit à la différence et surtout le droit à l’affirmation de ces différences
dans l’espace public des sociétés, affirmation impensable, il y a quelques
décades seulement.

L’existence de communautarismes
religieux ou ethniques et leur insertion dans un
« multiculturalisme » institutionnalisé devient l’objet de nombreux
débats un peu partout, débats parallèles à ceux qui se développent à propos des
bienfaits ou des méfaits de la globalisation économique.

Aussi voudrions-nous ici tenter
d’esquisser une critique épistémologique de ces débats afin de bien cerner les
véritables enjeux qui se posent aujourd’hui à la plupart des sociétés. Pour
cela, il faut d’abord examiner le contexte historique dans lequel situer la
signification de ces débats, avant d’expliciter les concepts les plus employés
dans ces débats, pour tenter ensuite de cerner les problématiques pertinentes
permettant de sortir d’une instrumentalisation très forte des problèmes
identitaires dans le champ politique des différents Etats, mais aussi dans les
relations entre Etats.

Auparavant, cependant, il n’est
pas inutile de rappeler les données du contexte historique et les origines
intellectuelles dans lesquels se déroulent les réflexions sur le pluralisme, le
communautarisme et le multiculturalisme.

A. Contexte et origines historiques

Rappelons ici rapidement le
contexte mondial qui a favorisé la montée des idéologies et des mémoires de
type identitaire. Il s’agit ici de vision du monde qui désormais se ferme sur
une division binaire entre « eux » et « nous », le monde
fermé et clos de la communauté religieuse ou ethnique ou d’un ensemble de sociétés
qui se définissent par une « civilisation » et des valeurs communes,
d’un côté, et l’extérieur « hostile », menaçant par sa
« barbarie », voir « persécuteur » ou
« oppresseur ».

A l’espérance de fraternité
universelle succède le pessimisme qui appelle la demande de garanties, de
protections, de quotas, des institutions séparées et officielles pour que les
membres de la communauté puissent se sentir représentés dans l’espace public.

Cette montée identitaire peut
être attribuée à une conjonction de différentes causes. La première est bien
connue. Il s’agit de l’effondrement progressif des idéologies universalisantes
et laïques qui a débuté durant la dernière période de la Guerre froide, au cours de laquelle d’ailleurs les Etats-Unis ont eu pour politique de
soutenir les mouvements religieux (fondamentalistes ou non) pour mieux
déstabiliser l’emprise ou l’influence des partis communistes, en particulier en
Europe de l’Est et dans le monde musulman.

Par ailleurs, de nombreux
intellectuels marxistes se reconvertissent dès cette époque dans l’analyse des
mouvements de « retour » du religieux ou des
« revendications » et de séparatismes à base ethnique, en les
considérant exclusivement comme le résultat de l’oppression exercée par les
régimes révolutionnaires et totalitaires athées.

De plus, l’homogénéisation des
modes de vie à travers le monde sous l’impact de la société de consommation et
de la globalisation économique n’est pas sans aviver des résistances
culturelles, en particulier chez les exclus des nouveaux modes de la croissance
économique et de circulation de la richesse title=""> style=';'>[1].

Ces résistances se traduisent
souvent par des rétractations identitaires que stimulent des mouvements
politiques radicaux, anciens ou nouveaux, tels les mouvements d’extrême droite
en Europe ou certains mouvements fondamentalistes musulmans dans le monde arabe
et musulman. Comme déjà évoqué, la globalisation favorise la consommation et la
marchandisation d’identités class=MsoFootnoteReference> style=';'>[2].

Enfin, en Europe, sous l’impact
de l’augmentation considérable du nombre d’émigrés venant d’autres continents
(Afrique et Moyen-Orient notamment), on découvre le modèle multiculturaliste à
l’anglo-saxonne, tel que théorisé et décrit par Charles Taylor name="_ftnref3" title=""> class=MsoFootnoteReference>[3]
qui mêle indistinctement les problèmes de différences de langue, de religion et
de culture, avec ceux des différences de sexes ou ceux de la reconnaissance de
l’homosexualité, comme avec ceux de populations d’origine totalement minorisées
par la colonisation européenne des Amériques. Cette approche globale,
totalement confuse, qui se réclame des principes démocratiques, ne facilite pas
la réflexion.

C’est dans ce contexte multiforme
que beaucoup d’auteurs considèrent l’héritage des Lumières et de la Révolution
française comme dépassé. L’ère « post-moderne » exige selon eux des
aménagements aux conceptions austères et uniformisantes de la morale
républicaine qui sépare avec rigueur l’espace privé de l’espace public où des
particularismes ethniques ou religieux ne peuvent s’exprimer.

Dans cette optique, la démocratie
doit s’adapter à ces formes nouvelles de communautarisme. Pour les
apprivoiser, ne vaut-il pas mieux les institutionnaliser et les admettre,
reconnaître le pluralisme sous toutes ses dimensions dans l’espace public, au
lieu de se raccrocher aux vielles divisions purement politiques et idéologiques
traditionnelles entre une droite, un centre et une gauche qui auraient perdu
toute valeur signifiante ?

A notre sens, cette nouvelle
conception de la démocratie a pour fonction de légitimer les bouleversements
économiques et les hiérarchies sociales nouvelles que crée le mouvement de
globalisation économique. Les inégalités grandissantes, ayant leur source dans
les nouveaux modes de distribution de la richesse et des revenus, ne peuvent
plus être justifiés facilement par des arguments économiques sérieux ;
aussi, le fait de les attribuer exclusivement à des différences culturelles,
religieuses ou ethniques ou nationales ou raciales permet de cacher les
absurdités dans lesquelles nous vivons.

Faire que croire que l’inégalité
aurait pour source majeure ces différences est bien plus reposant pour l’esprit
que le combat pour la justice, l’égalité de chances économiques et le respect
de la dignité humaine au-delà de toute appartenance de type essentialiste.

Aussi n’est-il pas surprenant que
les études académiques et les médias se concentrent de plus en plus sur les
questions d’identité, de mémoire, de multicultarisme à accommoder, et cela dans
un désordre conceptuel peu commun.

B. Le flou des langages et des concepts du multiculturalisme

Les réflexions sur le
multiculturalisme et le pluralisme se déroulent dans la plus grande confusion
conceptuelle et méthodologique. D’un côté, l’abus de termes devenus
interchangeables, tels que ceux de communauté, peuple, nation, culture,
religion, civilisation, à qui il est attribué une valeur heuristique et
totalisante, ne permet pas vraiment de préciser de quel problème ou de quel
malaise il s’agit dans le fonctionnement du pluralisme qui caractérise toute société.

Trop souvent, en effet, on oublie
que le terme même de « société » implique par définition l’expression
de divers pluralismes. La société est, de par sa nature, plurielle. Lorsqu’elle
ne l’est plus, nous entrons dans d’autres types de caractérisation du groupe
humain qui peut être tribal, communautaire ethnique et linguistique ou
étroitement religieux, ou exclusivement un groupe rural et régional.

Mais ces groupes fermés existent
de moins en moins du fait de l’urbanisation grandissante du monde depuis deux
siècles, de la multiplication des phénomènes migratoires, de la généralisation
progressive de l’éducation ; en revanche, la généralisation de la
télévision par satellite en permettant à chacun où qu’il se trouve sur la
planète de continuer de se rattacher quotidiennement à son lieu d’origine
ancestrale est devenu un instrument fondamental des résurgences de la
« mémoire » et de la manipulation des identités.

Il s’agit d’évolutions nouvelles
qui compliquent la question de la gestion du pluralisme dans les cités modernes
vers lesquels affluents de nouveaux groupes humains de toutes origines
géographiques, sociales et culturelles et qui sont encouragés de la sorte à
conserver leurs habitudes sociales, leurs mythologies ethniques et communautaires.
La citoyenneté et le civisme à base républicaine ne jouissent plus du large
consensus dont ils ont été l’objet dans les démocraties européennes ou aux
Etats-Unis.

Un autre facteur de complication
réside dans la tendance à absolutiser les différences, si minimes soit-elles, à
les analyser sans cesse, à en faire des absolus de nature essentialistes, voir
même le sujet privilégié de recherches académiques ou de reportages. Ceci ne
simplifie guère la réflexion sereine sur la façon dont on peut utilement poser
les problèmes de pluralisme dans les différentes sociétés d’aujourd’hui.

La sociologie américaine a
entraîné une consécration de l’usage immodéré du terme de la différence dite
« ethnique ». Qu’il s’agisse de simples différences liturgiques ou
dogmatiques entre différentes églises chrétiennes, même si elles se réclament
toutes du protestantisme, de l’affiliation à une autre religion comme le
judaïsme ou l’islam, de la couleur de la peau, de la différence de sexe, de
l’origine nationale d’immigrants (hispanophones, germanophones,
arabophones) : tout cela est classé comme différence ethnique.

Au Liban, ne ressasse-t-on pas à
loisir l’expression de « mosaïque d’ethnies et de communauté, même si la
grande majorité des Libanais parle la même langue, écoute la même musique,
goûte la même poésie ou littérature, mange la même cuisine, se comporte souvent
avec le même incivisme ?

Peuple, ethnie, communauté,
religion, culture, civilisation, différence de sexe, groupes historiquement
opprimés par différence formes de colonialismes ou par des survivances
d’organisations sociales fortement hiérarchisées et rigides (le système indien
des castes) : le multiculturalisme et l’ethnisme entendent tout organiser
et régenter, faire de la gestion de la « différence » le centre des
affaires publiques.

Les expressions telles que
« intégration » et « assimilation » ont pris une coloration
négative dans les conceptions de la démocratie post-moderne, de même qu’aux
Etats-Unis on évoque beaucoup moins le fameux « melting pot ». La
mode est à la valorisation de la différence qu’elle soit appelée communautaire
ou ethnique ou nationale ou différence d’univers culturel, de valeurs morales
et sociales, de « civilisation », terme encore plus équivoque que
tous les autres class=MsoFootnoteReference> style=';'>[4].

Pourtant, la langue française est
la langue de la précision et l’on ne saurait employer tous ces termes de façon
interchangeable. La sociologie européenne, notamment de source allemande, a
consacré autrefois la division entre « communauté » et « société »,
la première étant « fermée », la seconde étant « ouverte ».

Mais les modèles purs, les types
idéals à la façon de Max Weber, n’ont jamais existé. Toute organisation de la
vie sociale urbaine est par essence plurielle, elle est le résultat de longues
maturations dans la mise en place de codes de bonne conduite, de règles de
politesse entre personnes que différencient les niveaux d’instruction et de
culture, les origines géographiques ou religieuses, les niveaux de richesse et
de revenus.

Les plus grandes confusions
viennent de la « sacralisation » consciente ou inconsciente de la
notion de « peuple » ou de « nation ». A ce sujet, il
semble que plane sur notre culture le poids de l’archétype biblique où un
peuple est soit « saint » et « élu », soit « maudit »,
par ce que résistant au message de la parole divine.

Les progrès de la laïcité et de
la sécularisation des sociétés n’ont fait que transférer la force émotionnelle
de cet archétype sur la conception dite laïque de la « nation » et de
sa souveraineté et de son exceptionnalité title=""> style=';'>[5].

Aussi, la « nation »
privée d’Etat propre est condamnée à rester une « communauté » ou une
« minorité » qui constitue alors l’appartenance exclusivement
valorisante, le lieu de « chaleur » où l’individu se ressource, retrouve
le paradis perdu de ses racines originelles. La recherche d’un Etat incarnant
la « communauté nationale » ou l’affirmation bruyante de la nécessité
de droits spécifiques dans la société étatique dont relève la ou les
communautés minoritaires, marginalisées ou opprimées devient une dynamique
qu’il est difficile d’arrêter.

Les « équivoques
sémantiques » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[6]
sont ici plus que nombreuses et l’interchangeabilité des concepts entretient
toutes les confusions. Nous ne pouvons dans ce cadre limité qu’évoquer rapidement
les difficultés et les confusions dans les vocabulaires employés sans
définition préalable et précaution méthodologique.

La triade peuple/nation/civilisation

Une civilisation est-elle
attachée à une nation exclusivement ou peut-elle être transnationale ? La
nation est-elle un être concret définissable et délimitable et est-elle le
support exclusif d’une civilisation ? Une nation sans Etat qui sert de
soutient à sa culture et à ses arts est-elle une nation ou n’est-elle qu’un
peuple, une ethnie ou une communauté ? Autant de questionnements utiles
avant d’employer l’un au l’autre de ces différents concepts.

Notons ici l’incongruité de
parler de « civilisation occidentale » ou « orientale »,
alors que la notion d’Occident et d’Orient n’est même pas précisée et alors que
dans chacune de ces deux méga-identités de type imaginaire recouvre des
civilisations différentes (françaises, allemandes, italiennes, etc…, d’un côté,
iranienne, turque, arabe, etc…, de l’autre).

Car qu’est-ce qu’une civilisation,
sinon les œuvres littéraires et artistiques que produisent les sociétés dans
une langue donnée, ainsi que les grandes institutions sociales et
politiques, et dont des éléments peuvent être exportés à d’autres sociétés
voisines, tout comme une civilisation peut assimiler des éléments d’une autre
société ?

En ce sens, toute civilisation
s’appuie sur une culture, toute culture exige l’existence d’une langue, le
véhicule d’expression et de communication de la société. Elle s’appuie aussi
sur des institutions officielles politiques et sociales qui véhiculent et
consolident la culture. Sans ces institutions, la civilisation se réduit à la
culture, voir dans certains cas au folklore, et au véhicule linguistique dans
lequel elle s’exprime.

Il est difficile à un peuple sans
Etat de transformer sa culture en civilisation, voir même de préserver sa
culture et sa langue. Aussi, la recherche d’un Etat est-elle une recherche
constante, dans un monde où la forme étatique s’est généralisée et où l’Etat
pour gérer plus facilement la société dont il a la charge peut avoir tendance à
ignorer la pluralité des cultures, voir même des religions.

Mais la notion de peuple est
confuse, car le peuplement d’un territoire est très souvent issu d’un brassage
d’éléments d’origines ethniques ou religieuses ou tribales différentes. De
plus, les peuples ne sont ni figés, ni immobiles dans l’histoire. Les Grecs
modernes ne sont plus ceux du Siècle de Périclès ou de l’Empire byzantin, les
Italiens ne sont plus les anciens Romains, les Arabes d’aujourd’hui sont bien
différents de ceux de la conquête islamique, les Libanais ne sont plus des
Phéniciens, les Irakiens ne sont plus des Babyloniens, les Egyptiens ne sont
plus ce qu’ils étaient du temps des Pharaons…

Les juifs ne sont « un
peuple » que dans l’acceptation spirituelle et religieuse du terme, car
entre un paysan yéménite ou un artisan marocain ou un commerçant iranien ou
irakien ou turc de religion juive et un avocat polonais ou un intellectuel
russe ou allemand ou un banquier londonien ou américain de confession juive,
les terreaux culturels et ethniques sont totalement différents, et c’est
pourquoi le sionisme a voulu créer une « nation » juive avec son Etat
national par delà toutes les différences culturelles des différentes
communautés juives de par le monde class=MsoFootnoteReference> style=';'>[7].

Cette expérience ne semble
d’ailleurs pas prête à réussir, tant sur le plan d’une émigration de tous les
juifs vers leur Etat « national », que sur celui des rapports avec
les sociétés voisines et les habitants de la Palestine historique qui continuent de revendiquer leur Etat et leur droit de retour,
consacré par les Nations Unies.

Parler du « peuple de
France » est aussi une image quasi-mystique que Michelet a porté à sa
perfection dans son histoire de la Révolution française à une époque où la France reste encore très diverse ethniquement et régionalement. Elle est utile pour
construire un Etat fort, mais elle ne correspond à aucune réalité précise tant
que l’homogénéité culturelle et linguistique n’est pas réalisée.

Contribution au Colloque « Citoyenneté, projet d’Etat pour
une nouvelle société », 15-17 mars 2007, Université du Saint-Esprit
Kaslik, Liban



name="_ftn1" title=""> class=MsoFootnoteReference>[1]
Voir à ce sujet, Ahmed HENNI, « Fin de la modernité ? Une mutation
capitaliste : le retour des sociétés de statut et de rente », Les
Temps Modernes
, septembre-octobre 2006, n° 640.

name="_ftn2" title=""> class=MsoFootnoteReference>[2]
On peut rappeler ici qu’au XIXème siècle, la vague d’industrialisation et la
généralisation de la laïcité qui traverse l’Europe donnent lieu à toute la
littérature romantique à la recherche de « l’authenticité » perdue et
au concept wébérien très populaire de « désenchantement ». Le célèbre
pasteur protestant Herder, dans son œuvre, sera le chantre romantique du génie
des « peuples », de nature essentialiste, figé à jamais dans
l’histoire . Sa vision sera renouvelée au XXè siècle par celle de Spengler qui
décrit le génie des « civilisations » et leur concurrence en termes
d’expansion et de déclin.

name="_ftn3" title=""> class=MsoFootnoteReference>[3]
Charles TAYLOR, Multiculturalisme. Différence et démocratie, Flammarion,
2005 (titre d de l’ouvrage original paru en 1992 aux Etats-Unis :
« Multiculturalism and the Politics of Recognition », Princeton
University Press).

name="_ftn4" title=""> class=MsoFootnoteReference>[4]
Sur ce thème, on se reportera utilement à l’ouvrage collectif Les équivoques
de la civilisation
, sous la direction de Bertrand BINOCHE, Champ Vallon,
Paris, 2005.

name="_ftn5" title=""> class=MsoFootnoteReference>[5]
Voir sur ce thème Georges CORM, Orient-Occident. La fracture imaginaire, La Découverte, Paris, 2002.

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[6]
Expression due à Bertrand Binoche dans la préface de l’ouvrage cité ci-dessus
en note 3.

name="_ftn7" title=""> class=MsoFootnoteReference>[7]
Sur ce point, voir Alain DIECKHOFF, L’invention d’une nation. Israël et la
modernité politique,
Gallimard, Paris, 1993.

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