Samedi 4 February 2012

Licenciement de Sabrina : lettre ouverte au Président de l’Université Paul Sabatier de Toulouse

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Monsieur Gilles FOURTANIER

Président de l’Université Paul Sabatier

118 Route de Narbonne

F-31062 Toulouse Cedex

Paris, le 15 avril 2009

Nos Réf : CP/09

Monsieur le Président,

Nous souhaitons attirer votre attention sur la situation de Mme Sabrina
TROJET, élève doctorante et enseignante à l’Université de Toulouse.

En effet, le MRAP a été saisi du licenciement, sans indemnité - suivi
d’une interdiction d’entrer au Centre national de la recherche
scientifique (CNRS) dont elle dépend - de Sabrina TROJET, pour le motif
qu’elle aurait " causé un trouble à l’ordre public et porté atteinte à
la liberté de conscience de ses collègues ".

Selon nos informations, cette décision serait motivée par le port du
foulard et la procédure semble avoir méconnu le principe du
contradictoire. Il ressort des éléments de cette affaire que Mme TROJET
n’aurait pas été convoquée pour être entendue et donner sa version des
faits sur ce litige.

De plus, et si les faits sont avérés, la décision de licenciement en
raison d’un critère religieux constitue un délit prévu et réprimé par
l’article 225-1 et 2 du Code pénal : " Constitue une discrimination
toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur
origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse,
de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs moeurs, de leur orientation sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de
leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur
non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée….La discrimination définie à l’article 225-1, commise à l’égard d’une personne physique ou morale, est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 Euros d’amende lorsqu’elle consiste : […]

  •  3° A refuser d’embaucher, à sanctionner ou à licencier une personne ;
    Lorsque le refus discriminatoire prévu au 1° est commis dans un lieu
    accueillant du public ou aux fins d’en interdire l’accès, les peines
    sont portées à cinq ans d’emprisonnement et à 75 000 Euros d’amende. "
    Nous tenons également à vous rappeler, Monsieur le Président, que le
    respect des principes de la loi n° 2004-228 du 15 mars 2004 encadrant,
    en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues
    manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et
    lycées publics, ne peut s’appliquer que dans les écoles, les collèges et
    lycées publics, tel que mentionné dans la dite loi. Il a d’ailleurs a
    été inséré au Code de l’éducation, en son article L. 141-5-1, que : "
    Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes
    ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une
    appartenance religieuse est interdit. Le règlement intérieur rappelle
    que la mise en œuvre d’une procédure disciplinaire est précédée d’un
    dialogue avec l’élève. "

    Pour l’ensemble de ces motifs, le MRAP vous demande de bien vouloir
    réexaminer dans les meilleurs délais la décision de licenciement prise à
    l’encontre de Mme Sabrina TROJET et de la réintégrer, conformément à la
    loi, dans son poste d’enseignante. A défaut, le MRAP se verra dans
    l’obligation de saisir sans tarder la Haute autorité de lutte contre les
    discriminations et pour l’égalité (HALDE) et interviendra volontairement
    dans le contentieux administratif engagé par l’intéressée devant le
    tribunal administratif.

    Dans l’attente d’une prompte réaction qui mette l’Université Paul
    Sabatier en conformité avec la législation française, nous vous prions
    de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de notre parfaite
    considération.


    Le Collège de la présidence du MRAP :

    Mouloud AOUNIT

    Bernadette HETIER

    Renée LE MIGNOT

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