Lettre à Dalil BOUBAKEUR

J’ai pris connaissance de votre position concernant l’attitude que les musulmans devraient adopter face à

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jeudi 8 janvier 2004

J’ai pris connaissance de votre position concernant l’attitude que les musulmans devraient adopter face à la décision du gouvernement de légiférer contre les signes religieux (termes hypocritement pudiques pour désigner exclusivement le foulard) à l’école.

Elle soulève en moi un certain nombre de remarques que je ne me prive pas de vous faire partager.

Faut-il revenir sur le spectacle affligeant que vous avez donné à l’ensemble du pays portant aussi effrontément la contradiction à « votre » vice-président (de qui vous disiez deux minutes auparavant que ses propos vous engageaient !) ? Vous avez donné ici une bien piètre image de l’islam et des musulmans : celle de personnes immatures, irresponsables et finalement peu dignes de confiance. Les musulmans, déjà considérés au mieux comme des intégristes archaïques au pire comme des terroristes potentiels, n’avaient nullement besoin de surcroît de bouffonneries de la part de l’instance censée les représenter !

Votre excès de fierté mal placée (n’est-ce pas vous qui vous plaisiez à rappeler à qui veut l’entendre que vous parlez « en tant que président du CFCM » ? !) est parfaitement injustifié et injustifiable quand on sait les conditions de votre accès à ce poste. Vous savez pertinemment, « M. le président », que l’application stricte des règles élémentaires de la démocratie - ce terme évoque-t-il seulement quelque chose pour vous ? ! - ne vous aurait jamais porté à ce poste. Ce faisant, un minimum de décence vous aurait amené à un peu plus de retenue et de sagesse au lieu d’être prompt à « rugir », dans un complexe d’autorité, comme pour montrer pâte blanche à « cette société ».

Venons-en justement au fond de vos propos (si tant est qu’ils en aient un !). Vous osez prétendre du haut de votre siège (ou plutôt devrais-je dire du haut de votre trône de papier !) de président du CFCM que les musulmans et musulmanes ont tout intérêt à « respecter cette société » ! Quelle posture honteuse pour quelqu’un censé être responsable et défendre les intérêts de la seconde religion du pays !

Ceci dit, ma bonté originelle ne peut vous laisser dans votre médiocrité morale et intellectuelle : M. Boubakeur, sachez que les musulmans de France sont des citoyens à part entière et non plus entièrement à part. Ainsi, si leur identité, voire parfois leur présence, est systématiquement montrée du doigt et constamment stigmatisée, il est de leur droit, que dis-je ! de leur devoir de clamer leur désapprobation avec tous les moyens légaux à leur disposition. Et ce avec d’autant plus d’acuité que le pouvoir politique, censé assurer la pérennité et l’unité de corps social, s’apprête à légitimer une injustice par la Loi.

Autre information, que je porte à votre connaissance en toute charité bien sûr : la colonisation n’est plus heureusement (malheureusement pour certains…) depuis plusieurs décennies. Rassurez-vous donc, M. Boubakeur, nul besoin désormais de montrer au « maître blanc » que vous êtes un bon « indigène » totalement disposé à accepter la « mission civilisatrice » du père blanc et paraître ainsi comme le « modéré de service ».

Comme vous l’avez reconnu vous même (doit-on croire qu’il vous parvient de temps à autre des lueurs de clairvoyance !), la France est atteinte d’une maladie que l’on nomme « islamophobie ». Ce n’est pas en occultant, n’est-ce pas cher Docteur Boubakeur, au malade sa maladie que vous l’aiderez à guérir, ni même en minorant cette dernière que son état s’en trouvera amélioré. Au contraire, de courage il faut faire preuve et il faut lui annoncer la triste nouvelle afin qu’il puisse avec vous lutter contre ce mal qui le ronge. Ce malade une fois guéri ne pourra que vous en être reconnaissant. Prenez donc garde, docteur, que le malade une fois remis sur pied ne vous reproche de ne pas avoir été un bon médecin et d’un bien mauvais conseil ! L’Histoire prend note des actes et dires de chacun ; prenez-en la pleine mesure.

Sachez aussi, M. le président de ce vaillant CFCM, que votre rôle n’est pas de faire plaisir à qui que ce soit mais d’être à la hauteur de la lourde responsabilité qui vous incombe. Par conséquent, de grâce, évitez de faire de ce CFCM un véritable satisfecit politique qui donnerait à croire que la translittération du sigle serait effectivement comme on a pu l’entendre ici ou là : Contentez-vous de Faire Comme le Ministre…

Si, enfin, pour des raisons d’ordre politique (intérieure…ou extérieure), il ne vous sied pas d’assumer pleinement votre charge, là encore, dans le même élan de bonté qui a dicté cette volonté inextinguible de vous écrire ces quelques lignes, je vous fais don de ce conseil pour solutionner vos tracas : la démission  !

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Auteur : Saïd Daoui

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